« Napoléon, ce héros » : une exposition dangereuse !

Présentée au musée Fesch, l’exposition consacrée à Napoléon est véritablement inquiétante ! Elle repose sur cette idée saugrenue : « Napoléon est un héros parce qu’il est parvenu à s’élever très haut dans la société ».

Il n’y a rien à redire à cela, le titre est bien choisi, car, de part en part de l’exposition, Napoléon, est perçu comme ceci : un héros. Un héros d’un genre particulier, puisque c’est dans la mesure où « il a su s’élever d’une condition très modeste au rang d’empereur » qu’il est ici tenu pour tel. A suivre ce point de vue, un héros est un individu qui a réussi socialement, un individu qui a dépassé sa classe sociale de départ, un individu qui est parvenu à gravir les escaliers de la société. Cette définition du héros peut se défendre : en admettant que l’émancipation humaine provienne du passage d’un statut social inférieur à un statut social supérieur, et en supposant que ce passage constitue quelque chose de difficile, alors, celui qui parvient à l’effectuer, celui qui fait montre du courage nécessaire pour accomplir cette élévation, rend un service considérable aux hommes, de par son exemple, de par l’encouragement qu’il suscite :

« vous voyez, cela est possible ! ».
 Or ce postulat, cette idée que la réussite sociale est constitutive de l’épanouissement,

est un biais, un préjugé ! De fait, des personnes qui s’illustrent n’en demeure pas moins malheureuse, et, à l’inverse, des personnes qui se maintiennent ou qui reculent dans leurs conditions ne semblent pas en souffrir. Prenez Martin Eden, le personnage autobiographique du livre éponyme de Jack London, qui, basculant de la position d’ouvrier méconnu et pauvre à celle d’écrivain riche et célèbre, s’enfonce en même temps dans la dépression, laquelle le conduira même jusqu’au suicide. A l’inverse, voyez Archimède le clochard, le personnage du film éponyme de Gilles Grangier : ancien général aux multiples décorations, Archimède pourrait très bien vivre dans le confort et le prestige que l’on réserve d’ordinaire aux personnes de son rang, mais il considère quant à lui, avec raison apparemment, que son bonheur réside davantage dans la misère et le mépris de tous.

Cette idée saugrenue de vouloir faire de Napoléon un héros en tant qu’incarnation de l’ascension sociale, est d’autant plus regrettable qu’il aurait été aisé de lui attribuer cette qualité de façon appropriée. Car Napoléon mérite à plus d’un titre d’être tenu pour un héros ! N’est-il pas le chef de guerre, qui, à travers toute l’histoire de l’humanité, à remporté le plus grand nombre de victoires en l’espace d’une campagne, en l’occurrence celle d’Italie ; victoires qui ont eu pour effet de soustraire des millions d’individus à une dictature tyrannique ? N’est-il pas plutôt par là un héros ?

N’est-il pas aussi celui qui commanda l’expédition d’Egypte qui a rendu possible des avancées scientifiques considérables ? N’est-il pas plutôt par là le bienfaiteur de l’humanité ?

Mais ne peut-on pas pousser la critique de cette exposition encore plus loin ? Pourquoi ce besoin d’héroïsation ? Pourquoi cette volonté d’ériger « des hommes parfaits » ? Ne serait-ce pas là un moyen de nous rassurer ? Ne serait-ce pas un subterfuge permettant de nourrir la conviction que nous sommes engagé dans la bonne direction ? Bref, est-ce que nous n’établissons pas des héros pour éviter une fondamentale et douloureuse remise en question…?

Louis Frigara

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