Restaurant d’Ajaccio à la mode, Le Directoire est le reflet d’une Corse malade.

L’âme du Directoire, c’est son ambivalence, sa contradiction : on peut tout aussi bien y manger sur une simple table basse Ikea que sur une opulente table en bois incrusté d’or, de même qu’on peut y déguster un plat très élaboré, comme le poulet façon cordon bleu, et le faire suivre par un dessert particulièrement basique, comme du pain au nutella. Bref, Le directoire est un établissement à la lisière du chic restaurant gastronomique et du vieux snack pourris, il est à la croisé des chemins entre l’élitisme et l’égalitarisme, entre la volonté de distinction et la démagogie.

Par là se retrouve l’esprit ajaccien, et plus largement l’esprit corse, dans lequel se confond le souci d’être comme tous le monde, on se chausse avec des « salomon » même si l’on n’a jamais fait de course à pied, et le souci d’être mieux que les autres : on veut les « salomon » les plus rares, celles que personnes ne possèdent encore. Ici, en Corse, il faut savoir être une personne normale, commune, presque banale, en même temps qu’il faut se montrer exceptionnel, unique, supérieur. Les Corses sont foncièrement schizophrènes !

D’ailleurs, le nom de ce restaurant, Le directoire, constitue une preuve de cette pathologie insulaire, et en particulier ajaccienne: le Directoire est le nom du gouvernement qui était en place lorsque Napoléon réussit son coup d’Etat du 18 Brumaire. Autrement dit, il n’y a pas, en politique, plus grande opposition, qu’entre le Directoire et Bonaparte. Ainsi, l’Ajaccien, si fier de son Napoléon, peut très bien aussi se réclamer de son antipode, le Directoire !…

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