Se réapproprier les médias : ados, réseaux sociaux et fausses infos


Est-on manipulé.e.s par les médias ? Comment s’informer sans rester coincé.e dans sa bulle ? Les enfants du 21ème siècle ouvriront-ils un jour un journal papier ? Les faits ont-ils encore une importance ? Les journalistes donnent-ils trop leur opinion ? Pourquoi l’image des quartiers populaires est-elle si stéréotypée dans les médias ?

Toutes ces questions sont au cœur du bouleversement médiatique que l’on est en train de vivre. Après de tels ratés journalistiques (Brexit, élection de Donald Trump), difficile d’y voir clair sur le monde des médias. D’autant que les pratiques médiatiques des moins de 25 ans sont nouvelles et… laissent parfois perplexes les plus âgé.e.s.

Ce récit est là pour répondre à certaines de ces questions, faire émerger des pistes de réflexion, donner des idées d’ateliers, et surtout, mettre en avant certaines ressources qui existent afin de mieux comprendre les enjeux.


L’information : construire et déconstruire

C’est quoi, l’information ?

Première question : c’est quoi, l’information ? Pas simple… Personnellement, j’apprécie la définition de Jean-Paul Sartre (fondateur de Libération, pour rappel) :

« Il faut, pour comprendre ce que nous voulons, voir ce qu’il faut entendre par liberté de l’information. La première chose sur laquelle on fait beaucoup d’erreurs, c’est qu’on croit que la liberté d’information, le droit à la liberté de la presse, c’est un droit du journaliste. Mais pas du tout, c’est un droit du lecteur du journal. C’est-à-dire que c’est les gens, les gens dans la rue, les gens qui achètent le journal, qui ont le droit d’être informés. C’est les gens qui travaillent dans une entreprise, dans un chantier, dans un bureau qui ont le droit de savoir ce qu’il se passe et d’en tirer les conséquences. Naturellement, il en résulte qu’il faut que le journaliste ait la possibilité d’exprimer ses pensées, mais cela signifie seulement qu’il doit faire en sorte qu’il informe constamment le peuple. Quel est le moyen d’informer le peuple ? C’est de l’informer par le peuple. […] On vous a parlé d’objectivité. L’objectivité, c’est une situation vraie telle qu’elle est exprimée par la pensée populaire. Ce sont des gens qui pensent sur une situation qui est la leur. Cela, nous devons le recueillir. Comme on vous l’a dit, le journaliste ne doit pas faire l’histoire, il ne doit pas l’interpréter. Il doit recueillir l’événement et le donner dans le journal à ceux du peuple qui n’ont pas été intéressés à l’événement en question ou qui n’en ont pas été mis au courant. Donc, il faut essentiellement que le peuple discute avec le peuple. »

(Conférence de presse de présentation du quotidien Libération, 4 janvier 1973)

Bien évidemment, cette définition n’est pas destinée à des enfants. Mais il est important, selon moi, de l’avoir en tête. L’information est avant tout un échange, elle contient une fabrication et une réception.

Pour une définition plus adaptée aux plus jeunes, il y a les petites vidéos du CLEMI (Centre de liaison de l’enseignement et des médias d’information) qui sont très claires et didactiques. Bref, un support assez idéal pour des ateliers avec des enfants.

Trois conditions pour une information

Que nous dit cette vidéo ? Qu’une information se repère à travers trois critères : 
- elle est vérifiée (il faut des preuves)
- elle est nouvelle (il faut qu’on apprenne quelque chose)
- elle concerne le plus grand nombre (une anecdote n’est pas une info)

Bien évidemment, tous les médias ne respectent malheureusement pas ces trois conditions (coucou les sujets sur les soldes ou la rentrée des classes). Mais si l’on veut être exigeant.e, elles sont pertinentes. Elles sont d’autant plus pertinentes qu’elles nous permettent de “commencer par le commencement” : distinguer une information d’une publicité.


