Mettre les femmes au cœur de la France

Sur le chemin de mon bureau de vote du 18e, dimanche 8 mai 2017.

Les femmes représentent 52% de la population française et 53% des votants, leurs droits sont toujours et plus que jamais un sujet de premier plan”. C’est ce qu’on peut lire dans le communiqué du Collectif 52 qui ont hacké les affiches électorales pour faire passer des messages aux candidats.

Ça continue : “Nous sommes la majorité et nous sommes puissantes. Nous demandons aux candidats de se positionner clairement sur l’égalité femme/homme et d’agir concrètement pour l’émancipation des femmes”.

Notre nouveau Président Monsieur Emmanuel Macron s’est positionné dès le début de sa campagne sur le sujet qu’il a érigé comme une quasi grande cause nationale. Cependant — et c’est pourquoi j’écris cet article aujourd’hui — quelque chose m’a frappé dans le reportage “Les coulisses d’une victoire” diffusé lundi soir sur TF1 : son entourage proche semble essentiellement masculin.

Seules deux femmes émergent: Brigitte Macron, évidemment, et Sibeth Ndiaye, la nouvelle star du web. DEUX femmes seulement pour une dizaine d’hommes en costume qui entourent constamment le candidat Macron. DEUX femmes seulement mais ô combien essentielles dans la route vers la victoire!

Ce documentaire m’a fait réaliser une chose essentielle que je vois tous les jours sans vraiment pouvoir la qualifier: les femmes sont des rouages! Autrement dit selon Larousse, “ce qui fait marcher l’ensemble”. L’expression est en l'occurrence plutôt bien choisie…

Car ce qu’ont en commun ces deux femmes, c’est leur polyvalence, elles font tout et sont là tout le temps. Concernant Brigitte Macron, c’est évident puisque c’est l’épouse du candidat et que celui-ci l’écoute énormément. Quant à Sibeth Ndiaye, officiellement responsable des relations presse, on la voit effectivement rabrouer les journalistes, essayer d'organiser une meute de perches anonymes lors d’une allocution, faire des repérages logistiques de salles, debriefer le candidat après ses interventions et même poudrer le nez de Monsieur Macron… Elles sont indispensables et multitâches quand les hommes sont souvent sectorisés “stratégie”, “plume”, “porte parole”… ce qu’ils font très bien, là n’est pas la question!

Capture d’écran, Konbini, “Et si on arrêtait d’être misogyne envers Brigitte Macron ?”, mai 2017

L’avantage des femmes-rouage c’est aussi que cela permet aux hommes (inconsciemment ou non) de toujours les complimenter et leur dire combien elles sont indispensables mais de rarement les mettre en avant pour leur expertise — ici je ne parle pas de l’équipe Macron que je ne connais pas mais d’une observation plus générale que chacune, je pense, pourra reconnaître… tout comme ces situations de femmes sans nom de famille, de “mansplaining”, de “manterrupting” et autres qui ont notamment été dénoncées par les conseillères de Barack Obama à la Maison Blanche il y a quelques mois.

Madmen

Bref, lundi soir, le décalage entre cette volonté affichée un peu partout (pas seulement par notre nouveau Président) de “mettre les femmes au cœur de la France” et la réalité du terrain m’a vraiment sauté aux yeux. C’est alors que j’ai réalisé à quel point, dans ma vie professionnelle, je suis et j’ai toujours été entourée essentiellement de femmes. Des femmes brillantes, audacieuses, bienveillantes, des femmes qui m’inspirent quotidiennement et qui m’ouvrent des portes vers de nouveaux réseaux, de nouvelles idées et de nouvelles opportunités. C’est là que j’ai commencé à les lister toutes ces femmes de caractère, juste pour voir. Au bout de 10min j’en avais déjà une soixantaine sur ma liste et cela m’a encore plus effrayée: COMMENT pouvons nous encore entendre, en 2017, ce genre de discours “nous cherchons une femme pour ce poste de direction, pour cette conférence, pour cette interview, mais au final, c’est dur de trouver des noms” ? MAIS IL Y EN A DES MILLIERS LES GARS ELLES SONT SOUS VOS YEUX !!!

Alors, juste pour le plaisir, je vous partage en vrac quelques noms de ma liste de fortune.

