Startups : mais où est l’inspiration ?
Emmanuel Gervy
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Oui.Bon. Ça c’est de la critique et de la réflexion de fond ? C’est vrai qu’on n’avait pas remarqué l’uniformisation du discours des «start-up», provoqué entre autres par les mécanismes de nos chers réseaux sociaux (scoop : écrire court, impactant, et pertinent, ça n’est pas inné), merci pour cet éclairage !!

On se retrouve face aux premières générations formées non pas pour intégrer grands groupes et autres entreprises du CAC40 mais bien pour entreprendre. Tout le monde veut être start-upper. Et il semblerait que la France soit une terre fertile en la matière. Alors forcément ça génère quelques moules, du même genre que ceux que les anciens de la pub ont vu arrivés avec leurs premiers diplômés d’HEC, vaguement formatés.

Parlons alors aussi des formations et autres prestations en tous genre qu’on vend à ces entrepreneurs de 23 balais (parce qu’on ne dit plus «patron», ça fait vieux con de droite) en leur faisant croire que de tout faire soi-même c’est tellement sympa et pas si dur. Parlons encore de ce mythe qui s’installe pour faire croire que tout le monde peut supporter la vie de patron, que décider et diriger, c’est à la portée de tout un chacun, à condition de le vouloir très fort et d’y travailler avec sincérité.

Bien-sûr, toute cette mouvance serait donc de la faute des méchants médias (auxquels on reproche souvent de ne donner que des mauvaises nouvelles, maintenant on va aussi leur reprocher d’essayer de positiver) ! Pas de celle des écoles qui forment, ni du gouvernement qui finance, facilite l’installation et adoube. Et évidemment pas non plus de celle des VC qui abreuvent à coup de dizaines ou centaines de milliers d’euros, quand il ne s’agit pas de millions… Des gens qui souvent n’ont pas la moindre idée de la façon dont on gère de l’argent et n’auront pas l’humilité de s’entourer parce qu’on leur assène matin, midi et soir qu’ils sont les meilleurs… Des post-ados de 25 ans qui n’ont jamais approché l’entreprise autrement qu’à travers des stages de 6 mois (au plus), et qui, pour la plupart, se casseront les dents dès les premières difficultés. C’est peut-être un peu plus grave que l’uniformisation d’un verbiage marketeux, non ?

Vous tombez dans l’écueil même que vous dénoncez : vous reprochez aux start-up de vouloir un monde meilleur pour à votre tour réclamer de meilleures start-up, logique ! Vos propos, qui se veulent subversifs et à contre-courant, sont en fait aussi lisses que le marketing des start-up que vous épinglez.

Dans la génération start-up, dont vous semblez ne plus partager l’âge depuis un moment déjà, beaucoup de ceux qui ont tenté l’aventure salariale ont enchaîné les stages puis les CDD sans jamais ne serait-ce qu’entre-apercevoir la possibilité d’un CDI. Et si pour nous installer, les loyers sont bien ceux de 2016, les salaires sont eux restés loin derrière, au XXème siècle.

Alors que faire ? S’exiler vers la Chine, Etats-Unis, Londres ou Rio ? Beaucoup le font. D’autres essaient d’entreprendre. Vous avez raison, reprochons le-leur !

Quant à ce qui est de l’innovation, de la copie, rappelez-moi combien de marques de yaourts natures ou de lessives senteur océan il y a dans les rayons de votre supermarché ? Là encore le phénomène n’a rien de nouveau : mauvais procès. Et pour ce qui est du besoin, il ne semble pas que cela ait jamais été une grande préoccupation du capitalisme, preuve en sont les succès de Coca-Cola, McDonald’s ou Apple, tous pourvoyeurs de biens de première nécessité, bien-sûr !

Pourquoi un start-upper devrait-il être un entrepreneur aux intentions plus pures que les autres ? Une start-up n’est pas une association à but non lucratif et n’a jamais feint de l’être. Et côté marketing, Coca Cola vend du bonheur en bouteille au son des glaçons et des bulles. Je n’ai pourtant jamais cru que le bonheur était encapsulé dans une bouteille de Coca, je ne reproche pas pour autant à Coca de se vendre ainsi.

Pourquoi en serait-il différent pour une start-up ? Si vous tombez dans les ficelles du marketing, c’est donc qu’il ne doit pas être si mal pensé que vous le dites ? Et pour en venir à Take Eat Easy, je ne vois pas quelle autre promesse que celle de livrer rapidement des repas à domicile vous aviez pu y voir… Ou alors une partie du message m’avait échappée ?

Et puis le cas Take Eat Easy le prouve encore une fois, starter, c’est bien, mais upper, c’est un peu plus compliqué…

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