Ambiguïtés de St Valentin
Un cadeau peut en cacher un autre. Heureusement, en couple, les efforts de compromis ne sont jamais compromissions (parait-il).
Depuis les origines, les femmes n’ont jamais été dupes de nos piètres scénarios :
“Tu n’as pas un grain de bon sens, Mouchette, avec tes phrases de roman. Il bourra lentement sa pipe, l’alluma et dit : — Procédons pas ordre. Quel ordre ? Combien d’autres avant lui nourrirent cette illusion de prendre en défaut une jolie fille de seize ans, toute armée ? Vingt fois vous l’auriez cru piper au plus grossier mensonge, qu’elle ne vous aura pas même entendu, seulement attentive aux milles riens que nous dédaignons, au regard qui l’évite, à telle parole inachevée, à l’accent de votre voix — cette voix de mieux en mieux connue, possédée -, patiente à s’instruire, faussement docile, s’assimilant peu à peu à l’expérience dont vous êtes si fier, moins par une lente industrie que par un instinct souverain, tout en éclairs et illuminations soudaines, plus habile à deviner qu’à comprendre, et jamais satisfaite qu’elle n’ait appris à nuire à son tour.”
G. Bernanos, Sous le soleil de Satan (chap.3)
Mais à bien y réfléchir, cela n’est pas proprement féminin. Les hommes sont certes moins habiles à dénicher les absences maquillées de leurs compagnes. C’est qu’il leur suffit souvent de petites attentions tactiles pour rêver la présence de l’instant partagé. Mais bientôt l’intimité ne suffira plus à l’honnête homme en quête de complicité :
“Est-tu ma femme ? Ma femme faite pour atteindre la rencontre du présent ? […] Le combat s’éloigne et nous laisse un coeur d’abeille sur nos terres, l’ombre éveillée, le pain naïf. La veillée file lentement vers l’immunité de la Fête. Ma femme faite pour atteindre la rencontre du présent.”
René Char — Léonidas
Comme Hansel & Gretel les rires taquins nous lient mais sans lien fraternel, qu’est-ce à dire ? Dans un dystique nous serions les deux rimes vers l’avant mais sans autre lien qu’un écho charmant. Le mot qui la précède est son amant.
Ce sont ces proximités imparfaites qu’on aperçoit dans les météores bleus de Joan Miro.
