Startup passion — Ma toute première entreprise

Avec la lecture et l’écriture, c’est ma passion qui remonte le plus loin. L’une, sinon la plus forte aussi. Si je devais attribuer la préséance à l’une d’elles, ce serait assurément à celle-ci, même si arrêter d’écrire équivaudrait à me couper un bras. Je peux vivre avec un bras en moins, mais je ne peux le faire sans mon cœur.

Vous savez que vous êtes fait pour entreprendre lorsque vous n’avez pas d’autres choix que d’entreprendre — R.O.

Il y a deux façons de prendre cette affirmation. Il paraît que tout le monde peut être entrepreneur, il ne m’appartient pas de discuter cette affirmation. Il se peut qu’elle soit vraie, même si cela m’étonnerait fortement. Je pense néanmoins qu’il y a deux façons d’y venir :

  1. Quand on ne peut s’empêcher de le faire
  2. Quand l’entrepreneuriat s’impose à nous

Je fais partie du premier cas. Voici comment tout a commencé.

Ma première “entreprise”

“À l’origine de toute grande ambition, il y a une grande passion” R.O.

Les prémices

La passion

J’ai monté ma première “entreprise” à l’âge de huit ans, avec mon frère jumeau. Nous avons découvert très tôt que nous étions doués pour fabriquer des choses aussi, nous livrions-nous à nos fantaisies depuis la classe de maternelle, sous le regard amusé de nos parents.

Mon frère est tombé amoureux des voitures à l’âge de 3 ans, et à 4 ans, il a décidé qu’il voulait en faire son métier. J’ai pour ma part, eu le coup de foudre pour le dessin et la peinture, deux autres de mes grandes passions. J’en ai énormément ! Rires.

Je pense que toute grande passion est une histoire d’amour. R.O.

Notre père avait pour habitude — habitude qu’il a gardée et nous a transmise — de conserver à la maison plusieurs rames de papier, dans lesquelles nous puisions généreusement pour satisfaire nos fantaisies. Il ne disait jamais rien, et se contentait d’en rire. Notre mère quant à elle, a toujours été une bibliophage acharnée. Je suis la seule à avoir hérité de ce gène. Rires.

Petits déjà, les gens se moquaient gentiment de nous parce que, alors que nos pairs se baladaient en culottes courtes avec des jouets pleins les bras, nous avions toujours un livre dans les mains. Nous y découvrions des univers entiers, ce qui nous a amené à expérimenter beaucoup, et à faire énormément de bêtises pour vérifier nos “hypothèses scientifiques”. Souvent aux dépens de notre entourage d’ailleurs.

Les deux têtes chercheuses que nous étions alors, toujours à l’affût d’une occasion de mettre en oeuvre notre imagination, se sont mises à créer des objets. Lui dessinait des voitures — les seules choses qu’il ait jamais pu dessiner avec une perfection confondante — et moi je dessinais des personnages, et des vêtements. L’une de mes autres grandes histoires d’amour était la couture, rires.

Nos parents

Nos parents ont joué un rôle fondamental dans le perfectionnement de nos talents respectifs, c’est grâce à eux que nous avons pu nous épanouir autant dans ce que nous aimions. En effet, ils n’ont jamais cherché à contrarier nos passions, aussi bizarres soient-elles. Bien au contraire, ils nous ont accompagnés dans leur éclosion.

Lorsque les yeux de mon frère ont commencé à briller à la vue d’une voiture et qu’il a commencé à mémoriser leur marque et leurs modèles, à 4 ans, mes parents ont commencé à lui acheter des jouets et des magazines d’automobiles. Qu’importe s’il ne savait pas lire, ils le feraient pour lui ! Mon frère les écoutait avidement, et conservait religieusement ces magazines.

Je pense que s’il s’est appliqué à apprendre à lire, ce n’est pas tant par amour de la lecture que pour pouvoir lire ses chers magazines en toute autonomie ! Rires. Il vient d’ailleurs de terminer son quatrième “vrai” bouquin, un exploit selon lui. Tout à fait entre nous, je crois que c’est surtout parce que ce livre parle de sa première grande passion, Dieu, mais passons.

Ce que je veux vous faire comprendre, c’est qu’il ne suffit pas d’avoir une passion, encore faut-il la nourrir, puis la perfectionner pour ensuite pouvoir s’en servir. Nous en avons fait autre chose en grandissant mais, à 4 ans déjà, c’était très important pour ce que nous allions faire plus tard.

S’il y a des parents qui me lisent, je vous conseille d’encourager vos enfants dans la poursuite de leurs centres d’intérêt, et non de les contrarier, vous serez étonnés du résultat quelques années plus tard !

