Auteur et entrepreneur : même combat

LE MONDE OUKA
Jul 4 · 8 min read

Par : Carole Stora Calté, auteur — entrepreneur

Source : campagne du SNAC pour valoriser la création

On s’imagine souvent un artiste-auteur comme un créateur, vivant de sa plume et réfugié derrière son stylo ou son clavier, enfermé dans sa chambre à longueur de journées à produire des textes qu’il lui suffit d’envoyer à des éditeurs pour se faire publier. On croit que le fait de trouver un éditeur est une consécration, et qu’il nous aidera à nous porter au sommet, nous enverra faire des dédicaces et des émissions télé. Et on s’imagine bien souvent le monde du livre pour enfant comme un monde merveilleux rempli de bonnes personnes tournées vers la création et l’éveil de l’enfant.

Eh bien après une édition de livre et moultes péripéties, je peux vous dire qu’il n’en est rien !

En tant qu’auteur, il faut arrêter de croire qu’il suffit de faire des bouquins et les envoyer à des éditeurs ! NON ce n’est PAS un aboutissement en soi. Il faut arrêter de passer par un système déjà dépassé et qui ne rapporte rien à ceux qui produisent, créent. L’utiliser, pourquoi pas, mais pour ce que ça vaut. Et ne pas trop compter dessus. Aujourd’hui je me forme au marketing, j’écoute des conférences sur l’entrepreneuriat, je cherche les nouvelles techniques de vente.

Car le monde de l’édition de livre, y compris pour enfants, est un monde bien moins merveilleux qu’il n’y paraît…L’auteur, sans même s’en rendre compte, fait ses premiers pas dans le monde du business dont il n’a pas encore appris à tirer avantage. Il ne sait PAS ENCORE qu’il EST un entrepreneur.

AUTEURS DE TOUT BORD : ne restez pas sur votre texte, quelle que soit sa qualité si vous ne prenez pas la vente à bras-le-corps il y a de grande chance qu’il ne se passe rien. Le seul talent n’est plus suffisant. Tout le monde écrit, tout le monde veut être auteur. On ne peut plus s’arrêter à ça. Sortez du système, démarquez vous, markétez vous. Aujourd’hui le digital a tout rendu possible. À vous / À nous de trouver la voie.

Source : campagne #PayeTonAuteur

5 signes évidents que l’auteur EST un entrepreneur, et 5 idées reçues :

  1. L’AUTEUR EST PARTOUT (pas juste derrière son stylo) ET IL L’EST À 100%

En 2015, je sors le livre en 4 mois à peine (contre 12 à 24 mois normalement), en obtenant au passage les préfaces du Prix Nobel de la Paix Jean Jouzel et du futur Ministre Nicolas Hulot. En même temps, je co-organise le premier forum international labellisé COP21, forum pendant lequel je suis en contact avec les cabinets ministériels, les présentateurs météo stars du monde entier, et les plus grands experts scientifiques du GIEC (le grand groupe d’experts international sur le climat). Le livre est alors présenté publiquement au Conseil économique social et environnemental (CESE) comme une initiative exemplaire en termes d’éducation au changement climatique.

Grâce à cette présentation élogieuse je suis invitée à l’UNESCO par M. Ryabinin, Président de l’UNESCO-IOC, pour exposer les planches du livre. Et par la suite, j’obtiens le précieux label UNESCO. Je suis invitée comme conférencière à trois reprises à la COP21 (voir : www.ouka.fr/presse). Et également conviée par l’inspectrice d’Académie de l’Essonne pour une intervention auprès de 300 enseignants.

IDÉE REÇUE #1 PENSER QUE LA PROMOTION RELÈVE DE L’ÉDITEUR

Malheureusement l’éditeur n’est présent à aucun de ces événements majeurs. Et malgré mes nombreuses relances, rien n’y fait. Étonnant me direz-vous ? Pas tant que ça : le contrat d’édition ne détaille que rarement les moyens qui seront consentis pour la promotion… en réalité, ce que j’ai appris par la suite à travers mes échanges dans des groupes et associations d’auteurs, c’est que la plupart du temps (que l’éditeur soit un « gros » ou un « petit »), cela se passe comme ça. Le pari est fait sur un livre, et les autres passent à la trappe. Ils servent à alimenter un catalogue, plus ou moins prestigieux. Bien sûr, parfois cela se passe très bien et on entend des success storiestype « Harry Potter », mais ce genre de jolie histoire cache bien trop souvent une autre réalité.

