Tu l’as vue mon actu ?

« La presse cherche encore (et toujours) son modèle économique digital. »
Source : ça et là.
Je sais, ce n’est pas nouveau.

Le diagnostic

Nous le savons tous, le digital bouscule les pratiques, les habitudes et les journalistes.
Les journalistes ? Je ne sais pas si les journalistes sont bousculés par autre chose que les plans sociaux et l’absence d’innovation de ce secteur d’activité.
Pour être tout à fait exact, c’est la presse quotidienne nationale payante (PQN) qui est en crise, ainsi que la presse quotidienne régionale payante (PQR). Elle le sont car leur fonction même est remise en question. A l’ère pré-internet nos quotidiens jouaient un rôle majeur dans l’information. Les éditions étaient attendues et leur contenus retenaient l’attention du lectorat. Le débat, ensuite, avait lieu au café du coin.

Reprenons.

La révolution digitale donc, bouscule les pratiques.
En 2013, Google avait négocié 60 M€ dans un accord avec la presse française au sujet de Google Actualité. Somme dérisoire, car si elle est destinée à un fond d’innovation, elle doit se partager entre 140 titres de presse… (Google gagne environ 100 000 USD par minute, juste avec sa régie Adwords).
Mais le géant américain perd lui-même la bataille de l’information, à commencer sur ses propres terres. Aujourd’hui le fil d’actualité Facebook est la principale source d’information de millions de jeunes dans le monde, Twitter étant celle de la sphère journalistique-politique-geek. Avec les dérapages que l’on connait.
Martin Bouygues et Pascal Sevran ont rejoint Elvis Presley et Michaël Jackson le temps d’une erreur de l’AFP pour l’un et sur ordre de Jean-Pierre Elkabbach pour l’autre.
Les temps changent, les temps ont déjà changé. Place à l’instantanéité de l’information.
Car oui, il faut du scoop. Ce n’est pas nouveau, il en fallait déjà du temps du café du coin. Ce qui est nouveau c’est la surpression médiatique associée aux impératifs de rentabilité. Nous en agence, nous savons bien qu’un bon plan média utilise les synergies entre les différents supports. Néanmoins, la monétisation des espaces publicitaires en ligne génère moins de revenus directs (pour le moment) que celle des médias traditionnels (TV, magazines, radio, etc.).

Les causes

- Un modèle économique à définir (OK, on avait compris)
- Une volonté de sauver le papier à tout prix
- Trop peu d’entreprises de presse innovantes
- Un déficit d’innovation (Dommage pour le CUEJ de Strasbourg et son « Lab », avorté par manque de budget sans doute.)
- Une incapacité chronique à trouver des investisseurs

À cela s’ajoute un surcoût structurel de fabrication doublé d’un surcoût de distribution.

Le journaliste de presse écrite subit plusieurs pressions. Celle de l’actionnaire qui attend de la rentabilité, c’est son rôle. Et celle du lectorat qui attends de la gratuité et du scoop, people de préférence. (Nous reviendrons sur les attentes du consommateur dans un autre papier.)
Je le disais dans un précédent article, le particulier aspire au tout gratuit. Avec en toile de fond cette question récurrente : pourquoi payer plus ?

La solution ?

Payer plus pour accéder à un contenu de qualité par exemple. Payer (tout court) pour que vivent les plumes qui, non contentes de rédiger des articles, vérifient les sources, recoupent les informations et vous en livrent la synthèse ou des articles de fond.
Dès lors, le modèle économique de la presse écrite est simple. Il est déjà en pratique pour la plupart des canards. L’accès en ligne est rapidement payant au-delà des grands titres de surface.

Ce qu’il faut changer, ce sont les mentalités.

Restons optimistes et abordons plusieurs questions qui se posent à nous :

- Si le quotidien national ou régional de presse écrite ne joue plus le même rôle, peut-il évoluer ?

- La publicité en ligne utilise le ciblage comportemental basé sur vos informations personnelles. N’y a t-il pas là une opportunité de délivrer une information adaptée au profil du lecteur ? Qui lui, s’il ne veut pas de publicité, est toujours libre de payer un abonnement.
(Arrêtons de diaboliser la pub, elle nourrit un écosystème fragile.)

- Dès lors, les journalistes (déjà constitués en sociétés) ne peuvent-ils créer des regroupements forts économiquement et commercialiser leurs contenus ? Ainsi l’employeur ne serait plus le quotidien ou l’émetteur, mais un ensemble de pools de journalistes constitués en entreprises. Le monde change, les modèles aussi.

La France a une réputation de résistance au changement. J’entendais ce matin à la radio une publicité vantant les mérites d’un véhicule de marque Citroën, avec en chute du spot « Enfin quelque chose qui n’est pas prêt de changer. » Quand on pense qu’il s’agit d’une publicité pour un objet qui sert à avancer.
C’est dire…
Ce merveilleux pays, terre de startups, doit pourtant fonctionner avec son siècle et aller de l’avant.

Soulignons quelques belles tentatives innovantes locales : Zut Magazine, Rue89Strasbourget StrasTV.

Ouais ouais j’lai vue ton actu.
Et c’est pas du poulet.

Car n’oubliez pas, l’e-réputation se construit sur le papier.
Au fait, c’est la semaine de la presse…

Sources : Wikipédia (et oui, parfois…), Le Blog des Médias, Les Echos, Abondance.
Crédit photo : shutterstock (Business Les Echos) & stylet-tablette.com

Marc Lehmann @lemanovski
Pour @AgenceMg

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