Expérimentateurs

Nous ne nous sommes pas contentés de dessiner sur les feuilles A4 de notre père, nous nous sommes vite lassés du format 2D, pour expérimenter le 3D.

D’abord avec du papier, puis avec du carton ondulé, et ensuite avec du carton gris et enfin, avec du carton-pâte. Nous avions nos petits chouchous bien sûr, mais nous en sommes arrivés à savoir quels matériaux utiliser pour fabriquer quels objets. À mesure que nous grandissions, nous avons progressivement pu intégrer d’autres matières à nos constructions, en faire de plus ambitieuses, utiliser plus d’instruments… Nous travaillions le plus souvent par terre et, en même temps, sur le grand bureau de notre père. Il en a fait installer un autre et nous avons fait pareil, il s’est donc résigné à nous les abandonner tous les deux, rires.

Entre 3 et 8 ans, chacun a parfait sa technique, en faisant bien des bêtises, avec les ciseaux par exemple. Ils nous étaient interdits mais, voyant que nous les utilisions quand même, nos maîtresses et nos parents nous ont appris à le faire. Je suis particulièrement reconnaissante à ma maîtresse de moyenne section, qui ne m’imposait pas de rester les bras croisés parce que j’avais fini avant les autres. Elle me mettait sur une table, à côté, avec tout ce dont j’avais besoin, et me laissait libre de donner libre court à mon imagination.

Si nous avions des passions distinctes, mon frère et moi nous retrouvions sur certaines choses, comme la fascination pour le 3D, les jeux vidéo de combat, ou encore la confection d’objets du quotidien comme des cahiers, des stylos (nous n’avons jamais réussi à reproduire l’encre, aussi nous sommes nous résignés à désosser des stylos, rires), des pendentifs pour rétroviseur, etc. C’est là qu’intervient notre petit commerce.

The business twins

L’un de nos plus grands “défauts”, à mon frère et à moi, était d’embêter tout le monde avec nos créations. Nous les montrions à tous ceux qui voulaient bien les voir — et même à ceux qui ne le voulaient pas —, et nous les faisions marcher devant eux. Nous prenions tellement de plaisir à voir fonctionner nos petites merveilles que nous les trimbalions partout avec nous.

Lorsque quelqu’un nous demandait un stylo par exemple, nous lui tendions immédiatement le stylo “Lion” en carton ondulé que nous venions de fabriquer ; après tout, il était tellement mieux que ces stylos industriels si banals ! Rires. Nous avons fini par préférer nos productions aux productions industrielles, et nous étions fiers d’utiliser du “made in nous-mêmes”.

Nos petits camarades, émerveillés par ces objets, ont très vite voulu en avoir eux aussi. C’est là que s’est produit le déclic, notre Eurêka ! personnel. Nous avons décidé de les leur vendre. Nous aurions pu le leur donner gratuitement bien sûr, mais cela n’aurait pas satisfait les petits malins en quête d’aventures que nous étions alors.

Très vite, nous nous sommes concertés, et avons mis en place une chaîne de production. Mon frère était chargé des stylos, et moi des cahiers. Les pendentifs, ainsi que les personnages en carton et leurs vêtements m’incombaient, tandis qu’il se chargeait des voitures. Une routine s’est mise en place : tous les soirs après les devoirs, nous nous consacrions à nos productions. Nous les produisions consciencieusement, en évaluant le temps qu’il nous faudrait pour écouler notre marchandise.

Le docteur — papa — s’amusait de nos prétentions, mais je pense qu’il était plus curieux qu’autre chose, de nous voir utiliser nos cerveaux à des fins pratiques. Il se demandait sans doute si cela marcherait et ce que nous en retirions. Je dois dire que notre petit business a très bien marché, trop bien marché, même, puisque nous avons été sommés d’y mettre fin. En effet, certains parents d’élèves s’étonnaient que leur progéniture revienne affamée le soir, alors qu’ils leur avaient donné de quoi se sustenter. Que voulez-vous ? C’est la rançon de la gloire ! Rires.


C’est ainsi que s’acheva brutalement notre carrière de vendeurs d’objets en papier et carton. Cette expérience marque le début de notre culture entrepreneuriale, qui a été suivi de plusieurs autres. Celle-ci a néanmoins été déterminante car elle nous a montrés que nos talents pouvaient nous rapporter de l’argent, ce qui est l’une des raisons d’être d’une entreprise : produire de la valeur monnayable. Elle m’a également permis, entre autres, d’avoir une certaine vision de la relation entre cofondateurs.

J’espère qu’elle vous a été aussi instructive qu’à nous. N’hésitez pas à partager votre première expérience entrepreneuriale, j’ai hâte d’apprendre comment vous l’avez vécue, et les leçons que vous en avez tirées !

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