1785

Qu’elle arbore sa couronne naturelle c’est-à-dire ses cheveux naturels ou qu’elle attache son foulard qui est joliment assorti à sa tenue, la femme noire me remplit de joie, tellement pleine que je risque l’explosion. Elle dégage la fierté, l’assurance et la simplicité. J’aime faire ce genre de rencontres surtout ces derniers temps où l’attacher du foulard est devenu un art.

Qu’il soit en nylon, pagne, ou quel que soit le tissu, qu’il se nomme « Duku » au Malawi et au Ghana, « Dhuku » au Zimbabwe, « Tukwi » au Botswana, « Gele » chez les Yorouba, « Ichafu » chez les Igbo, « Kouna Diala ou le bandeau qui serre la tête » chez les Bambara, « Gnoubouholo » chez les Senoufo, « K’sa » chez les Touareg, « KItambala » en Lingala, le foulard est de nos jours l’accessoire par excellence des femmes en général et surtout des femmes noires quelle que soit leur origine (Afrique, Amérique, etc.). Il est attaché à toutes les sauces, que vous soyez en robe, pantalon, robe de soirée, jupe longue ou courte, en pagne, etc. Pour un anniversaire, mariage et autres cérémonies. Le foulard n’est pas prêt de disparaître tant que ces belles femmes couleur ébène, marron chocolat, claire ou albinos y seront attaché et/ou addict pour lui redonner sa valeur.

Voyageons dans le temps, essaie de t’imaginer à la place d’une femme, dans une société où tu n’as pas le droit d’exprimer ta féminité, on te force à dépérir et détruire ta beauté, on t’impose de porter le foulard en milieux public, au risque de perdre ta vie, Quel effet cela aura sur ta confiance, ton estime, le respect de ta personne, ta liberté et surtout ta propre conscience?

Ou mieux, qu’aujourd’hui, tu apprends que tes cheveux ne respectent pas les normes sociales et qu’une loi est votée pour imposer à toutes les femmes noire y compris toi, de se raser la tête sous peine de mort. Quelle serait ta réaction ? J’imagine l’expression de ton visage, la colère qui monte de ton cœur, ton indignation, etc.

C’est ce qui s’est pourtant passé en Louisiane aux USA où, le « TIGNON LAW » avait été mis en place pour rendre la vie des femmes noire et créoles impossible, encore une stratégie pour ses bourreaux de l’époque d’assouvir leur soif de méchanceté.

Qu’est-ce que c’est? C’est une loi des années 1700 : Le TIGNON prononcé et parfois écrit TIYON, est une coiffe ou un foulard noué sur la tête en forme de turban par les femmes créoles de Louisiane. Helen Bradley Griebel reconnait que le port du foulard est une pratique originaire de l’Afrique de l’Ouest. Cependant l’esclavage lui a donné un sens autre que le but esthétique auquel il était voué. En effet, il était définit comme un symbole de servitude et un emblème de privation économique et sociale. Utilisé comme instrument de domination, le foulard fut imposé par les esclavagistes blancs à travers des lois (South Carolina Negro Act de 1735).

Cette règle du TIGNON résulte de lois « SOMPTUAIRES » édictées en 1785 par le gouverneur Esteban Rodríguez Miró, appelées « LOI DU TIGNON ».

Les lois somptuaires (en latin : sumptuariae leges) sont des lois qui réglementent ou imposent des habitudes de consommation (alimentation, mobilier et notamment la manière de se vêtir spécifique en fonction de la catégorie sociale à laquelle un individu appartient). Elles servent principalement à ordonner la société et à interdire la consommation désordonnée, l’usage de produits de luxe ou d’importation, dans le but de protéger les industries nationales et la balance commerciale. Cette interdiction frappe en priorité les membres du commun et vise à les empêcher d’imiter l’aristocratie. À la fin du Moyen Âge, en particulier, elles ont pour objet de limiter la bourgeoisie urbaine qui s’enrichit, de faire concurrence aux nobles.

