Beyrouth,

Centre-Ville (LOL)


C’est très amusant de marcher à pied dans Beyrouth, cela permet de prendre le temps de déceler les changements (fadings) d’ambiance et d’architecture entre les quartiers. Parfois ces changements sont brusques parfois ils sont subtils, doux, presque imperceptibles.

En allant de Mazraa vers la Marina appelée Zaitunay Bay — mais qui aurait pu tout aussi bien s’appeler Dubaï II, on remarque un quartier d’antiquaires, très sympathique, très authentique. Puis, des funerailles chiites, où l’on aperçoit une gueule cassée (peut être un combattant revenu de Syrie ?).

En arrivant dans le centre-ville, brusquement le décor change. La Suisse du Moyen-Orient prend tout son sens ici : c’est d’un ennui mortel. Il est 15h, de riches individus dégustent de bien jolies choses en terrasse et en chemise.

Nous continuons notre route, oui c’est vraiment Genève-sur-Mer, vide dans tous les sens du terme. Tout cela est certes propre, calme, detox, impeccablement ordonné.. Mais absolument vide. Morne.

Sur la minuscule et très minérale esplanade-parc qui surplombe la marina, il est interdit d’y faire promener son chien, de patiner, de faire du vélo, d’y jeter des ordures, de cueillir les végétaux présents, de faire la manche, de fumer le narguilé, de manger ou de boire, de parler fort ou de crier, et enfin de diffuser de la musique. C’est une propriété privée. Mais quand même… Et puis merde, comment peut-on accepter qu’un espace public soit privatisé, même à Beyrouth ? Un lieu qui, apparemment libre et ouvert, finit par montrer les crocs en prétextant this is a private property.

***

Petit détour par les Souks de Beyrouth, cette mauvaise farce.

Pour le touriste fraîchement arrivé il est excusable qu’il n’ai pu se rendre compte de la supercherie. Mais à mesure que son séjour s’étire, rien ne pourra plus être excusé.

Si, après quelques jours passés dans la capitale, il ne rend toujours par compte de l’escroquerie que sont le centre-ville et ses “Souks”, sa cause est perdue. Enfin pas tout à fait, la climatisation sera toujours là pour rafraichir les cyniques.

Lorsque la seule fonction des Souks devient marchande, et encore, une marchandisation haut de gamme, c’est à dire intimidante pour les personnes n’ayant pas le capital (les [différents] capitaux) nécessaire(s), on peut affirmer sans se tromper qu’ils n’existent plus, qu’ils ont été liquidés. Ce n’est pas seulement leur destruction durant les premières années de la guerre (1975-90) mais la reconstruction-pastiche par Solidere (Hariri) qui enterreront tout espoir de voir renaître un lieu de commerce populaire et joyeux. Un lieu où les gens communiquaient.

Qu’on ne nous fasse pas alors croire que ce mall à taille humaine (à défaut d’avoir de l’humanité) et à ciel ouvert — mais foutu comme un bunker — est un endroit où les gens sont joyeux et bavards.

Les enseignes ont beau se vouloir rassurantes, elles ressemblent à des stèles funéraires. Et la belle pierre qui, elle aussi est là pour rassurer, apparait comme la métaphore parfaite — bien qu’accidentelle — d’un mausolée.

Que les Souks reposent en paix. Amin.