Information et publicité

Cela paraît évident mais cela ne l’est guère, comme l’illustre cette étude de l’Université de Stanford relayée par le journal Les Échos :

Essayez de faire le test avec ces deux vidéos. La première est une publicité de Nutella. La deuxième est un reportage du JT de France2 sur le Nutella. Si vous ne devriez pas avoir trop de mal à reconnaître la différence entre les deux, vous serez surpris.e.s par la réponse des enfants…

Autre idée d’exercice : prenez un journal gratuit, comme Direct Matin ou 20 Minutes. Ils sont bourrés de publicités, mais aussi, parfois, de publi-reportages (c’est quoi, un publi-reportage ?). Ce n’est pas toujours facile de les distinguer, car ils prennent souvent la forme d’articles. C’est pourquoi il faut faire attention aux auteurs des articles… Mais là encore, difficile de s’y retrouver. Dans Direct Matin, aucun article n’est signé !

Pour développer notre esprit critique face à ces (volontaires) omissions, revenons aux bases, et à notre éternel “5W” : What ?Who ? When ? Where ? Why ? Dans la langue de Molière, ça donne : Quoi ? Qui ? Quand ? Où ? Pourquoi ? Appliquons cette règle à l’article lui-même : si on ne sait pas qui l’a écrit, ou quand, c’est peut-être louche…

Une quatrième condition

Après ces quelques bases, revenons à nos tentatives de définition. Personnellement, je rajouterais une quatrième condition aux trois citées par le CLEMI pour définir ce qu’est l’information.

Une information n’existe pas en soi. Elle est forcément… interprétée. Une information, c’est un fait qui a été médiatisé. Il est donc passé entre les mains d’un journaliste, avec un point de vue.

La question du point de vue et l’incitation à l’objectivité est un débat qui traverse le monde du journalisme depuis toujours. Les journalistes peuvent-ils (ou doivent-ils) mettre leur avis de côté ? Là-dessus, chacun a… son propre avis. C’est peut-être l’occasion d’un débat avec les élèves pour savoir ce qu’ils en pensent.

Une nouvelle fois, le CLEMI peut nous aider :

On constate souvent qu’un même fait peut être traité différemment en fonction des médias et des supports. Parfois, même au sein d’un même média, on peut trouver différents points de vue.

C’est le cas pour le journal L’Équipe, qui nous a concocté deux Unes au sujet du même match. Un même fait (la victoire du PSG), mais deux réalités distinctes.

Autre exemple : au sein du même média (Le Monde), sont publiés deux articles qui semblent pourtant contradictoires, sur un sujet polémique, qui plus est.

Dernier exemple. Une image, comme un fait, découle d’un choix d’angle, de cadre. D’un point de vue, donc. Il est important de le garder en tête…

Ici, une photographie de Paul Hansen, prise à Haïti, et primée au Prix de la Photo de l’année en Suède, en 2011.

Ci-dessous, une photographie prise au même moment, nous montre une toute autre… réalité (le photographe : Nathan Weber).

Les deux réalités différentes, mais justes toutes les deux. Voir le contre-champ nous permet souvent de gagner en recul par rapport à l’information, et d’aller plus loin que les habituelles critiques qui nous disent que “les médias ne sont pas neutres”.


Les faits ont-ils encore de l’importance ?

À ce niveau de lecture, peut-être êtes-vous en train de vous dire que tout ce travail de définition ne sert peut-être pas à grand chose actuellement. Et vous n’avez pas tout à fait tort. Depuis l’élection de Donald Trump, dont la propension à s’amuser des preuves a rendu fous et folles les journalistes américain.e.s, ces derniers s’interrogent : les faits ont-ils encore de l’importance ? Selon différents observateurs, nous serions rentré.e.s dans une ère de “post-vérité”, c’est-à-dire une époque où les faits objectifs n’existent plus, et où s’opposent différentes réalités construites. Pour caricaturer, imaginons un tweet d’une photo de prière de rue, et un auteur critiquant le “Grand Remplacement” qui se déroulerait supposément en France. Imaginons désormais qu’un rapide travail de vérification nous montre que le cliché (c’est le cas de le dire) en question a en réalité été pris… en Arabie Saoudite, contrairement à ce que dit l’auteur du tweet. A-t-il menti délibérément ou s’est-il laissé avoir ? Peu importe. Il a partagé cette photo car, selon lui, “cela aurait pu arriver ici”.

