LA LUTTE AU CORPS DE BAGARRE #INTERVIEW#MUSIQUE

Formidables, adorables. Rencontre ensoleillée avec les membres du groupe Bagarre dans le tumulte printanier du festival de Bourges. Peut-être était-ce parce qu’il faisait doux ce jour-là, parce que le ciel était bleu ou que l’on comprenait les mêmes codes mais cette interview ressemblait à un propos libre entre amis tant ces compagnons de vie et de chansons nous mirent à l’aise. Je laisse la retranscription vous porter entre l’échos de leur personnalité, le chatoyant de leurs vestes Adidas et les méandres de leur inspiration. Place à Mus, Loup, LaBête, Emmaï Dee et Master Clap, des copains qui n’ont jamais cessé de faire la fête depuis qu’ils se sont rencontrés à la lueur des boules à facettes.

Mus :

Oui, parce que mon prochain projet c’est d’ouvrir un bar à chips pour vivre avec Lana. Pour l’inviter à diner. C’est plus chic, c’est le standing.

J’espère être invitée aux fiançailles. Pourquoi vous appelez-vous Bagarre ? Faut-il l’entendre comme une apologie de la violence ? Le titre « Claque-le » signifie-t-il que vous aimez vous bagarrer ?

Loup : Je sais pas s’il y a un champ lexical de la violence, en tout cas ouai il y a un champ lexical du contact physique, de la friction.

La bête : Plus de la tension. Même si on s’approche des consonances violentes, on ne fait pas l’apologie de la violence comme on l’entend quoi.

MasterClap : Oui, pour nous Bagarre c’est plus le sens d’un combat sous toutes les formes qu’il peut prendre. Et pour parler de « claque-le » c’est de la violence mais c’est surtout de l’amour.

Pourquoi ? parce que la violence et l’amour c’est tout prêt sans se toucher ?

Emmaï Dee : Nan, c’est parce dans la chanson ils se claquent par amour. C’est son hobby, il se fait claqué. C’est du SM en fait.

Et comment vous-êtes-vous rencontrés ?

Tous : en faisant la fête, en boite de nuit.

Il y a combien de temps ?

Emmaï Dee : 3, 4 ans.

Vous faisiez déjà tous de la musique à l’époque et ça vous a rassemblé ?

Emmaï Dee : euh pas tout à fait. Plus ou moins à des niveaux très différents.

Certains sont autodidactes ?

MasterClap : Il y en a qu’un ici qui ne le soit pas. Moi j’ai dû prendre un cours de guitare une fois.

Mus : et moi je prenais des cours mais j’étais trop mauvais et on m’a viré. Emmaï a eu une formation classique en piano sinon.

Vous êtes tous parisiens ?

Emmaï Dee : Ouai, Paris, banlieue parisienne et Dijon !

MasterClap : en fait le schéma c’est qu’on s’est retrouvé à Paris tous quand on faisait nos études même si on ne venait pas tous de la capitale.

Par apport à votre esthétique, j’aurais voulu savoir quelle était votre définition de l’élégance et du luxe ?

La Bête : L’élégance c’est de ne pas montrer qu’on aime le luxe.

Master Clap : ou alors l’élégance c’est le luxe des pauvres.

Et qu’est-ce que tu entends par là ?

Master Clap : bah c’est euh…

Emmaï Dee : …c’est Master Clap !

Je qualifierais vos look de « street » mais en parlant avec un ami, le mot « beauf » est venu. Est-ce quelque chose que vous revendiquez ?

Loup : Pourquoi « beauf » ? parce qu’on porte des chaînes en or ?

Emmaï Dee : peut-être parce que nos vêtements viennent de chez Emmaüs et que ce sont des survêtements.

C’est le costume d’aujourd’hui le survêtement ?

Loup : le survêt je sais pas c’est le vêtement avec lequel tu peux tout faire. Tu peux faire tes courses et en même temps aller en soirée…

Master Clap : bah nous on trouvait que c’était élégant.

Quelle est la signification de vos clips en noir et blanc avec gros un plan fixe sur une personne ?

Emmaï Dee : On les a fait à la chaîne comme un gros projet, on a tout tourné en deux jours. Avec des copains qui ont un collectif « VLF » auquel on a donné carte blanche. On a été obligé de s’investir parce que déjà c’est de la performance, il n’y a pas de trucage : on te met du scotch sur la tête, tu fais la pyramide en te montant les uns sur les autres.

Loup : c’est clair, ya un investissement corporel.

Et pourquoi vous faites la pyramide ?

Emmaï Dee : chacun y voit l’histoire de ce que la chanson raconte. Après il y avait un côté assez simple au niveau des références SM dont on te parlait. Dans « claque-le » c’est moi qui chante et je suis au sommet des pyramides au-dessus des garçons.

LaBête : tous les mecs s’entassent en dessous d’elle.

Mus : Nan mais c’était l’idée de l’EP en général, d’avoir une série de portrait qui présente le groupe et le collectif.

Quelles sont vos principales inspirations musicales ?

Loup : tout. Le chant du modem.

La Bête : Internet, la musique sur Internet. On n’a pas un genre, c’est le mélange des genres qui nous inspire. Les playlist, YouTube, les chansons sont mélangées.

Emmaï Dee : Après pour les textes c’est plus individuel puis la musique est collégiale, on fonctionne un peu par binôme à chaque chanson. La Bête a beaucoup œuvré pour les prods. Chacun était tuteur d’un morceau. Là on est en train d’écrire d’autres chansons et on est chacun dans notre coin avant de tout mettre ensemble.

Vous êtes assez proche de la scène homo. Est-ce un public que vous cibliez ou est-il venu spontanément vers vous ?

Emmaï Dee : non on ne l’a pas ciblé. On a ciblé un public qui aimait faire la fête. La liberté qui existe dans ce monde-là…

La bête : en fait de base, je fais partie d’un collectif gay friendly « Les fils de Vénus », on est proche d’eux amicalement. On va à leur soirée, on les connait

Loup : ils sont avant-gardistes dans ce monde-là, au-delà de cette liberté. On a grandi parallèlement à ce collectif et on s’est retrouvé naturellement dans ce bord-là. Si on voudrait jouer à un flash ? la flash n’a pas un esprit aussi intéressant que jeudi minuit ou jeudi OK. A Lyon, on a joué à une soirée travestie, j’ai tellement dansé en talon que je me suis cassée la cheville.

Emmaï Dee : on est en train de mettre en place une autre forme de live plus réduite, plus adaptée aux clubs. Le club est un espace mental avec beaucoup de proximité, c’est un sentiment qu’on essaye de retrouver sur les grandes scènes. Quand on fait danser les gens, on y met de l’importance, on ne va pas se torcher la gueule.