DOUREEEE

« Le festival de Dour est un festival européen de musiques alternatives se déroulant chaque été en Belgique à Dour, lors de la troisième semaine de juillet, sur le site de la Machine à Feu, près de la frontière française en province de Hainaut. Il a fêté en 2014 sa vingt sixième édition. »

Cris de guerre, cris de force. Qu’il est bon d’entendre encore à l’Inox les copains crier d’ultimes « douuuréééé ».
 Et pourtant, l’Appel de ralliement ressemble à un râle et résonne avec mort par overdose d’un jeune homme au premier soir du festival. Il a suivi Superman jusque dans les étoiles. Une teinte de glauque qui se distille tout au long des quatre jours, au compte-goutte : un brancard par-ci, une couverture de survie par là.
 En parlant de survie, il faut dire qu’en 96 heures, on peut s’estimer heureux de ne s’être déjà lavé ne serait-ce que les avant-bras. Sans faire de chi-chi, les 200 000 campeurs peuvent témoigner que la vision des toilettes de Dour ressemble à celle de l’enfer.
 Avec la canicule en guest inopinée, les meutes humaines reviennent à leur état primitif entre onze heures et dix-huit heures. Chaque être humain revient alors à ses instincts primaires et l’on se met en quête des 3 points : point d’eau, point d’ombre, point oinj.
 La D, drogue douce des drogues dures empêche la faim et laisse le consommateur suffisamment lucide pour se souvenir que le diable existe depuis qu’il a croisé le visage de cet homme au hasard. Un visage gouttelant de sueur, dont la mâchoire désossée laisse apercevoir une langue pendante et molle.
 Mais la frontière qui sépare le cauchemar du rêve, la haine de l’amour et le mal du bien est si fine que ces défauts mêmes que l’on peut asséner à Dour en sont aussi les principaux atouts.
 La crasse, la sueur et la poussière participent au charme du festival, au point d’en faire une parenthèse magique. Comme par enchantement, la trame de la vie s’arrête pour se remettre en marche quatre jours plus tard. Dour fait partie de ces rares moments durant lesquels le monde est un endroit merveilleux.
 Le temps n’existe plus, les frères se font épicuriens, se délectant de la chaleur engourdissante de la journée puis du vent frais de la nuit. Il caresse nos épaules et fait voler les bras qui s’agitent frénétiquement.
 Sous la lumière des projecteurs qui font de l’ombre au soleil, les amoureux de l’électro s’enlacent. En folie, en furie, tu danses ; pardonné d’un mauvais déhanché par le nombre déresponsabilisant de la foule.
 Le dernier jour, la folie est là. Des formes mouvantes surgissent, des feux s’allument, le rythme ne veut pas se taire.
 L’année prochaine, ça durera cinq jours.
 Il parait que Dour, c’est l’amour.