Même si c’est un peu facile, ce sont évidemment la technologie et les réseaux sociaux qui sont pointés du doigt quant à cette évolution. Comprendre leur fonctionnement nous permet toutefois d’avoir une base théorique pour travailler sur l’esprit critique et la déconstruction de l’info.

Pour aller plus loin sur ce sujet complexe, je préfère laisser Katharine Viner, rédactrice en chef du journal anglais The Guardian, se risquer à une tentative de définition :

“La Vérité, avec un grand V, n’existe pas. Il est impossible d’expliquer les tenants et les aboutissements d’un monde complexe avec des phrases simples, qui seront de toutes façons toujours teintées de subjectivité. Mais il existe quand même une série de faits, démontrables par A+B, à partir desquels un débat contradictoire peut se créer. Pour la rédactrice en chef du Guardian, la campagne du Brexit a montré que c’est de moins en moins le cas. Chacun a « sa » vérité et la discussion devient automatiquement impossible”.

Pour aller plus loin, deux articles ci-dessous :

Évidemment, cette idée est elle aussi critiquée, et certains intellectuels, comme Frédéric Lordon, mettent en cause la responsabilité du journalisme politique. Toujours est-il que cela nous donne certaines clés pour comprendre pourquoi, comme certains l’annoncent, le “complotisme” a pris le pas sur l’info.


Théories du complot…

Les théories du complot nous inquiètent ! Souvent, à raison : de multiples exemples, encore récents, nous montrent à quel point de fausses informations sont plus partagées que de vraies. Mais attention, car l’expression “théorie du complot” ne plaît pas tellement à ceux et celles qui s’y intéressent. On lui préférera un mot un peu barbare : le conspirationnisme.

Le conspirationnisme, c’est quoi exactement ? Voyons voir la définition qu’en donne Conspiracy Watch, un des sites références sur le sujet :

Au sens fort, le conspirationnisme désigne l’attitude consistant à remettre en cause abusivement l’explication communément admise de certains phénomènes sociaux ou événements marquants au profit d’un récit explicatif alternatif qui postule l’existence d’une conspiration et dénonce les individus ou les groupes qui y auraient pris part.

Pour le résumer un peu simplement, le conspirationnisme, c’est commencer un article par la fin. On sait déjà sur quelle conclusion on va tomber (la conspiration), ne reste qu’à faire des corrélations (souvent douteuses) entre les éléments factuels. Mais si on critique beaucoup les théories du complot, n’oublions pas que ce sont simplement des récits construits avec une visée bien précise. Comme tant d’autres. Prenez, par exemple, une note blanche des services des renseignements, destinée à faire assigner à résidence une personne considérée comme dangereuse pour la société. Dans cette note, différents éléments de la personnalité d’une personne sont mis en lien, pour en arriver à une conclusion : il faut l’assigner à résidence. C’est le même fonctionnement, et il est partout, dans les complots comme dans la communication... Il est donc important de le repérer.

Petite précision. La plupart des acteurs et des actrices sur le sujet sont assez clairs là-dessus : cela ne sert à rien de contredire une théorie du complot. Cela voudrait dire que vous faites partie du complot. Toutefois, il peut être intéressant de travailler sur la déconstruction du récit. Prendre du recul sur le processus peut nous permettre de prendre avec des pincettes les informations que l’on voit au quotidien, comme l’ont fait ces deux professeurs de lycée, à Aulnay-sous-Bois, et à Saint-Ouen.

Ci-dessous, voici une suite d’articles et de documents si vous souhaitez creuser la question :

Toujours sur Conspiracy Watch :

Un dossier très complet de Sciences Humaines :

Aborder les théories du complot : une pédagogie anti-conspi

Un autre site référence

Une histoire du complotisme

https://www.reseau-canope.fr/les-valeurs-de-la-republique/le-complotisme-dans-lhistoire-lhistoire-face-au-complotisme.html

Conspi Hunter

Enfin, je ne saurais que trop vous conseiller d’aller sur l’application “Conspi Hunter” de Spicee, qui regorge de ressources en vidéo pour déconstruire les théories du complot :

… et fausses infos

Après les théories du complot, les fausses infos ! Si on a tendance à tout mettre dans le même paquet, ce n’est bien évidemment pas la même chose. S’il peut y avoir une fausse information dans une théorie du complot, l’inverse n’est pas forcément vrai. Il vous est sans doute déjà arrivé.e de relayer une information erronée sur Internet.

