Béance

C’était un soir couvert de sépultures. Un horizon boisé de tertres, amoncelé de travers, de calcaire ombrageux. Il avançait forcé par le destin, pris dans l’étau, la tectonique impitoyable de ses chemins. Le marbre et le granit avaient incrusté les marques des grands astres dans sa chair d’enfant. Comme un manteau dépecé, chevelure en cascade d’épines, traînaient les lambeaux de son âme verdie. Un trou béant devant ses yeux ouverts. Il voyait. Il voyait par le néant ouvert. Au travers. Rien ne pouvait plus troubler son regard clair et noir, ouvert à l’encre de l’absence. Il ne voyait rien: il voyait. Ouvert au grand sépulcre du monde. Ses pieds, lui semblait il, ne foulaient que tombeau. Chaque fibre en sa substance avait renoncé au combat. La réalité était la, gisant devant ses yeux. Comme un grand corps de femme abandonné parmi les barbelés des guerres vaines, un grand désespoir fabuleux, le grand navire humanité échoué sur la berge des contes pour enfants.

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