Blockchain et auberge espagnole

“Vas-y, Expliques-moi !”
Et là, trou noir.

On s’est tous retrouvé devant cette personne, dos au mur, en se demandant comment expliquer la blockchain ou Bitcoin à quelqu’un qui n’y connaît rien.

Vous vous êtes peut-être heurté à la difficulté de répondre à cette question la première fois qu’elle vous a été posée. Balbutiant devant le visage de votre interlocuteur qui se décomposait, perdu face à votre explication trop technique ou trop philosophique.

Et si on expliquait la blockchain autrement ?

Imaginez-vous une grande colocation, une auberge espagnole, 7 colocataires qui interagissent les uns avec les autres. Jeunes étudiants, ils se dépannent souvent de l’argent.

Pour tenir leurs comptes, ils ont mis en place un système aussi simple que malin. Ils se sont cotisés pour acheter un beau carnet et un stylo indélébile, tous deux posés sur la console de l’entrée, à côté du vide poche.

Chaque fois qu’un colocataire prête de l’argent à un autre, les deux écrivent la transaction sur le carnet, en précisant leurs noms, le montant et la date. Chaque page du cahier a un nombre précis de lignes et donc de transactions. Lorsque l’on arrive à la fin d’une page, les colocataires se réunissent pour la relire et valider que les comptes sont bons.

Une fois la page validée, elle est tournée et on passe à la page suivante. En guise d’en-tête, ils inscrivent le numéro de la page précédente pour bien montrer que les comptes à venir sont dans la continuité de ceux déjà validés.

Ces colocataires ont appliqué sans le savoir le fondement théorique de la blockchain : le registre distribué. Ce principe, qui n’est d’autre qu’un grand livre de comptes est :

. Décentralisé. La colocation n’a pas élue un représentant qui recueille les transactions de tout le monde et les note sur son carnet personnel qu’il conserve à l’abri dans sa chambre. La validation des transactions se fait collectivement par l’ensemble de l’auberge espagnole, il n’y a pas de tiers de confiance.

. Immuable. Les locataires ayant pris le soin d’acheter un stylo indélébile, personne ne peut effacer une transaction pour faire oublier qu’il doit 20 euros à quelqu’un. Les transactions étant datées et les pages venant les unes à la suite des autres, personne ne peut revenir en arrière ou mélanger des transactions.

. Infalsifiable. Étant donné qu’à chaque fin de page les membres se réunissent collectivement pour valider l’ensemble des transactions de celle-ci, une transaction rayée ou modifiée sera automatiquement déclarée comme frauduleuse par la majorité des colocataires et ne sera pas validée.

. Distribué. Une page tournée est considérée comme définitivement validée et personne ne pourra revenir dessus. Cependant, le carnet étant posé dans l’entrée, n’importe quel membre de la colocation peut venir le consulter à tout moment pour, par exemple, se souvenir qui lui avait donné de l’argent à une date précise. Il pourra revenir sur les pages passées sans pour autant pouvoir les modifier.

Remplacez la colocation par un réseau informatique, les colocataires par des utilisateurs de ce réseau et les pages du carnet par des blocs de données et vous venez d’expliquer vulgairement ce qu’est la blockchain.

En une phrase, la blockchain est un registre distribué, décentralisé, immuable et infalsifiable.

À cette explication, votre interlocuteur pourra rétorquer que le système a un talon d’Achille de taille. Si les colocataires ne s’entendent plus, le système entier s’effondre devant leur incapacité à se réunir collectivement pour valider les pages de transactions. Pire, une majorité malveillante pourrait décider d’effacer des dettes qu’ils avaient contracté après d’une minorité de colocataires. Dans les deux cas le système perdrait immédiatement toute crédibilité et le carnet finirait aussitôt dans la poubelle ou alimenterait le feu de cheminé qui crépite dans le salon.

Ce à quoi il aurait totalement raison. Par définition une blockchain a impérativement besoin que ses utilisateurs soient motivés par un intérêt commun.

Dans le cas présent, l’intérêt commun est l’appartement. Il n’est pas cher pour ce que c’est car ils se partagent le loyer à 7. Le quartier est sympa et ils ont pu le décorer à leurs goûts. En plus, ils ont acheté un frigo flambant neuf qui peut contenir une quantité astronomique de bières. Seul, chacun des membres serait dans un quartier beaucoup plus périphérique et devrait se contenter d’une petite chambre de bonne. Bref, personne n’a envie de quitter ce grand appartement.

Dans cet exemple, une ambiance apaisée et chaleureuse entre les colocataires et la jouissance d’un appartement qui ne serait jamais à la porté des étudiants si on les prenaient un par un sont les raisons qui expliquent la tenue scrupuleuse du petit carnet sur la console de l’entrée.

Si un jour l’appartement n’est plus suffisamment attractif pour justifier cet effort collectif, le système s’effondrerait immédiatement.

Ce parallèle peut s’appliquer à Bitcoin, les colocataires étant les mineurs et l’appartement les récompenses qu’ils reçoivent (bitcoins émis à chaque bloc + frais des transactions).

Vous avez peut être déjà entendu cette phrase qui dit : Bitcoin n’est pas une révolution, la blockchain l’est. C’est une ineptie pure et simple. Sans Bitcoin ou une autre crypto-monnaie, il n’y a pas de blockchain, les prétendues blockchains privées qui veulent s’émanciper d’une crypto-monnaie ne sont rien d’autre que des bases de données sophistiquées.

À l’image de notre chère auberge espagnole, c’est l’intérêt commun qui est la raison d’être d’une blockchain.

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Pour parler Bitcoin et blockchain à l’heure de l’apéro https://twitter.com/louisbaguenault

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