Récemment, The Guardian, média britannique extrêmement réputé, a écrit un article sur Julian Assange, le fondateur de Wikileaks, qui a organisé la révélation de nombreuses informations secrètes sur les États-Unis notamment. Dans cet article, The Guardian expliquait que Julian Assange soutenait Donald Trump et qu’il considérait que la société civile russe bénéficiait de plus de libertés qu’aux États-Unis. Or, cet article, tiré d’une interview qu’avait donné Julian Assange à une journaliste italienne, n’était pas juste erroné, il prêtait à Julian Assange des propos qu’il n’avait même pas tenus ! Le journaliste a donc écrit quelque chose de volontairement faux (pour lire l’histoire complète, c’est ici et en anglais). Ce n’est pas pour ça qu’il faut se détourner totalement des médias traditionnels, mais il serait malhonnête de dire que cela ne leur arrive pas aussi… Il est donc important d’être toujours sur ses gardes, et de trouver des moyens de lutter contre la propagation de fausses informations. Car celles-ci touchent pus particulièrement les adolescents.

Alors, comment dénicher les fausses informations ? De nombreuses explications et sites ressources existent, en voici une liste non-exhaustive :

Désintox , la rubrique du quotidien Libération et leurs conseils pour éviter les fausses infos

Les Décodeurs du journal Le Monde , ils ont notamment démonté de fausses rumeurs après les attentats

Les Observateurs de France 24, qui vérifient de nombreuses informations dans le monde

► Comment vérifier une image ? Les précieux conseils de France 24

► Comment ne pas se faire avoir sur les réseaux sociaux par les fausses infos, les conseils du magazine pour ados, Phosphore

Encore une fois, si j’avais un conseil pour travailler sur ces questions-là : travailler l’esprit critique. Il est très intéressant de déconstruire le processus de fabrication d’une fausse information, mais aussi sa propagation. Dans un article, Samuel Laurent, des Décodeurs, l’explique de manière très pertinente avec un exemple survenu il y peu :

Encore une fois, Spicee a trouvé une très bonne idée d’atelier, en faisant monter deux reportages (un vrai, un faux) à des enfants à partir des mêmes images.

Vous pouvez vous-même faire ce travail avec vos élèves. Quelques outils très simples d’utilisation peuvent vous aider, comme http://clonezone.link/ qui permet de créer un faux article et de l’intégrer dans un vrai site d’informations. http://www.flashinfo.org/ et http://www.actualite.co/ existent aussi.


Les journaux papier vont-ils mourir ?

Le succès du conspirationnisme peut s’expliquer de différentes manières. Le manque de confiance envers les médias (nous y reviendrons) en est un. La place des médias aujourd’hui en est un autre. Des sociologues, comme Amandine Kervella, du laboratoire Geriico, évoquent une crise de confiance généralisée (envers les médias, mais aussi envers les institutions), ressentie plus fortement encore chez les jeunes, et rendue plus marquante encore par l’omniprésence permanente d’informations. À l’intérieur de cette nébuleuse où les infos viennent de partout, le jeune public va préférer faire confiance à des sources proches (des amis Facebook, par exemple) plutôt qu’à des médias traditionnels.

Pour comprendre cela, revenons un instant sur la manière dont les jeunes s’informent.

Comme vous pouvez le voir ci-dessus, ou dans cette étude, les écrans sont omniprésents. Internet, sur toutes ses plate-formes (ordinateur, téléphone portable, tablette) a pris une place centrale dans la manière dont les jeunes s’informent. De là à imaginer la disparition des journaux papier d’ici 2029, comme le prédisait ce documentaire d’Arte ?

Allez, soyons d’optimistes nostalgiques : les journaux papier trouveront un moyen de s’adapter pour survivre. Il n’en reste pas moins que cette transformation des médias par le numérique a tendance à inquiéter les plus âgé.e.s, car elle leur échappe.

