Anxiété et esport : mon témoignage

L’anxiété, c’est bien de la merde.

Imaginez-vous entrer dans une pièce où il y a déjà des gens, et ne pas vous sentir à votre place dès l’instant où vous en passez la porte. Vous entendez deux personnes rire à côté de vous, probablement parce qu’elles viennent de lire un tweet débile d’un de leurs amis, et votre première pensée, c’est qu'ils doivent se moquer de vous. La paranoïa. La gêne. Vouloir être n’importe où, sauf là, avec des gens qui ne vous ont probablement même pas remarqué — mais vous ne pouvez pas vous empêcher de vous dire qu’ils vous jugent en silence.

Depuis le collège, je souffre d’anxiété sociale. Pendant ma jeunesse, j’ai eu une période de profonde dépression, d’apathie totale et d’une peur qui m’empêchait de m’ouvrir aux autres. J’allais à l’école en renâclant, je m’asseyais au fond et j’espérais que personne ne m’appellerait au tableau ou ne me poserait une question. J’avais des bonnes notes et mes professeurs me félicitaient pour ma vivacité d’esprit, mais mes notes ont chuté quand je suis entré au lycée et que j’ai senti qu’il fallait que je m’intègre. En seconde, je n’avais la moyenne presque nulle part : je m’inquiétais bien plus de ce que les joueurs de l’équipe de foot du lycée pensaient de moi que des devoirs que me donnaient les professeurs.

En ce moment, la scène esportive regorge de témoignages autour de la dépression, de l’anxiété généralisée et d’autres maladies mentales. J’ai longtemps eu peur d’admettre que j’avais fait une grave dépression ou que mon anxiété sociale continuait à être un fardeau pour moi. Je comprends pourquoi des gens, que ce soit dans l’esport ou en général, ne parlent pas de ces problèmes autour d’eux. Nous voulons tous nous sentir “normaux” d’une façon ou d’une autre, et admettre qu’on a peur d’être entouré de gens, ou qu’on est dépressif, ce n’est pas du tout “normal” pour la plupart d’entre nous. Dire à quelqu’un que vous souffrez d’anxiété sociale, c’est lui dire que quelque chose ne va pas chez vous, et j’ai toujours voulu être un mec “normal”, pas quelqu’un d’inférieur.

Soyons honnêtes : encore aujourd’hui, j’ai du mal à parler de mon anxiété. Je n’aime pas les foules, et je suis complètement paranoïaque par rapport à certaines choses que vous ne remarqueriez même pas si vous deviez me rencontrer. Il m’est arrivé d’avoir l’opportunité de faire des choses que d’autres tueraient pour pouvoir faire, mais j’ai eu trop peur de franchir le pas. Quand je vois des personnalités du monde de l’esport qui combattent la dépression et/ou l’anxiété sociale, ça me fait mal de savoir que je comprends ce qu’ils vivent, mais que je n’en parlerai pas parce que j’ai cette envie égoïste de me croire “normal” et de me dire que j’ai surmonté tout ça.

Je dois vous avouer quelque chose : je ne voulais pas de compte Twitter, à l’origine. Je détestais vraiment l’idée des réseaux sociaux et d’y faire quoi que ce soit. Mes amis et mes collègues me harcelaient en me disant que j’étais trop drôle pour ne pas créer un compte Twitter et faire des blagues pourries en 140 caractères sur l’esport et la culture populaire. Finalement, un ami et collègue m’a aidé à créer un compte, expliqué comment m’en servir, et je me suis retrouvé jeté dans le grand bain, à essayer de parler à des gens alors que je n’ai jamais su faire ça.

Évidemment, maintenant, j’adore Twitter et toutes les interactions qui s’y rapportent. Je me suis fait d’excellents amis et j’ai rencontré des personnes qui ont pris une grande place dans ma vie grâce à Twitter, et je n’aurais pas autant de succès (de semi-succès ? de succès partiel ?) avec ce que j’écris si je n’avais pas de compte Twitter. Mais quand je me suis lancé, je pensais que personne ne voudrait me suivre, ou répondre à mes tweets et articles débiles. Ma plus grande peur jusque-là était de réaliser mon plus grand cauchemar : que personne ne m’aime. Que personne ne me trouve doué. Que j’aie 7 followers (des comptes de spam qui voudraient me vendre un grille-pain), que j’aie raté ma carrière, que je doive finir par le supprimer et libérer ces pauvres bots vendeurs de grille-pains.

