Quelques idées reçues sur la bio

1. “Encore un truc de riches. C’est pour les bobos”

Alors non, pas que. Selon l’étude de Nutrinet, cohorte nationale pour étudier le lien entre alimentation et santé — et financée par le Ministère de la Santé — les consommateurs bio n’ont pas des plus forts revenus que les autres. Ils sont mieux informés, plus éduqués.

Et puis, ce n’est pas si binaire. Les bios d’un côté, les non bios de l’autre. il y a pas mal de nuances.

Auchan vient de créer son enseigne bio, même Lidl s’y met. Ça nous montre qu’il y a bien plusieurs “cibles” comme on dit dans le marketing.

Extrait de la BD de Nutrinet : https://www.etude-nutrinet-sante.fr/article/view/84

2. “C’est une mode, je ne lui donne pas long feu”

Qui est à la mode au juste ? Le bio ou le conventionnel ?

Parce que le bio en soit, ce sont des produits naturels, sans produits chimiques de synthèse. Avant la seconde guerre mondiale, tout était bio. Les intrants issus de la chimie de synthèse n’existaient pas (ou très peu). En gros, le bio est là depuis la nuit des temps. Le conventionnel existe surtout depuis les années 60.

Pourtant, il lui faut un label pour exister et être reconnu à l’heure d’aujourd’hui. C’est fou quand on pense qu’on ne contrôle pas l’agriculture conventionnel qui utilise des produits nocifs. Un peu le monde à l’envers. C’est souvent la nature qu’on veut enfermer dans des réglementations.

Et puis niveau croissance, le bio se porte très bien. Plus de 50% en 10 ans. A chaque scandale alimentaire, ça refait un gros boum. Du coup, ce n’est pas prêt de s’arrêter.

3. “Ne t’en fais pas, ce n’est pas du bio mais de l’agriculture raisonnée ! Tu comprends, le label coûte trop cher”

Non. ça coûte 350 euros/an de se faire labelliser…C’est pas si cher que ça, sachant que la vente est valorisée auprès des fournisseurs dès que le label est validé. En plus, ça peut être financé par le Conseil régional.

Je crois que le véritable argument, c’est celui de l’organisation et du temps nécessaires. Il faut garder précieusement les factures et les échantillons en cas de contrôle par exemple.

L’agriculture raisonnée, elle, ne repose que sur la confiance. Ce qui peut suffire dans certains cas pour les clients. Quand la vente est en direct notamment.

4. “Bouh…Tu manges bio et pourtant tu es tombé malade”

Hum hum, remettons les choses à leur place.

Manger bio nous aide à être en meilleure santé, c’est indéniable. Plus d’éléments nutritifs, pas de pesticides, …Mais voilà, même si elle joue pour beaucoup, il n’y a pas que l’alimentation dans la vie. Il y a d’autres facteurs qui nous rendent malades : manque de sommeil, stress, pas assez d’exercice physique, rythme de vie, pollution de l’air, etc

5. “Le bio coûte cher “

Pour le consommateur final, c’est vrai. 20 à 50% plus cher. C’est une réalité. Pour ma part, l’impact sur mon compte bancaire a été limité puisque je me suis mise à cuisiner et à consommer moins et autrement.

Pour le citoyen, c’est faux. C’est même un gain d’argent.

Et pourquoi ?

L’agriculture bio est peu subventionnée, les rendements sont plus faibles et le besoin de main d’oeuvre est plus important. Pour que le maraîchage soit un secteur au minimum viable, on ne peut pas tirer les prix au plus bas. L’objectif est de payer au prix juste.

Mais au final, on paye l’agriculture dite conventionnelle avec nos impôts. Puisqu’elle est subventionnée. Mais aussi pour le nettoyage des nappes phréatiques, et éliminer un maximum les pesticides et les nitrates ; pour lutter contre la perte de la biodiversité (insectes, ravageurs, etc) ; sans compter les dépenses de santé publique et de l’explosion des maladies non transmissibles (diabètes, obésité, maladies cardiovasculaires). Certes, des coûts qu’on ne voit pas au quotidien, mais bien réels.