Si vous aussi, vous souhaitez vous rassurer, ou si vous cherchez à en savoir plus sur la manière dont les jeunes sont touchés par l’information, le site du CLEMI (encore lui !) réalise une veille avec une tonne d’articles intéressants sur le sujet. Ci-dessous :

Les réseaux sociaux

Parmi ces transformations, la place centrale prise par les réseaux sociaux a tendance à intriguer. Aux États-Unis, lors de l’élection, plus de 40% des Américain.e.s se seraient informé.e.s exclusivement sur Facebook !

Or, Facebook a des défauts. Notamment, ces fameuses “bulles de filtrage” qui nous empêchent de voir les opinions contraires aux nôtres sur les réseaux sociaux.

D’où l’apparition de certains articles nous incitant à “diversifier” nos sources d’information sur les réseaux sociaux. C’est là que réside toute la subtilité du changement : dans le passé, comparer un article du Figaro (plutôt à “droite”) à un article de Libération (plutôt à “gauche”), tout en feuilletant le Monde Diplomatique d’un côté et Les Échos de l’autre permettait d’avoir un aperçu des différentes opinions sur un sujet en fonction de la coloration politique du média. Aujourd’hui, étant donné que les réseaux sociaux nous enferment dans un cocon d’opinions proches des nôtres, l’enjeu est de prendre du recul par rapport à ce que nous propose le réseau social, qui, rappelons-le, cherche à nous montrer ce que nous voulons voir : ce n’est pas parce que tout notre mur Facebook est Mélenchoniste que le leader de la France insoumise va gagner l’élection présidentielle pour autant.

Pour saisir dans le détail les bouleversements du secteur, et la manière dont les médias vont devoir s’adapter, il y a également cette petite vidéo de Meta Média :


Sommes-nous tous des médias ?

Au beau milieu de tous ces changements, une certitude : le public est devenu acteur de l’information. Et cette tendance va sans doute s’accentuer. Que ce soit à travers les lives ouverts aux commentaires, les sites qui permettent aux lecteurs de choisir les sujets traités, le partage d’infos sur les réseaux sociaux, nous participons désormais tou.t.e.s à la création de l’information. Sans compter qu’il n’a jamais été aussi simple de créer son propre média : les chaînes Youtube nous l’ont bien montré.

Encore une fois, le site du CLEMI est riche de nombreuses ressources pouvant nous aider à créer des journaux, webradios ou même webtv en classe.

Il en existe d’autres. Madmagz, par exemple, est très utile pour créer un journal en ligne.

Pour un blog, Wordpress est le plus abouti, mais vous pouvez aussi tenter Tumblr. Même s’il n’est plus actualisé, l’ancien blog de Maxime Vaudano, Mise à Jour(nalisme) donnait aussi plein de coups de main pour tenter des choses avec les nombreux outils numériques.

Un outil me plaît tout particulièrement, car il permet de mettre en parallèle deux images (une photo d’avant, une photo d’après). Il s’agit de Juxtapose JS.

Un autre outil qui peut se révéler très amusant avec des élèves : Cover it live. Cette app vous permet de créer un live, de partager photos, vidéos, tweets, d’intégrer les commentaires du public, d’y répondre… Bref, comme le live d’un média traditionnel.

Des outils comme cela existent par centaines, et ce serait impossible de tous les répertorier. Mais si je souhaite les mettre en avant ici, c’est aussi que l’un des enjeux du journalisme de demain, et donc de l’éducation aux médias, est la question de la réappropriation des médias.

Les médias, tous coupables ?

Ces quelques articles font écho aux reproches d’une partie de la population sur les médias, notamment traditionnels : biaisés, contrôlés, élitistes, on leur reproche de nombreuses choses. Que ces critiques soient justifiées ou non, questionner l’indépendance des médias n’est pas forcément l’apanage des populistes. En 2016, la France ne se classe qu’au 45è rang de la liberté de la presse, selon Reporters Sans Frontières.

