Irène Frachon : « Les victimes du Mediator comptent sur moi pour mener le combat »

Les Alerté.e.s
Nov 27, 2019 · 3 min read

2009–2019. Depuis 10 ans, Irène Frachon, pneumologue au CHU de Brest, se bat contre les laboratoires Servier pour le retrait du Mediator. Cet antidiabétique, utilisé comme coupe-faim et retiré du marché en France en 2009, est suspecté d’avoir causé la mort d’au moins 2000 personnes en France. Le procès au tribunal correctionnel de Paris s’est ouvert le 23 septembre 2019. Rencontre avec Irène Frachon.

Irène Frachon s’est exprimé en plein procès du Mediator. (Photo Les Alerté.e.s)

Quatre jours d’audience par semaine pendant six mois. Vous êtes mobilisée du lundi au jeudi chaque semaine. Le rythme judiciaire est intense. Comment vous sentez-vous physiquement et moralement ?

Oh moi ça va ! J’ai de la chance de ne pas être victime. D’ailleurs, les victimes du Mediator comptent sur moi, sur le fait que je sois médecin, en forme, que je n’ai pas perdu mon job, pour mener ce combat. Je suis partie prenante et aussi très présente au procès. C’est un procès très important.

En tout, trente cinq jours d’audience se sont écoulés entre septembre et le salon des Livres et l’Alerte, auquel vous participez dimanche 24 novembre. Où en est le procès aujourd’hui ?

Le procès pénal du Mediator, que nous attendons depuis neuf ans, va se poursuivre jusque fin avril 2020. C’est un très long procès, historique même. Après, nous attendrons le verdict. Nous sommes dans une phase extrêmement importante, cruciale même dans cette affaire. Et parallèlement, nous continuons à nous occuper de l’indemnisation des victimes, question douloureuse et difficile, puisque nous devons toujours nous battre contre Servier.


C’est un procès long, historique même.


Vous avez réussi à mener l’affaire jusqu’à la correctionnelle. Une avancée que certaines et certains lanceu(r)ses d’alerte n’ont pas la chance de connaître. Comment êtes-vous parvenue à mener Servier au tribunal ?

Il y a plusieurs explications au fait que cette alerte ait « fonctionné » : La première, c’est que j’avais des preuves très solides de ce que j’avançais et une enquête très fournie. La seconde, malheureusement, c’est que l’affaire du Mediator représente 2000 morts. Il était normal qu’elle soit traitée comme un scandale hors-normes.

Plusieurs lanceuses d’alerte, dont Marine Martin (Depakine), ont dit s’être inspirées de votre combat, de votre force. Vous êtes considérée comme une figure de proue du lancement d’alerte chez les femmes. Existe-t-il un « modèle Frachon » ?

L’alerte du Mediator a aidé à démocratiser et à faire connaître l’expression « Lanceur d’alerte ». Avec cette affaire, les gens ont pu comprendre les difficultés de l’alerte et les moyens à mettre en place pour parvenir à la porter. Moi, ce n’était pas du tout à mon programme. Je n’avais pas décidé d’être lanceuse d’alerte. On ne naît pas lanceur d’alerte, ce n’est pas un métier. Le fait que la notion se soit popularisée ces dix dernières années a permis à certaines et certains de mieux cadrer leur démarche et ainsi moins subir les conséquences de leur dénonciation.

Propos recueillis par Anna Kurth

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Média éphémère composé de 13 étudiants de l’Ecole de journalisme de Grenoble et 8 étudiantes de l’Institut de presse et des sciences de l’information de Tunis.

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