2. L’AUTEUR — ENTREPRENEUR TROUVE DES DÉBOUCHÉS DE MARCHÉ À L’ÉTRANGER

Du fait des liens que je crée, j’obtiens des propositions par l’Office international pour la forêt — ONFI (dont j’ai, en dos de couverture du livre, un commentaire très poétique) pour une traduction dans les écoles avec lesquels ils travaillent au Brésil — proposition refusée par l’éditeur ! Par ailleurs, une association me fait également la proposition de me faire venir à l’exposition universelle de Milan sur l’alimentation durable — là encore l’éditeur refuse…

IDÉE REÇUE # 2 COMPTER SUR L’ÉDITEUR POUR LA TRADUCTION DE L’OEUVRE

Pourquoi ? Eh bien, cela aussi je l’ai appris par la suite. Les éditeurs sont soumis aux mêmes logiques de marché que n’importe quel secteur commercial. Quand l’auteur (expérimenté ou averti) réussit à négocier une avance de droits, l’éditeur doit se démener pour rentabiliser l’avance accordée. La plupart du temps cependant, l’auteur n’est pas en position de force pour négocier, et accepte donc les conditions proposées, en se croyant très privilégié. Mais sans avance, l’éditeur n’a pas d’incitation réelle pour rentabiliser le livre, ni pour cette édition, encore moins pour les traductions.

En général d’ailleurs, l’auteur ne reçoit aucune avance. Son pourcentage de revenu est très faible (entre 6 et 10% pour ceux qui se débrouillent très bien, soit au maximum 1€ pour un livre de 10 euros… je vous laisse imaginer combien il faut en vendre). Par ailleurs, l’éditeur peut obtenir, surtout si son catalogue est fourni, des aides à l’édition. Donc, quand, comme cela a été le cas pour moi, il n’y a pas eu d’avance de droits, et qu’en plus, j’ai trouvé un sponsor généreux acceptant de financer le livre, alors l’éditeur n’a absolument aucune incitation pour vendre le livre. Le livre est édité… et cela s’arrête là. Sauf qu’entre temps, l’auteur a cédé ses droits… pour 75 ans !

3. L’AUTEUR — ENTREPRENEUR ASSURE SA COUVERTURE MÉDIATIQUE

Portée par ma cause et mes convictions, je continue à avancer. En sollicitant des journalistes, j’obtiens un reportage de la télé nationale belge très joliment fait, que je vous invite à voir (visionnable sur : www.ouka.fr/video). J’obtiens aussi une couverture de France 2, France 3 région, et Ushuaïa TV, entre autres.

IDÉE REÇUE # 3 COMPTER SUR L’ÉDITEUR POUR ASSURER LE SERVICE PRESSE

Comme l’éditeur a glissé dans le contrat le fait que le service presse serait à ma charge, au final je m’occupe moi-même de mon service presse.

4. L’AUTEUR — ENTREPRENEUR CRÉE DES PARTENARIATS ET SAISIT DES OPPORTUNITÉS DE MARCHÉ

Forte de mes convictions inébranlables, je conclus un partenariat avec le projet appelé « One Heart One Tree », qui me permet d’obtenir la projection sur la Tour Eiffel (oui !!!) des mots OUKA OUKA, pendant un événement labellisé COP21. Les mots sont projetés à plusieurs reprises sur la Tour Eiffel (voir : www.ouka.fr/presse). Mais encore une fois, aucune présence de l’éditeur. Je trouve aussi des débouchés pour l’adaptation théâtrale du livre, à Paris et dans le Sud Ouest de la France. Et du fait de cet intérêt accru sur le sujet du changement climatique, j’interviens dans plusieurs écoles, en France, en Angleterre et en Belgique. J’ai également des demandes pour des festivals du livre.

