LE CANCER DU STYLE

Rapide œillade sur la queue de la Concrète, escapade hebdomadaire dans les couloirs de l’université et petite villégiature dans le métro suffisent à faire un bilan navrant sur la production vestimentaire des industries textiles d’une part, et sur sa place dans les penderies des jeunes générations à coup de salves marketing d’autre part.
 Car enfin, aurait-on avalisé il n’y a ne serait-ce que cinq ans le port massif du « legging » par la gente féminine ? Aurait-on avalisé le port de tennis aux larges semelles plastifiées et aux couleurs criardes ?
 Non, le torchon moulant n’a jamais galvanisé les Front row, tout comme la basket « revival Amélie Mauresmo » ne remportera pas le suffrage d’Ana Wintour.
 Loin d’être incurable ou fatal, le cancer du style s’attrape et se soigne aussi vite qu’un rhume, à condition de suivre un traitement approprié.
 Mettons d’abord les cohortes de Hypsters& Co, que la massification du goût unique ne cesse de faire croître, au contact de joyaux stylistiques : la dernière collection d’Elie Saab devrait remettre d’aplomb les moins contaminés d’entre eux.
 Hélas ! Si la première piqûre de vaccin ne restaure pas l’équilibre vestimentaire des patients, une seconde étape peut se révéler décisive afin qu’ils recouvrent la santé :
 Proposons à ces délicieux lovers de « trap» d’user de leur créativité : en effet, chaque souffrant doit être traité au cas par cas ; n’oublions pas que derrière l’uniforme Wasted-assos-nike se cache une âme sensible d’artiste qu’il faut savoir chérir et apprécier. Même en phase terminale, les miracles existent : prenant leur cerveau comme arme, à l’instar de Sartre qui usa des mots comme d’une épée, les Hypsters peuvent se défaire de ce cloisonnage idéologique du style en vivant leur véritable originalité au grand jour. Faisons-leur croire collectivement que l’idée de mettre fin à ces règles normatives et identitaires vient de leur propre chef.
 L’oligarchie fashion franco-berlinoise bas de gamme pourrait alors aller se rhabiller.

Au triptyque col boutonné/ bonnet- tête- de bite/ sweat à message, Répondons « No pasaran »
 Et qu’advienne que pourra.

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