Amoureux mouais…impressionnant oui !
Ercole Amante, Opéra Comique
Les Hecq sont des gens profondément drôles.

Opéra Comique permet de découvrir un répertoire ancien et méconnu, et avec uniquement des créations. Voici un des rares opéras baroque avec mise en scène, Ercole Amante. Le titre est en italien car il a été composé par Francesco Cavalli, LE musicien après Monteverdi, et ceci pour le mariage de Louis XIV et l’Infante d’Espagne. L’histoire est nulle, un Hercule faible, infidel, brute et meurtrier, immortalisé et époux de la Beauté : aucune logique. Le Fauteuil n’a aucune attente dramaturgique, son attention est sur le côté visuel et scénographique.
Il renaît dans les bras de Christian Hecq et Valérie Lesort Hecq. Dans cette version, la tragédie ôte son sérieux et devient un divertissement de haute qualité. Récidive de mise en scène mélangeant la fantaisie et l’horrifique, le couple a co-signé à l’Opéra Comique Domino noir et petites Balades aux Enfers, en plus de 20 000 lieues sous la Mer de la Comédie Française, lauréat du Molière de meilleure création visuelle. Christian Hecq capable de rendre Feydeau de nouveau drôle pour nos jours, et Valérie Lesort fée des effets visuels. Celle-ci n’avait, ce fut un temps, pas de page Wikipédia dédiée. Cas désormais corrigé, voici la page et à vos contributions !
https://fr.wikipedia.org/wiki/Val%C3%A9rie_Lesort

Le Fauteuil avait tant de questions et d’hypothèses qu’il croyait devoir vérifier pendant le spectacle. Mais en sortant, il a seulement envie de croire que les Hecq sont des gens profondément drôles et intéressants. Comme beaucoup d’autres génies, ils ont un univers visuel bien identifiable. Mais le pari réussi ici, c’est de faire évoluer un décor figé, d’abord selon les indications improbables du livret, ensuite en intégrant des détails précis pour maintenir notre attention pendant les grands récits. La dynamique scénique est permanente.

Merveille au levé du rideau.Premier contact avec l’univers fantastique-épouvental-décalé-réaliste des Hecq à couper de souffle. Réalisée sans génie mécanique, cette scène utilise à sublime seule la tête des membres du choeur et restera pour le Fauteuil le moment le plus féerique de la soirée. Les scènes de la mer et de l’enfer avec une participation forte du choeur sont également dynamiques et surprenantes. Au final, les détails qui font à la fois rire et peur nous marquent plus que les grands décors et les survols. Ce mélange entre la beauté et une note d’horreur dans la scénographie nous accompagne tout au long de la soirée. Seuls les grands rêveurs sont capables d’inventer des détails précis, réalistes et cohérents. Essayez de raconter vos rêves et vous verrez. C’est ces détails qui en disent long sur les deux metteurs en scène. Et ils disent que ceux-ci sont un monde interne très riche, qu’ils ne ménagent pas d’effort à nous partager.

La tendance que chœur devienne une partie de la scénographie se confirme. Ici dédicace spécial au chœur Pygmalion et ses magnifiques basses !! Si nous reconnaissons du Christian Hecq dans tous les clins d’oeil drôles qui nous occupent pendant les longues mélodies, les scènes de cimetières et enfer nous indiquent le génie graphique de Valérie Lesort, génie que certains ont pu apercevoir au cabaret horrifique.
Le contraste entre les costumes fantastiques et le grand décor blanc simpliste est aussi très remarquable. Au début, on dirait que le mur blanc fait illusion à une revendication contemporaine. Nous nous rendons quand même très vite compte qu’il s’agit d’une flexibilité que s’offrent les metteurs en scène afin de suivre au mot près des indications de passer de la mer aux cimetières, de la forêt aux cieux. En plus des éléments concrets qui rappellent le context scénique, le grand décors blanc est souvent baigné dans une combinaison de lumière en couleurs complémentaires. Perdue quelques fois dans l’italien, le Fauteuil a passé, au cumul, pas moins que 20 minutes seulement à admirer l’utilisation nette de lumière en couleur, tête complètement vide.
Bref, opéra à machine mais loin d’être traditionnel. Un opéra qui impressionne avec machine et costume, et qui touche avec les touches très Hecq. Digne de Noël.
A l’Opéra Comique jusqu’au 12 nov, jours pairs uniquement
Réservation : https://www.opera-comique.com/fr/saisons/saison-2019/ercole-amante
Les images proviennent de la page officielle de l’Opéra Comique de Paris