D’abord, bien sûr, celles qui m’ont accueillie, intronisée, acculturée aux enjeux du numérique, celles qui m’ont tout expliqué: Somalina Pa, ma première N+1 ex-secrétaire générale adjointe du Conseil national du numérique, SophiePène, THE big boss qui, lors de ma première réunion avec les membres du Conseil alors que j’étais dans ma première semaine de stage sérieuse en train de prendre des notes m’a sortie “Et toi heuu… Léa, c’est ça?.. qu’est ce que tu en penses de l’éducation et du numérique?”. A partir de ce moment là, j’ai compris, j’étais au bon endroit. Dans cette team de défricheuses il y a aussi Mathilde Bras (Etalab), qui m’a appris tous les secrets des notes, des EDL, des acronymes barbares et des jeux d’influence. Il y a aussi ces membres du CNNum #2 que j’admire particulièrement pour leur ténacité, leur esprit prospectif et inclusif comme Valérie Peugeot grande défenseuse des communs ou Marie Ekeland fondatrice de Daphni. Je dois citer aussi la dream team d’Etalab, les reines de la gouvernance ouverte avec en cheffe de file Laure Lucchesi mais aussi Amélie Banzet, Claire-Marie Foulquier Gazagne (now at Google)… Dans la #FrenchEdTech on trouve aussi que des femmes de talent: Svenia Busson et Audrey Jarre of course qui ont contribué grandement à la structuration de cet écosystème avec leur EdTech World Tour; Judith Grumbach qui a réalisé le super film “Une idée folle”; Pascale Haag chercheuse-entrepreneure qui monte la première LabSchool en France; toutes les CEO pionnières en la matière: Deborah Elalouf pour Tralalere, Claude Terosier pour Magic Makers, Laetitia Grail pour MyBlee, Jennifer Elbaz pour BrainPop France, SuperJulie qui porte bien son nom, Sharon Sofer pour Scientibox et Startup For Kids, Kim Goldstein pour KoaKoa, Anne Lautrou pour le Collectif Blueprint… Mais aussi Marie-Christine Levet qui monte le premier fond d’investissement européen sur les EdTech. Mais aussi toutes les journalistes qui secouent tout ce petit monde comme Marie-Caroline Missir à la tête de l’Etudiant/Educpros, Hélène Allaire, Louise Tourret (Rue des Ecoles sur France Culture), Sophie Blitman pour le Monde et j’en passe. Il y a aussi ces shakeuses de communauté hors paire comme Julie Henches (EdTech Drinks Society), Stéphanie Pfeiffer, Emma France, Fatoumata Ly, Morgane Lombard, Aline Guilpain et Justine Mesnard, la team 100% féminine du Lab de l’Education. Je cite aussi Camille Pène qui dirige le plus grand Festival européen dédié à l’innovation et Hélène Allain qui ont permis l’an dernier à l’éducation d’avoir pour la première fois une place aussi importante à Futur en Seine. Il y a aussi toutes celles qui militent pour faire changer les choses dans leurs établissements: Marion Petipré et Aurore Ghetti pour le DU PAREO de Paris Descartes, destiné aux décrocheurs de licence; Chantal Dardelet à l’ESSEC; Maëva Tordo à l’ESCP; Nathalie Hector à Kedge; Anne Lalou et Gabrielle Fauste à la Web School Factory; et bien-sûr toutes mes merveilleuses collègues de tous les jours, solaires, solidaires et interdisciplinaires, Ada Loueilh, Jeanette Nguyen, Olivia Perkins, Maria Molina Calavita, Elodie Kaslikowski, Imane Baïz, Virginie Chomier, Julie Camonin, Lucie Douillard, Typhaine Moisan… Nous avons la chance d’être entourées et stimulées aussi chaque jour par nos supers étudiantes, venant du monde entier, audacieuses, actrices de leur apprentissage et porteuses d’idéaux pour le futur: Soizic Pénicaud, elina moraitopoulou, Lily Parent, Alicia Mansilla, Lamprini Chartofylaka, Olga Alejandra, Mimi Dedichen, Maria Azi, Marie-Laure Fino, Xianrui Ming, Anat Meruk, Shiori Kishi (岸 志保梨) Il y a aussi ces inclassables qui portent avec brio leur vision de l’éducation bien au delà de nos frontières comme Léa Peersman Pujol (MIT), Alexandra Ivanovitch (Equality Lab), Muy Cheng Peich (Bibliothèques Sans Frontières), Margaux Pelen. Celles qui militent pour des sciences ouvertes et sans stéréotype comme Flora Vincent, Aude Bernheim, Nina Varchavsky (WAX Science), Celya Grusson Daniel (HackYourPhD) ou encore Margaux Calon co-organisatrice de la Marche pour les Sciences en France. Celles qui sont dans la recherche comme Fabienne Cazalis (CNRS) ou en thèse comme Svetlana Meyer (Beyond Lab), Calliste Scheibling-Sève (Cog’innov), Amélia Legavre… Celles qui militent pour initier les plus petits à cette démarche de recherche comme Ange Ansour et sa team des Savanturiers. Je pense aussi à toutes celles qui expérimentent, sous une forme ou sous une autre, des pédagogies innovantes: Florence Rizzo (SynLab), Julie Credou (Diplôme universitaire Co-Design), Antoinette Bouziane et Morgane Mariguet (Sapiens)…

J’ai encore des dizaine de noms sur ma liste.

Toutes et tous, nous sommes entourés de ces talents féminins. Cela mérite d’être dit, partagé et qualifié comme cela est fait par exemple par Girlz In Web et son “annuaire” en crowdsoursing des “Expertes du Numérique” : une mine d’or !

Monsieur Emmanuel Macron, s’il vous plait, soyez “audacieux”, tenez cette promesse et mettez les femmes, un peu plus, au cœur de la France. Ça pourrait bien changer quelques trucs… On essaye pour voir ?

N’hésitez pas à partager et à poker d’autres femmes formidables en commentaire ! :)