Mickael Korvin, son nouveau roman et le nouvofrancet

Vous vous souvenez de Mickael Korvin ? Comment il ridiculisa Erik Orsenna au côté de Morsay ? Vous en voulez encore ? Lisez donc L’Homme qui se croyait plus beau qu’il n’était, son nouveau roman, largement autobiographique, édité par les éditions Le Serpent à Plumes.

L’Homme qui se croyait plus beau qu’il n’était est le neuvième roman de Mickael Korvin. Il est composé de 90 chapitres assez brefs (entre une et quatre pages), autant de fragments de sa vie, entre Cuba, Budapest, New York et Paris. Une vie riche en expériences ainsi résumée : « Le tableau à restituer est celui d’une famille de Juifs Hongrois, de celles qui furent décimées dans les derniers mois de la guerre. Après avoir fuit l’Europe et changé de nom, les voilà qui s’embarquent à Cuba. Le père vend de luxueuses voitures françaises, tout s’annonce bien quand surviennent Castro et ses barbudos. À nouveau c’est la fuite, pour New York où le jeune garçon se découvre écrivain et rencontre les extra-terrestres. Enfin ce sera l’embarquement sur le France pour le retour en France. »

Faire vivre une expérience unique au lecteur

Autobiographique, ce roman est écrit à la troisième personne : au gré de souvenirs et des anecdotes, le narrateur est tantôt « le jeune garçon », « l’étudiant », « l’homme dans la fleur de l’âge », « le jeune père divorcé » ou « le quinquagénaire ». Mickael Korvin explique : « J’ai voulu prendre quelque chose que je connais très bien, ma vie, mais j’aime beaucoup inventer. J’ai essayé d’inventer une forme qui permette une lecture simple de ce nouveau langage, et en même temps de devenir Mickael Korvin. C’est impersonnel, tout est au présent. J’ai jonglé avec les divers éléments de ma vie de manière à désorienter le lecteur, à le manipuler pour qu’il rentre dans le jeu et qu’il devienne le personnage, qu’il se laisse entraîner. »

Dans ce labyrinthe fragmentaire, le lecteur navigue du Budapest des années 40 au Saint-Ouen des années 2000, de l’histoire de ses aïeux en partie massacrés à Auschwitz à ses pérégrinations avec le rappeur Morsay, rue Paul-Bert, aux Puces de Clignancourt. Entre ces deux moments pour le moins contrastés, Mickael Korvin se raconte en anecdotes, souvent douloureuses ou amères. Malgré le panache et la joie de vivre qui s’en détachent, le livre est rythmé par l’échec, la maladie ou la mort de proches. Il s’agit plus de souvenirs de moments forts que d’une histoire à péripéties, comme s’en explique l’auteur : « J’ai essayé d’être le plus sincère possible dans les sentiments, dans mes émotions, de ne rien laisser de côté, tout en étant ultra synthétique. C’est une synthèse de ce que j’ai ressenti de plus profond dans toute ma vie. Plutôt que de retranscrire ma vie, j’ai retranscrit mes émotions fortes. Ce sont souvent les émotions un peu amères qui restent, les grandes joies ont tendance à disparaître, on les oublie… Mon but était de faire vivre une expérience unique au lecteur. »

Morsay est quelqu’un extrêmement sympathique

A travers cette synthèse d’émotions, le lecteur parvient malgré tout à tracer un fil conducteur sur la vie de Mickael Korvin. À la fin des années 70, à Paris, il travaille dans l’agence de publicité de Thierry Ardisson. Il écrit également des articles pour Playboy, Elle ou l’Echo des Savanes. Plus tard, il participe à d’autres magazines : « J’ai écrit pour le Psikopat pendant 5 ans, le magazine de Carali, le frère d’EdiKa de Fluide Glacial. Il y avait une liberté de ton à la Charlie Hebdo. Philippe Val m’a même demandé de venir assister aux réunions d’équipe de Charlie Hebdo, j’ai refusé. » Autres personnages croisés dans le livre : Inès de la Fressange (« une amie de ma sœur »), Diane Barrière (« qui m’a dépucelé ») ou la maîtresse de Maxime Breguet (la richissime famille d’horlogers).

