D’un monde à l’autre

Récit d’un dimanche soir

Novembre 2016. Fin d’un week-end mérité mais encore trop court à mon goût, sentiment devenu réflexe dans ma jeune vie de cadre. J’évite de penser au programme de rendez-vous de la semaine chargée qui s’annonce, aux heures de travail nocturnes qui m’attendent, aux discussions usuelles du lundi matin à la machine à café... Après tout, mon job de Banquier Privé me plaît assez, ma situation est plus que confortable et jusque là, je suis assez fière de mon parcours d’études et professionnel. J’ai la chance de travailler au sein d’une équipe exceptionnelle, ce qui n’est pas monnaie courante dans ce milieu de financiers où le mot “costume” peut très vite être compris au sens propre et signifie bien plus qu’un simple code vestimentaire. Drôle de vie, mais j‘essaie de me fondre dans ce décor professionnel avec tant de codes à respecter. Tous les feux sont au vert a priori…D’une nuance qui manque d’éclat.


Refaire le monde, passe-temps favori de l’après-midi

Je connais Alex depuis bientôt 8 ans. Sans avoir vraiment grandi ni fait nos études ensemble, nous avons partagé beaucoup de morceaux de vie, heureux comme graves, de moments de profonde amitié et complicité.

Cette fois, la discussion du dimanche s’oriente sur nos projets pros et je partage avec lui ma volonté de faire évoluer ma carrière vers le private equity. A défaut de monter mon projet, je sens bien que l’écosystème entrepreneurial agit comme un aimant sur moi… Et me passionne. J’admire les parcours de mes clients entrepreneurs, l’un en particulier, dont l’histoire, la réussite et l’humilité m’inspirent. Alex attend quant à lui une confirmation pour un nouveau poste au sein d’une start-up tech à Londres et m’énumère au gré des sujets ses idées de business. C’est son truc depuis toujours. “En parlant de Londres… Quelle galère pour trouver une coloc!” Pas d’autre choix de toute façon. On rit chacun de nos expériences malheureuses passées.

“Imagine, si on avait une sorte de Tinder version colocs? Tu pourrais matcher avec des gens qui te ressemblent, par affinité, centres d’intérêts… Ca faciliterait les choses”

Pause.

“Attend. Ca n’existe pas déjà ça?”

Une lueur s’est allumée en nous, dont l’intensité ne cessera plus de grandir. Un instant avait suffit pour inonder nos esprits, réveiller tous nos sens et faire basculer nos deux mondes. L’aventure entrepreneuriale revête cette spontanéité unique qui ne peut être exaltée qu’avec passion.


L’excitation

Non, ce n’était pas un dimanche soir comme les autres. Le temps s’est arrêté aux nouvelles perspectives, infinies, qui fusent dans nos têtes.

Etrange comme le corps humain réagit dans ces moments d’euphorie intellectuelle, d’excitation intense. On se surprend à être au maximum de sa forme des journées entières en oubliant les trois heures de sommeil de la veille. Chaque journée débouche sur une nuit de boulot passionnante, de recherches, l’adrénaline se mêle à la soif d’apprendre pour former un ressenti étonnant, inédit. Un peu comme une série à l’américaine dont on ne voudrait rater une miette pour rien au monde, on devient boulimique d’informations et avide de découvertes pour maîtriser au mieux son sujet et en délimiter les contours.

La transition entre les deux mondes est vite devenue une évidence.

Obsession créative

Des heures de recherches, de longues nuits de réflexion intense. Identifier les acteurs existants, affiner la réalité du problème et des besoins, mesurer la taille et le dynamisme du marché auquel on se confronte, s’abreuver d’informations et d’articles sur le sujet… Tout tourbillonne dans nos têtes pour ne plus laisser de place à rien d’autre. Il y a une brèche, quelque chose d’énorme à créer pour la combler. Mais, problème de taille, nous ne sommes pas développeurs informatiques, n’avons pas d’amis ingénieurs susceptibles de nous rejoindre dans cet embryon d’aventure sans forme et au concept à peine défini, pas suffisamment d’argent pour tenter de jouer autrement.

Nous avions la recette d’une potion magique mais pas l’ingrédient clef pour la réaliser.

Mon téléphone sonne.

“Lauren, j’ai déjeuné avec mes associés aujourd’hui. H. a adoré votre idée, il aimerait t’appeler pour vous voir et que vous lui expliquiez ce qu’il en est…

Tout s’est enchaîné à une vitesse impressionnante, ce n’était pas réel. On a envie de se pincer pour être sûr de ne pas rêver. Jamais le terme de “Business Angel” n’aura fait autant de sens pour un financier tombé du ciel qui nous permettra de développer notre application et de nous lancer. Je ne dors pas pendant une semaine avant d’annoncer à mon manager que je souhaite démissionner, j’ai déjà oublié que j’avais un autre métier. Je crois que ni moi ni Alex ne réalisons encore mais l’instinct prend le dessus sur tout le reste. Il faut y aller.

D’un rêve éveillé, passionné, nous passions dans une dimension réelle qui ne l’était pourtant pas moins.

Tout reste à construire, Whoomies est né.

www.whoomies.com