Comment agir pour une mode plus éthique et responsable ? Adoptez le Slow Wear !

Laure Silvestre
Jan 3, 2019 · 7 min read
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Depuis quelques temps, nous voyons fleurir des alternatives au grandes enseignes de la mode. Ces boutiques éthiques et responsables s’intègrent à la démarche slow wear qui, dans la même veine que d’autres tendances, prône la responsabilisation de l’industrie de la mode.

Définitivement, nos grandes enseignes de prêt-à-porter sont bien loin d’être
éthiques ou responsables. Alors aujourd’hui, plutôt que de vous parler de fast-fashion,
je vous parlerai de « slow wear ». Qu’est ce que le slow
wear et comment permet-il d’agir pour un monde plus éthique ? C’est ce que nous
allons voir aujourd’hui.

Fast-fashion : un mode de consommation à revoir

Le fast-fashion c’est la mode telle qu’on la côtoie le plus. C’est
globalement, les grandes enseignes de prêt-à-porter : Kiabi, Zara,
H&M, Naf-Naf et consort. Avez-vous remarqué la vitesse à laquelle ces
vêtements s’abîment et la facilité déconcertante avec laquelle nous les jetons
et allons en acheter d’autres ?

En gros, la fast-fashion à l’instar du fast-food, c’est
notre démarche consumériste, cette forme de consommation qui nous pousse à
acheter toujours plus pour toujours moins cher, celle qui nous fait dépenser de
l’argent (inutilement) dans des vêtements de mauvaise qualité. En somme, c’est
une mode éphémère,
une mode jetable, je dirais même une
mode-kleenex.

Par opposition, le slow wear s’envisage comme une mode durable et pérenne.
Une mode qui n’incite pas à l’achat boulimique ni à la pollution des sols.

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Une industrie polluante qui ne respecte pas l’Humain

L’industrie de la mode aujourd’hui est une véritable catastrophe
écologique et humaine
. En effet, régulièrement, on peut lire
que l’industrie textile est la deuxième industrie la plus polluante du monde
après celle du pétrole. Nous achetons des produits fabriqués à partir de fibres
issues de cultures polluantes et
nos déchets textiles finissent leurs vies dans les poubelles « prévue
à cet effet »,
à ciel ouvert, en Afrique. Du début à la fin, notre
consommation effrénée de vêtements n’apporte rien de bien à notre monde. En
outre, le coton est la culture qui nécessite l’utilisation massive de
pesticides. L’industrie textile polluerait 20% de l’eau
potable du monde,
et ne parlons pas de toutes les énergies
fossiles
nécessaires à la fabrication des fibres synthétiques.

Humainement, le portrait n’est pas très glorieux non plus. L’industrie de la
mode exploite hommes, femmes et enfants. Au Bengladesh, en Chine, en Turquie,
au Vietnam, ils subissent des conditions de travail déplorables et dangereuses.
Aussi, je vous renvoie à l’effondrement d’un bâtiment au Bengladesh en 2013,
aux conditions catastrophiques de vie des petites mains du cuir, au travail
infantile. Bref, nous proposer de nouvelles collections,
chaque semaine à moindre coût se fait au détriment de la vie de 75 millions de
personnes
et beaucoup d’entre nous l’ignorent.

Une nouvelle façon de consommer la mode : le slow wear

La mode a néanmoins un rôle social et culturel très fort, notamment en
France où la Haute Couture est une fierté nationale. Supprimer la mode est
impossible. Depuis tout temps, bien avant même notre société de consommation,
la mode a une utilité sociale et politique. Elle a servi et sert encore de
marqueur culturel. Les bourgeois s’en sont servis pour s’affirmer avant la
révolution, puis, dans l’histoire contemporaine, la mode a permis aux jeunes de
s’affranchir et de créer leur personnalité, puis elle a fait partie des combats
des féministes par exemple. Qu’on l’aime ou non, la mode a une utilité dans
notre société, c’est indéniable. Mais à quel prix ?

Slow wear vs fast fashion

Le slow wear ou slow fashion, s’oppose de ce
fait au phénomène de fast-fashion. Comme toutes les initiatives « slow »
que l’on voit fleurir depuis quelques années, la « mode lente », le
slow wear, se concentre sur une consommation plus éthique et durable,
dans le respect de l’homme et de la Terre. Et oui, il est tout à fait possible
d’adopter un nouveau comportement face à notre garde-robe.

La clé pour changer de consommation, c’est de changer
de mentalité.
Suivre les injonctions du capitalisme et du
marketing ne vous aideront pas à changer votre comportement. De fait, ce
système qui adore le dieu « argent » a besoin que vous passiez votre
temps à avoir de nouvelles envies et surtout, il a besoin que vous cédiez à la
tentation. Et ça, c’est le contraire du slow wear. Le capitalisme mise sur
l’effet de groupe : plus il y a de personnes qui cèdent aux injonctions, plus
cela devient normal. Aujourd’hui, le mouvement est tout sauf éthique,
responsable, juste et durable. Nous vivons dans une société
individualiste et de consommation à outrance dans laquelle nous devons être
matérialiste pour pouvoir exister
et avoir de l’importance.