Extrait du Guide ‘Pour vos amis Biosceptiques’ : http://www.auvergnerhonealpes.bio/images/News/guide%20bio%20web.pdf

6. “Il y a même des pesticides dans les produits bio”

Oui, parce que le label AB ou européen autorise 5% de non bio dans ses produits. Pour les 5% restants, il faut obtenir une dérogation pour prouver qu’ils ne sont pas disponibles en bio. Et puis il y a aussi le risque d’être contaminé par le champ voisin. L’eau des nappes phréatiques utilisée pour l’arrosage. Les transports aussi, source de contamination.

Pour ceux qui ne souhaitent pas transiger, il existe des labels privés plus exigeants, 100% bio et avec de fortes valeurs éthiques : Bio Cohérence, Nature & Progrès et Demeter.

Les différents labels BIO

7. “Beurk. Ce n’est pas bon”

Ah bon ?

A chacun ses papilles. Mais il est vrai que les exhausteurs de goûts et les arômes artificiels les ont un peu perturbées. Ça vaut quand même le coup de comparer la tomate de supermarché standard à celle d’un maraîcher bio du coin.

En tout cas, une chose est sûre. Pour ceux qui cuisinent bio, c’est difficile de revenir en arrière.

8. “Les magasins bio, c’est pour les hippies, je préfère aller chez Auchan”

Ah non. Mauvaise direction, demi-tour. On n’y trouve pas le même bio. Ça démocratise le truc donc c’est bien pour commencer quand on découvre ce petit monde mais c’est tout. Après, faut fuir ce bio là.

Dans son livre ‘Les Dessous de l’alimentation bio’ , Claude Gruffat — président de Biocoop, décrit une véritable différence entre LE bio — la version business marketing du bio — et LA Bio — véritable projet de société qui va au delà du sans pesticides en préservant l’idée de départ : une agriculture qui respecte l’humain et l’environnement.

Difficile de faire confiance au bio des grandes surfaces type Auchan, Carrefour ou même Lidl qui s’y met activement. Les produits viennent de loin, les employés sont exploités, la qualité nutritive est amoindrie, ….Le marketing est très efficace, mais au delà, vaut mieux passer son chemin.

Il existe des alternatives : les magasins Biocoop qui respectent une charte éthique ; les AMAPs (Association de Maintien à l’Agriculture Paysanne) pour bénéficier d’un panier de produits chaque semaine directement des producteurs ; la vente directe qui représente 10% des ventes totales bio ! En passant par des structures ou associations qui ont comme valeur principale une agriculture respectueuse, on s’assure un minimum d’acheter du “bon” bio.

Juste pour que vous sachiez, Naturalia, c’est Monoprix. ça vous laisse choisir si vous préférez ne pas acheter chez des grands groupes.

9. “Je préfère acheter local que bio”

Argument très utilisé. Pourtant bio et local n’est pas antinomique. Le mieux, c’est d’allier les deux. Sans oublier qu’acheter local ne veut pas dire moins polluer la planète puisqu’il y aura peut être moins d’émission de CO2 niveau transport, mais nos nappes phréatiques seront toujours aussi polluées.

10. “L’agriculture bio ne peut pas nourrir ce monde”

Argument très utilisé aussi, pourtant l’agriculture conventionnelle ne nourrit pas non plus ce monde. 1 personne sur 7 a très faim, et 2 personnes sur 7 sont sous alimentés.

Selon l’ONU, oui. Et ils se sont activement penchés sur le sujet via la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture). Notamment via le rapporteur Olivier De Shutter et son rapport ‘Agroécologie et Droit à l’alimentation’.

Oui l’agriculture bio peut nourrir la planète. Notamment en diminuant notre consommation de viande puisque 1/3 des terres cultivables est réservé à l’alimentation des animaux. Mais aussi en diminuant le gaspillage alimentaire qui représente 1/3 de ce qui est produit. Et en changeant notre mode de production alimentaire.

D’autres experts ont ouvert le débat :

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