IDÉE REÇUE # 4 COMPTER SUR L’ÉDITEUR POUR PRENDRE EN CHARGE SES FRAIS

Cependant, l’éditeur n’est aucunement contraint de participer aux frais de déplacement de l’auteur, même s’il est d’usage qu’au moins pour les festivals l’éditeur apporte une contribution financière. Prenant tout à mes propres frais, je finis donc, contrainte et forcée, par arrêter.

5. L’AUTEUR — ENTREPRENEUR ÉLABORE SON PROPRE PLAN MARKETING AVANT MÊME LA SORTIE DE SON PRODUIT

La première année est capitale pour la sortie d’un livre, et d’autant plus dans ce cas-ci où je l’ai fait intentionnellement coïncider avec la COP21. L’enjeu pour un éditeur, s’il veut faire fonctionner un livre, c’est de préparer un plan communication-marketing fort pour sa sortie. Et le but pour un auteur, ce n’est pas tant de faire une jolie maquette (autrement, il suffit de payer un maquettiste), mais d’avoir un éditeur qui dispose (du moins théoriquement) des moyens techniques et financiers pour sa diffusion / distribution partout où cela est possible. Ce sont ces acteurs (diffuseur / distributeur) qui négocient un placement plus ou moins avantageux du livre dans les rayons de librairie — ou pas de placement du tout. C’est ainsi que j’ai découvert que mon livre n’était pas placé dans les rayons du tout. Prenant le projet à bras le corps, je me mets donc à démarcher les hypermarchés et les FNAC, sans dédommagement pour ce travail pour lequel les représentants prennent une commission comparativement plus élevée (20% en moyenne : 12% distributeur, 8% diffuseur. Cf. image ci-dessous) par rapport à la marge de 8% en moyenne des auteurs.

Source : répartition prix du livre http://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Livre-et-Lecture/Economie-du-livre/Marche-du-livre

IDÉE REÇUE # 5 PENSER QUE LA DIFFUSION / DISTRIBUTION SERA FORCEMENT ASSURÉE, UNE FOIS L’ŒUVRE PUBLIÉE

En réalité, dans le cas de petite maison d’édition il n’y a pas de diffuseur (c’est donc l’éditeur qui va s’occuper de la définition du plan promotionnel et notamment de faire connaître les nouveautés auprès des points de vente), et le distributeur (celui qui se charge de l’envoi physique du livre et des flux financiers correspondants) est parfois trop « petit » pour travailler avec les grandes plateformes type FNAC.

CONCLUSION : L’AUTEUR, NOUVEAU TYPE D’ENTREPRENEUR

Un auteur qui fait le travail d’un éditeur + diffuseur + distributeur : c’est quoi à votre avis ? Eh bien un entrepreneur, sans aucun doute.

Constatant que rien n’est fait, je me suis mise à faire un travail qui n’était pas le mien (ayant cédé mes droits), pour palier le manque. Mais en même temps, un auteur édité à compte d’éditeur n’a absolument pas les bonnes armes. Il ne dispose d’aucun moyen, pas de revenu tiré de son travail, et il a cédé la propriété sur son œuvre.

C’est pourquoi, sans soutien de l’éditeur pour convertir ces belles initiatives en un succès commercial majeur, j’ai fini par en rester là… jusqu’à récupérer finalement mes droits pour devenir ce que je suis depuis le début : un auteur — entrepreneur.

Cependant, un auteur ne peut pas tout, tout seul. C’est pourquoi VOUS êtes si important.

Voici donc l’opération SAUVONS LES OUKA avec la sortie d’une nouvelle édition, revue et corrigée, avec le label Unesco.

Pour l’acheter : www.ouka.fr

Et à bientôt pour de nouvelles aventures édito-entrepreneuriales.

Carole

Auteur — éditeur OUKA & CO éd.

www.ouka.fr

Pour toute remarque ou question : contact@ouka.fr

Source : liguedesauteursprofessionnels
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