Heureusement, de plus en plus, ce modèle est remis en cause par des
initiatives solidaires et responsables, par des entreprises éthiques, par des
acteurs du changement qui agissent ensemble. La bonne nouvelle, c’est que
chacun à son échelle, peut être acteur de ce changement
. Une
fois la prise de conscience effectuée, il est donc important de revoir son mode
de pensée pour se tourner efficacement vers une consommation plus éthique.
C’est là, toute la volonté du slow wear.

slow wear
slow wear

Consommer moins mais mieux

C’est valable dans l’alimentation, c’est aussi valable pour la mode. Adopter
une démarche slow wear, c’est se concentrer avant tout sur la qualité et non
plus sur la quantité en se tournant vers les bonnes pratiques et les bonnes
personnes.

Individuellement, ce changement de consommation se traduit par plusieurs
choses :

Repenser la nécessité de son achat.

Avez-vous vraiment besoin de cette petite veste en lin doré ? Pourquoi
voulez-vous l’acheter ? Grâce au slow wear, prenez
le temps de la réflexion.
Souvent, en ne cédant pas à l’urgence
de l’achat, à notre pulsion, quelques heures plus tard, on se rend compte qu’en
fait on n’en a pas tellement besoin. À chaque nouveau désir, ne courez pas au
magasin, faites autre chose et voyez si votre envie perd de l’intensité ou non.

Penser à la vie complète du vêtement.

Regardez où il a été fabriqué et quels sont les produits utilisés. Ceci vous
donnera une indication sur l’éthique du fabriquant. Pour coller à la tendance
slow wear, voyez si vous pourrez l’utiliser pendant plusieurs années. Regardez
la qualité du tissu, ne va-t-il pas se décolorer/s’abimer en deux
lavages ? Et puis pensez à ce que vous pourrez en faire à la fin, quand
vous n’en voudrez plus. Les produits de fast fashion, on les jette, parce que
de toute façon, il n’est plus possible de les vendre ou de les donner tellement
la qualité est médiocre.

Regardez le prix

Par ailleurs, le prix peut-être un bon indicatif. Un produit de bonne
qualité sera plus cher qu’un produit jetable. Alors oui, investissez plutôt
150€ dans une jolie paire de bottes slow wear (dont vous connaissez l’origine
et la démarche de fabrication) que 40€ dans une paire de bottes en cuir
produites au péril de la santé de nombreuses ouvrières au Bengladesh*.

Faites attention cependant : certaines marques bien connues ne sont pas
toujours si bon marché. Malheureusement, cela ne veut pas dire que leurs
produits sont de meilleure qualité malheureusement.

En règle générale, bannissez les grandes
enseignes.

C’est un fait, si elles font autant parler d’elles, si tout le monde les
achète et les porte, c’est parce qu’elles se sont installé dans le paysage de
la mode industrielle mondiale… et cela ne veut certainement pas dire qu’elles
l’ont fait dans le respect des Droits de la personne humaine. Si vous voulez faire
des achats qui ont du sens,
tournez-vous vers d’autres types de
vendeurs ou créateurs et fiez-vous
aux labels
slow wear qui existent de plus en plus.

Pensez local

Je crois que c’est probablement la règle qui vous permettra de repenser
efficacement votre consommation
et de passer au slow wear.
Privilégiez des marques et des fabrications françaises ou
européennes
. Tournez-vous vers les créateurs
locaux
qui ont des boutiques dans votre ville ou aux alentours,
faites votre shopping sur internet et dénichez ces
autres créateurs français qui fabriquent des vêtements dans le respect de
l’humain (travail dans des conditions décentes), qui utilisent des fibres
naturelles parfois bio (notamment pour le coton) et qui, s’ils utilisent des
produits animaliers (laine, cuir) le font dans le respect de l’animal en
question.

De plus, rendez-vous dans les fripes de votre quartier pour dégoter
des fringues de seconde main, fabriquez vous-même certaines
de vos pièces à l’aide de tutos sur le web, d’ateliers et d’une machine à
coudre. Bref, préférez les démarches locales, les initiatives proches de chez
vous. À l’échelle du monde, vous pouvez aller jusqu’à la fabrication
européenne, ce n’est pas si contraignant.

L’importance de faire les bons choix

Enfin, adopter la démarche slow wear, c’est avant tout faire des choix.
Faire des choix éthiques
. Vous n’aurez peut-être plus le
dernier look à la mode (et encore, vous aurez votre propre style !) une
armoire prête à exploser, mais vous pourrez vous féliciter d’agir, à votre
échelle, pour une consommation meilleure.

Le changement prend du temps, ne cherchez pas à vous composer une toute
nouvelle garde-robe minimaliste et éthique en un week-end. Revoir son
fonctionnement, faire fi des diktats de la société prend du temps et nécessite
une réelle remise en question. Et détendez-vous : faire
un peu, c’est déjà faire quelque chose !

Pour vous aider et aller plus loin sur le sujet du slow wear, voici quelques
ressources intéressantes :

Un dossier
très complet et passionnant qui retrace l’histoire de la mode, son influence
sur notre société et ses dérives

Une vidéo très drôle de La Barbe
qui rappelle ce qu’est la fast-fashion

Une
liste de marques éthiques et responsables

*http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/bangladesh-les-forcats-du-cuir-de-hazaribagh_1512039.html

Cet article a été initialement publié sur un magazine éthique. Suite à la fermeture de celui-ci, j’ai récupéré mon texte pour le publié sur mon propre blog.


Originally published at Pineapple Storm.

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