Le truc, avec l’anxiété et la dépression, ce que vous ne pouvez pas savoir si quelqu’un d’autre est touché aussi. Quand j’étais adolescent, je pensais que seuls les gens maladroits, mal dans leur peau et nerd comme moi pouvaient avoir ces problèmes. Pourquoi est-ce que quelqu’un de beau, qui a plus d’amis que je n’ai d’amis imaginaires, aurait le moindre problème ? Quelle connerie. Comment est-ce que quelqu’un qui a réussi sa vie pourrait avoir peur des gens, ou être dépressif ?

J’ai fini par apprendre que les maladies mentales touchent tout le monde, sans distinction de beauté, d’intelligence, de réussite ou de richesse. J’ai rencontré des personnes du monde de l’esport qui font un travail extraordinaire, ont trouvé l’amour de leur vie, gagnent beaucoup d’argent et restent dépressifs ou gravement anxieux. Le plus souvent, ces personnes-là sont celles qui ont le plus de mal à dire qu’elles sont affectées par la dépression ou l’anxiété sociale. J’ai presque 40 000 followers sur Twitter, ils me soutiennent et m’encouragent au quotidien et ma carrière dans l’écriture esportive est bien lancée, et pourtant, chaque jour, je dois combattre mon anxiété sociale et surmonter même le problème que quand je lisais mes journalistes sportifs favoris à l’âge de 14 ans.

Je ne vais pas vous mentir : c’est dur. Parfois, quand je ne me sens pas bien ou que j’ai besoin d’être seul pendant deux semaines sans aucun bruit autour de moi, je continue de faire de mon mieux pour sembler joyeux et garder mon sang-froid pour que les gens qui m’aiment aujourd’hui m’aimeront encore demain. Et c’est le cas en particulier sur Internet, où 1430 personnes peuvent vous féliciter, et vous les ignorez tous parce que 3 inconnus se moquent de vous pour une raison débile. Voilà pourquoi je déteste quand les fans trouvent que les joueurs sont geignards quand ils n’aiment pas que des inconnus les insultent sur Twitch ou sur Reddit. Oui, ils ont droit à beaucoup plus de soutien que de haine, mais être un jeune adulte et voir votre vie analysée par le grand public en permanence peut être terriblement stressant.

Les joueurs, les célébrités, les fans, aucun d’entre nous ne devrait avoir peur de parler de ses problèmes. La vie, c’est souvent pourri, que vous soyez un joueur ultra-célèbre avec un salaire à six chiffres ou un fan dudit joueur qui rêve d’une vie comparable. Au final, nous sommes tous humains. Nous avons nos obstacles, nos problèmes, nos questions. Le fait que quelqu’un soit en train de réussir ne veut pas dire qu’il n’était pas dans la même situation que vous il n’y a pas si longtemps.

La pire chose qu’on m’ait jamais dite, c’était au lycée. Mon “ami” et moi traînions avec d’autres gens le midi, et on se racontait des conneries avant de retourner en salle de torture — enfin, de cours, pardon. Alors que nous jouions avec une balle de tennis, il m’a demandé pourquoi je n’étais pas normal. J’ai ri et lui ai demandé ce qu’il voulait dire, et il a répondu : “Tu sais, t’as toujours l’air triste et tu ne veux jamais sortir après les cours. T’as pas ta place ici.”

Huit ans plus tard, je continue à me demander si j’ai ma place ici — dans l’esport, ou dans le journalisme. Sur Twitter, j’ai déjà mentionné le fait que j’ai été dépressif et que je souffre d’anxiété sociale, mais je n’en ai jamais parlé à cœur ouvert jusqu’à maintenant. J’avais peur de passer pour un loser, ou d’être exclu de ma communauté d’amis du monde de l’esport et du journalisme.

Mais maintenant que j’y pense, qu’est-ce que ça change ? Me taire et gérer un trouble psychologique avec de l’alcool, des drogues ou juste la haine de soi ne va rien arranger, ne va rien changer de mon passé. Cet article n’est pas un témoignage émouvant de comment j’ai su combattre mes démons et devenir un grand journaliste toujours heureux. Je dois supporter mon anxiété sociale chaque jour, et je fais de mon mieux pour m’en sortir correctement.

Je ne serai jamais ce qu’on considère généralement comme “normal”.

J’aurai vraisemblablement toujours des pensées paranoïaques tout à fait injustifiées.

Et ce n’est pas mon sujet de réflexion le plus drôle, mais je voulais exprimer ma gratitude pour tout ce que j’ai. Alors, anxiété ou pas, je vais continuer à faire ce que je sais faire : écrire sur les gens qui jouent à des jeux vidéo, tweeter des trucs débiles, et, je l’espère, continuer à montrer aux gens que se sentir “normal” ne doit être une priorité de vie pour personne.

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