L’un des premiers codes de cette loi vient de la Grèce antique, attribué au législateur ZALEUCOS, stipulait que « nulle femme libre ne doit être accompagnée de plus d’une suivante, à moins qu’elle soit ivre, nulle femme libre ne doit arborer des bijoux d’or sur elle ni porter une robe brodée à moins qu’elle soit établie comme prostituée ; nul homme ne doit porter de bague en or ni de ces toges efféminées qui sont produites par la ville de Milet. »

Dans la Rome antique, les sumptuariae leges (telle la Lex Oppia) limitent les dépenses excessives (sumptus) dans les banquets et les costumes, en particulier en ce qui concerne l’usage de la pourpre de Tyr[1]. On considère alors qu’il revient au gouvernement de mettre un terme aux excès des dépenses privées et ce, dès la loi des Douze Tables[2] de la République romaine. Un censeur romain est chargé du contrôle de l’application de ces lois morales (cura morum) et publie une liste (nota censoria) des personnes coupables d’infraction aux limites imposées par la loi en termes de dépenses et d’ostentation. Vers la fin de la République romaine, ces lois tombent graduellement en désuétude.

En France, entre les règnes de François Ier et d’Henri IV, on enregistre, onze édits somptuaires. Ces règles tentaient d’enrayer le phénomène de surenchérissement. Ils spécifient quels tissus doivent être portés, prohibent broderies, dentelles, ornements en or ou en argent. Pour illustration, un règlement indique que le velours par exemple était interdit aux laboureurs et aux gens de basse condition. Toutefois, les lois somptuaires sont très rarement suivies par la société parisienne, car les bourgeois préfèrent payer des amendes plutôt que de se plier aux interdits.

Au Japon, dans le but de restaurer les finances publiques, Yoshimune Tokugawa édicte des lois somptuaires : un moratoire[3] gèle les plaintes pour impayés portés par les fournisseurs devant l’administration contre les samouraïs qui manquaient ou avaient peu d’argent. Ces mesures qui méprisaient le négoce pour porter aux nues les vertus de la société et la production agricole, reposaient sur une morale de type confucéen[4].

Dans notre société de consommation qui valorise la dépense, les lois somptuaires ne semblent plus de mise mais n’en survivent pas moins : les produits de luxe sont plus taxés (TVA par exemple) que les produits de consommation courante. Les propriétaires de voitures de luxe (grosses cylindrées) devaient payer une vignette automobile plus élevée. Ces règles s’apparentent toutefois plus à une redistribution des richesses qu’à une codification des usages notamment vestimentaires. Les lois somptuaires survivent plus dans les codes culturels non formalisés mais sont absentes du code juridique contemporain.

Pour revenir à la loi de Tignon, Cette loi imposait aux gens de couleur la manière de se vêtir dans la société coloniale afin de ne pas faire de l’ombre aux blancs. Spécifiquement, elle interdisait à toute femme noire et créole, de sortir en public sans voiler ses cheveux. Il semblerait que cette loi ait été adoptée pour réduire l’influence croissante des noires libres et garder l’ordre social et les valeurs de l’époque. Il semblerait que leurs coiffures étaient trop imposantes dû à la grosseur de leur afro et des bijoux qu’elles y accrochaient. Ces coiffures « nuisaient » à l’ordre social puisqu’elles attiraient l’attention des hommes blancs, éveillait la jalousie et la colère des épouses légitimes ou fiancées potentielles blanches ; Car à l’époque, il était d’usage que les hommes blancs, espagnols et créoles disposent de « placées » ou de maîtresses ouvertement gardées. Et le plus souvent, ils choisissaient les femmes noires et créoles pour être leurs maîtresses plutôt que des femmes blanches. Ces règles avaient aussi pour but de conserver l’ordre social de l’époque. L’édit comprenait aussi des sections spécifiquement sur le changement de certains comportements «inacceptables» des femmes noires libres dans la colonie. C’est ainsi que le gouverneur Esteban Rodríguez Miró décide que les femmes de couleur, esclaves ou libres, devaient couvrir leurs cheveux et s’abstenir de toute « attention excessive à l’habillement », en particulier le port de bijoux, de plumes et autres colifichets. Le but est de maintenir visibles les écarts de classes sociales. Souvent en madras[5] de couleurs vives, le tignon concentre alors toute la créativité et la fantaisie de ces femmes.