Coupure de presse du 23 septembre 1980.

La suite de l’histoire, il nous l’a raconte ici : « J’ai commencé comme rédacteur super branché. À un moment donné je suis parti écrire des romans. J’ai essayé de retourner dans la publicité mais je me suis retrouvé dans des petites agences minables, mal payé… Je n’ai plus travaillé dans une grosse agence à partir de 1990. À un moment, je ne trouvais pas de travail dans la publicité, j’étais un accumulateur d’objets, c’était un rêve un peu romantique pour moi de vendre tout ce que j’ai aux Puces de Clignancourt, c’était aussi un moyen de me débarrasser facilement de tout ce que j’avais… Au magasin juste en face, il y avait Morsay, c’est là que j’ai eu l’idée de clasher les écrivains. C’est quelqu’un d’extrêmement sympathique, s’il avait fait des études, ce serait devenu quelqu’un d’autre. »

C’est à la même époque, en 2012, que Mickael Korvin fait parler de lui avec ses vidéos assassines et sa promotion de ce qu’il appelle le nouvofrancet. Il s’en explique dans Le Journal d’une cause perdue et dans une série d’articles publiés dans L’Express. Dans des vidéos publiées sur Youtube, il insulte copieusement Erik Orsenna, Gonzague Saint-Bris, PPDA, Michel Houellebecq ou Frédéric Beigbeder.

Commentaire de l’intéressé : « Jamais un écrivain n’avait clashé un écrivain sur Youtube, j’étais le premier. Il y avait un coté dadaïste. En littérature en France, rien ne bouge… avec le nouvofrancet, il se passe quelque chose. Même les plus conservateurs des amoureux de la langue française savent que la langue doit évoluer, elle ne peut pas rester en l’état. »

On pense à Alfred Jarry et ses exercices pratiques de tir au pistolet, aux combats de boxe d’Arthur Cravan et aux provocations dadaïstes…

Arthur Cravan, écrivain et boxeur.

Qu’est-ce que le nouvofrancet ?

En pleine polémique sur la réforme de l’orthographe, le cas du nouvofrancet est cocasse. Mikael Korvin préconise la suppression des accents, de la ponctuation et des majuscules. Les doubles consonnes et doubles voyelles passent aussi à la trappe. L’Homme qui se croyait plus beau qu’il n’était a même été écrit d’abord en nouvofrancet, avant d’être traduit en français classique pour des raisons évidentes d’édition : « Mon éditeur n’a pas voulu le publier en version papier en nouvofrancet directement. Le livre sort en deux temps, d’abord en français classique puis en nouvofrancet, mais seulement en version numérique. »

Voilà ce que donne le résumé du livre en nouvofrancet :

lom qi se croyet plubo qil netet: un roman puzle sur une vi san modemploi cete vi est cele dun om entre budapest auschwitz cuba newyork et paris entre le 20e et le 21e siecle guidet par lamour les passions les deuyes pour son 9e roman mickael korvin nous ofre qatrevindis senes tombets de la boite de je dun granenfan reveur certenes sons douces dotres sons crueles toutes sons animets drols et crus car mickael korvin est un raconteur distoirs

Est-ce assez clair ? Pour Mickael Korvin, cette écriture est une évidence : « Le nouvofrancet m’est apparu comme une illumination un matin. Au début dans mes articles je disais qu’il fallait réunir les plus éminents linguistes de France pour concocter la nouvelle langue. Et un matin “clac”, c’était aussi simple que ça : il suffit de conjuguer les pluriels avec un “s”, le mot en “é” avec “et”, “enne” “ene”. C’est très très simple, il ne faut pas du tout être un génie linguiste. Dans le nouvofrancet, il y a des règles de grammaire, ce n’est pas n’importe quoi. Il y a des règles simples immédiatement applicables à tout le monde. »

On attend donc de voir si ce nouvofrancet sera favorablement reconnu par les écrivains et l’Éducation nationale… sachant que Mickael Korvin expérimente encore une autre nouvelle langue qu’on pourra peut-être lire dès 2017. Une année d’élection.

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