La France doit ce médiocre classement au faut qu’une grande partie des médias traditionnels soit contrôlée par des actionnaires qui ne sont pas issus du monde des médias. Cette carte du Monde Diplomatique est particulièrement frappante car elle montre bien à quel point une poignée d’industriels a la main mise sur la presse française.

Bien évidemment, cette situation n’est pas arrivée du jour au lendemain. La difficulté de la presse à s’adapter aux transformations numériques, la lente érosion des journaux papiers, la chute des revenus publicitaires sont autant de pistes de réflexions qui aboutissent au même constat : économiquement, la presse souffre.

En conséquence, les plans sociaux s’accumulent, et si de nouveaux modèles apparaissent, la précarité des médias (et des journalistes) n’est plus à démontrer. Malheureusement, cela aboutit à une dégradation des conditions de travail, qui doit répondre, en plus, aux exigences de l’accélération de l’information induite par le web. On voit de moins en moins de journalistes sur le terrain, ce qui paraissait encore, il y a peu, inenvisageable.

Redorer l’image des quartiers populaires ?

Du coup, le traitement de certains sujets est mis de côté. C’est notamment le cas des quartiers populaires, régulièrement maltraités ou stéréotypés dans différents sujets de la presse traditionnelle. Encore une fois, il est intéressant de déconstruire la fabrication et la circulation de l’information sur le sujet, comme le font souvent habilement souvent les sites “Arrêt sur images” et “Acrimed”, spécialisés dans la critique des médias. Ci-dessous, l’analyse d’@si du traitement par les matinales audiovisuelles des événements survenus à Beaumont-sur-Oise après que l’un de ses habitants, Adama Traoré, ait été tué par des gendarmes.

Bref, que les critiques à l’égard de la presse traditionnelle soient justifiées ou non, la meilleure posture à adopter est selon moi de transformer ces reproches en actions. C’est notamment le cas de certaines initiatives médiatiques issues des quartiers populaires qui remettent en question les stéréotypes aperçus dans les médias traditionnels sur les questions urbaines et de discriminations racistes. De nombreux exemples existent, comme ces “contre-enquêtes”, qui offrent un autre point de vue sur des territoires évoqués dans des reportages télévisuels.

On note également le développement de médias “de quartier”, ou médias de proximité, dont le Bondy Blog est le chef de file, qui offrent un autre regard sur les périphéries en permettant à ceux qui y vivent de créer eux-mêmes l’information. Et ainsi d’avoir un droit de réponse.


En guise de conclusion

Lors de l’un de mes premiers ateliers, j’ai demandé à des jeunes Roubaisien.ne.s quelle était, selon eux et elles, l’image de leur ville dans les médias. Leur réponse fut cinglante : “Roubaix, ville de terroristes” venait de succéder à “Roubaix, ville la plus pauvre de France”.

Encore une fois, que ces assomptions soient véridiques ou erronées ne nous empêche pas de nous interroger sur la place prise par les médias pour la jeunesse d’une ville populaire comme Roubaix.

Un média n’a pas pour seul objectif d’informer : il est aussi créateur de lien social, et peut même devenir un élément de construction identitaire, en cela qu’on s’y identifie. Si je suis de “gauche”, je vais lire Libération; de “droite”, Le Figaro, etc. Aujourd’hui, difficile de s’identifier à un média alors que nous avons l’impression qu’ils disent tous la même chose.

Pourtant, la diversité des médias est réelle, et sortir un peu des traditionnels JT du 20h ou autres quotidiens historiques nous le prouve à chaque instant. On constate ainsi que les sites d’info indépendants se multiplient et séduisent de plus en plus de lecteurs. C’est aussi pour cela qu’il est essentiel, quand on n’a l’impression qu’aucun média ne nous ressemble, ou porte notre point de vue, de le créer soi-même.

Pour finir là-dessus, voici une liste (non-exhaustive, une nouvelle fois) de médias conçus spécialement pour les plus jeunes.

Et si vous avez lu jusqu’ici… Vous pouvez continuer à vous informer sur le sujet grâce à cette petite liste Twitter que je vous ai concoctée, et qui rassemble un certain nombre de personnes qui twittent sur l’éducation aux médias, le conspirationnisme, la critique des médias, etc.