Les femmes noires contraintes et forcées adoptèrent donc le foulard. Le tignon tout en y mettant la créativité et l’ingéniosité fantaisiste, elles en furent une coiffe très élaborée, utilisant de beaux tissus, souvent en madras de couleurs vives, avec magnifiques accessoires pour rendre le tignon attrayant, de sortes que ce qui était censé attirer moins d’attention les rendait encore plus belles, et plus séduisantes. Le foulard est avant tout symbole d’africanité et de féminité. Il n’a pas perdu son sens traditionnel mais aujourd’hui il est surtout le symbole d’une Afrique qui a conquis le monde de la mode. De nombreuses stars telles que Erykah Badu, Lauryn Hill, Beyoncé, Alicia Keys, Lupita Nyongo le portent pour rehausser leurs tenues. Cette tendance a permis l’éclosion de mouvements tels que « Oser le foulard » avec des ateliers au cours desquels l’on apprend aux femmes à attacher cet accessoire.

En sommes, Cette attitude perdure encore à notre époque, elle a pris d’autres stratégie mais le fond reste le même : Rabaisser la femme noire. Nos cheveux ont longtemps été un sujet de discussion, sinon une pierre angulaire, de la communauté noire. C’est une partie intégrante de l’identité noire, en particulier pour les femmes. Alors que nos cheveux et ce que cela signifie pour nous individuellement est uniques, la perception des critères de beauté que nous avons dans ce monde, sont tellement erronés, pour la simple raison que nous n’avons pas la même peau, corps, pensée, manière de réfléchir, etc. Même les types de cheveux et les manières d’en prendre soin sont différents. L’on ne peut donc pas avoir les mêmes critères de beauté mais, des critères de beauté qui peuvent par moment se compléter les unes des autres. Ceci étant dit, priver quelqu’un de ces droits et sa liberté est simplement lui voler son identité ou carrément gommer son existence.

[1] Pourpre impériale, pourpre royale ou encore pourpre antique, est une teinture rouge violacée créée par les Phéniciens. Tyr (dans l’actuel Liban) était un site ancien de production de pourpre

[2] La loi des XII Tables a été rédigée en 451 et en 450 av. J.C. Il s’agit de la première édification de droit privé depuis la création de la cité romaine, reconnaissance de l’autorité du Pater Familias (c’est-à-dire les chefs de familles des cent familles ayant bâti Rome et qui font partie le Sénat), interdisant des mariages mixtes entre les plébéiens ou les non-nobles et les patriciens ou les nobles, etc.)

[3] Terme de droit, qui désigne une décision d’accorder un délai ou une suspension volontaire d’une action.

[4] Morale qui stipule que : la réforme de la collectivité n’est possible qu’à travers celle de la famille et de l’individu. Les hommes de l’Antiquité, dit-il, « qui voulaient organiser l’État, réglaient leur cercle familial ; ceux qui voulaient régler leur cercle familial, visaient d’abord à développer leur propre personnalité ; ceux qui voulaient développer leur propre personnalité rendaient d’abord leur cœur noble ; ceux qui voulaient ennoblir leur cœur rendaient d’abord leur pensée digne de foi ; ceux qui voulaient rendre leur pensée digne de foi perfectionnaient d’abord leur savoir ».

[5] Une étoffe à chaîne de soie et à trame de coton, de couleurs vives, originaire de la ville de Madras, l’actuelle Chennai, capitale de l’État de Tamil Nadu en Inde du Sud. C’est un tissu de fibres de bananier, puis de coton et de soie, aux fils de couleurs vives formant des carreaux ou des rayures.

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