Les douze travaux de l’intervenant social

A la fois juriste, psychologue, interprète et tutrice Rina Grasset multiplie les casquettes en tant qu’intervenante sociale. Pourtant, elle jure que c’est “un travail comme un autre”, tandis que son téléphone au centre d’aide pour demandeurs d’asile de Fontaines-Saint-Martin ne cesse de sonner.

Avec dix années de métier derrière elle, cette franco-albanaise qui revendique fièrement sa binationalité distingue “l’accompagnement juridique” de “l’accompagnement global” dans ses missions quotidiennes auprès des demandeurs d’asile. L’aspect juridique consiste à étudier le dossier, “appuyer l’histoire” de ces femmes et de ces hommes pour leur permettre d’obtenir via l’Office français des réfugiés et des apatrides, ou de la Cour nationale du droit d’asile en cas de refus lors du premier, le statut de réfugié, voire celui de la protection subsidiaire. Généralement, c’est un(e) autre intervenant(e) social(e) qui se charge du second volet comprenant: l’ouverture de droits à l’assurance maladie, la scolarisation des enfants, les inscriptions dans les différentes associations “humanitaires” partenaires du centre…

S’orientant vers la politique locale à la suite d’un master en sociologie appliqué au développement local, Rina bénéficia d’un “poste d’observation formidable” dans les centres d’aide pour demandeurs d’asile. Alors étudiante moyennant un “goût pour la géopolitique”, elle travailla pendant trois ans comme interprète en albanais pour Inter Service Migrants . Ce rôle lui permit d’apprendre et marqua son futur métier . “Aujourd’hui, en tant qu’intervenante sociale, je me sers beaucoup des interprètes, analyse-t-elle. Ils sont précieux, notamment, pour comprendre les concepts culturels”.

“Casse-tête”

Elle concède que son travail comporte de nombreuses difficultés. Les changements législatifs, particulièrement la réforme de juillet 2015, ont un impact considérable. Par exemple, c’est désormais à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de verser l’allocation mensuelle subsistance — pouvant aller jusqu’à 300 euros — et non plus aux centres d’aide pour demandeurs d’asile. Résultat, des personnes se sont retrouvées sans ressources à cause d’un micmac entre les deux structures lors du passage de relaie, aggravé par des décrets d’application tardifs. La réforme “casse-tête” reflète pour elle un pays qui “n’ose pas, pour des raisons politiques” à l’inverse de l’Allemagne. De plus, entendre tous les jours “la violence de devoir tout quitter” et des “tortures insupportables humainement” peuvent, au début, miner le moral des intervenants sociaux.

Face à ceux pour qui “demandeur d’asile, SDF, sans-papiers c’est la même chose”, l’intervenante utilise des “mots simples”. “Un demandeur d’asile, définit-elle. C’est quelqu’un qui fuit son pays, qui fuit la mort”. Même si, pour relayer la détresse de ces personnes, elle préfère toujours “raconter un petit bout d’histoire”.

Show your support

Clapping shows how much you appreciated Louis Germain’s story.