Simon LESAGE
Nov 15, 2017 · 3 min read

Adrien Collet est luthier. Installé dans un atelier aux Grands Voisins (Paris 14e), il crée des guitares qui ressemblent à leur futur propriétaire.

Adrien est occupé à raboter le chevalet trop court de la guitare d’un client, dans son atelier d’une di- zaine de mètres carré. Dans un coin, six guitares, dans leur housse, attendent d’être réparées. Ou peut être qu’elles viennent de l’être. Au dessus de son plan de travail, une multitude d’outils sont minutieusement rangés sur le mur, chacun à leur place. Des fonds de guitare tout juste rabotés traînent ça et là, et une odeur de sciure règne sur la pièce. Sur l’autre mur, deux superbes guitares sont accrochées l’une à côté de l’autre. Ce sont les deux créations principales d’Adrien. L’une d’elle est folk, avec une apparence plus classique et la voisine, est une guitare jazz. C’est un étonnant hybride né des techniques de lu- therie pour violoncelle et pour guitare. Les deux instruments coûtent respectivement 3 500 et 5 000 euros.

« Je conçois, et je fabrique », expose le jeune luthier de 30 ans. « Je suis un musicien au service des musiciens pour la musique ». Pour cerner la personnalité de ses clients, et concevoir la guitare qu’il leur faut, Adrien fait connaissance avec eux. « Il faut se rencontrer, dit-il, qu’il y ait un dialogue commun. Je mange avec eux, je parle avec eux, je joue avec eux, surtout. » Pour lui, la rencontre ne doit pas être uniquement humaine, mais également musicale. « Selon leur façon de jouer, j’utilise différents bois, avec différentes mesures. Quand l’instrument est fini, on est potes, on se connaît bien ».

Adrien met entre 3 et 4 mois pour faire une guitare, et en fabrique deux en même temps à chaque fois. « Ça gagne pas beaucoup, confesse-t-il. Tu fais du black, t’as pas de retraite : tu vivotes. Je fais ça parce que c’est un métier qui a du sens pour moi ». Ce docteur des guitares espace ses commandes de quelques réparations, une activité plus rentable.

Si le prix de ses deux bébés peut paraître élevés, Adrien le justifie très facilement. « Tu y passes du temps, tu y mets du coeur. Celui qui achète une guitare à un luthier achète une part de l’artisan avec. Ce sont des instruments à vie ». François, musicien professionnel, a acheté une de ces guitares il y a plusieurs mois. Il est catégorique sur le caractère exceptionnel de son instrument. « Elle est fantastique. C’est la guitare idéale pour moi. C’est rare de tomber amoureux d’un instrument, mais ça arrive. Et il fallait que je la prenne, c’est tout. »

Son atelier est au beau milieu des Grands Voisins, un lieu dans le 14e arrondissement qui réunit des personnes en logement d’urgence, des artisans, des créateurs, des associations et des entreprises solidaires. Là-bas, il est le papa guitare de tout le monde. Il donne des cours de guitare aux hébergés d’urgence, et leur a obtenu des instruments, récupérées via des associations. Le lieu ferme le 31 décembre. Le but d’ici là : trouver un nouvel atelier pour continuer son activité.

Simon LESAGE

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French journalism student (CFJ Paris). I’m fond of creative writing, video games journalism, and e-sport. Currently writing a fantasy novel, “Erak Tevlin”.

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