Inde 2016: LE BLOG

Je le savais il y a six mois en réservant le voyage Ça viendrait bien assez vite. Et voilà que nous étions déjà le 24 mars, en route vers Delhi à bord du Dreamliner d’Air Canada et sans escale de Toronto. Toujours eu beaucoup de mal avec le fait que l’on parte de Moncton pour Toronto et que l’on repasse quelques heures plus tard au-dessus de Moncton, en direction de Terre-Neuve et de l’Europe. En tous cas c’est beau Riverview a 33 000 pieds d’altitude…

Après 14 h de vol, nous étions à Delhi. Il faudra environ une heure au chauffeur de taxi pour qu’on trouve notre hôtel qui était à 5 minutes de l’aéroport, mais c’est aussi ça la beauté de l’Inde; un peu le bordel, mais l’humanité et l’humilité. Notre chauffeur se confond en excuses, comment lui en vouloir, on lui donne même un pourboire! Il est minuit, on demande au gérant de nous réveiller à 4 h 30 pour aller prendre notre vol de 6 h 30 vers l’Himalaya.

Le lever du corps n’est pas trop pénible malgré deux heures de sommeil. A 4 h 30 en Inde, il est 20 h en Acadie…

Puis environ 90 minutes plus tard, les montagnes sont apparues après avoir survolé la pleine. Soudain, l’avion plongeait dans la vallée… Kulu, la vallée des Dieux comment on l’appelle. Et à voir l’endroit, les dieux ne se sont pas trompés.

Martin et Bob, eux, sont aux anges. Tout est comme un film, dit Martin. Jamais vu rien d’aussi beau, fait Bob. Moi je me remémore mon dernier voyage dans la région en 2007, les montagnes sont toujours aussi magiques…

Nous avons eu maison louée pour une semaine chez Rajeev et sa famille. Trois chambres a coucher et trois salles de bain, grand balcon avec les pics enneigés comme toile de fond. L’extase atteint son paroxysme. Après quelques heures de contemplation, départ pour Manali, village mythique a une journée marché du Tibet.

Demain nous partons à l’affût des montagnes. Et on espère grimper jusqu’à la neige en guise de sympathie pour vous qui devez souffrir un début de printemps enneigé. Venez pas dire ensuite que l’on ne pense pas à vous…

2e partie

La pluie s’était mise à tomber vers 4 h du matin. D’abord comme une hymne des montagnes en sourdine, puis de plus en plus fort. La vallée des Dieux se déchaînait. Pendant que je tournais dans mon lit, je me disais que notre projet d’aller toucher à la neige serait compromis à cause de la météo. A 6 h, je me suis levé discrètement pour ne pas réveiller mes amis de l’etage inférieur et je me suis installé sur le balcon.

La pluie se calmait et les nuages étaient soudainement moins menaçants. Les premiers bruits de l’étage inférieur sont survenus presque deux heures plus tard. « alors vous avez bien dormi les gars?» ah on est réveillés depuis 6. H… il y avait deux heures que tout le monde était réveillé et ne voulait pas réveiller l’autre. Call it respect!

Après une copieux petit déjeuner et quelques interrogations sur la météo, on décidait de partir vers Baragran, un village perché dans les montagnes, où j’avais mis les pieds en 1982 lors de mon premier voyage en Inde. La marche était belle, les montagnes somptueuse et les Indiens, fidèles à eux-mêmes, souriants.

Tout au long du sentier, les gens nous accueillaient avec leur plus beau namaste… les étrangers n'effrayaient pas, nous étions les bienvenus chez eux. Les enfants étaient à l’avant-scène.

Nous marchions sans relâche, le sourire au visage, à l’affût du prochain virage qui allait nous montrer une autre facette de l’Himalaya envoûtante.

Une vingtaine de kilomètres plus tard, nous étions de retour à la maison, la tête pleine de flash photo, les pieds un peu endoloris et un scotch pour célébrer la vie.

On a invité Rajeev, le propriétaire des quatre chalets, à venir boire un verre avec nous. Puis nous avons échangé sur le monde, l’avenir de l’Inde, la politique, l’environnement. La langue, la culture et les frontières peuvent donner l’impression de nous séparer, mais le cœur nous unit. Demain, la visite du château de Nagar et la marche vers Janna, au pied du majestueux Chandrakani. Namaste.

3e partie: Ça, c’est l’aventure…

Nous nous sommes réveillés tôt, comme hier, 6 h… Malgré le décalage horaire, une courte nuit de cinq heures, nous étions en pleine forme. La journée s’annonçait assez molo. Une randonnée de quatre heures environ sur une route qui monte progressivement dans une forêt verdoyante. Rajeev, notre hôte nous a gentiment amené jusqu’à Nagar, d’où nous partions à pied. Nous étions à moins de 12 km de Jana, un village dans les montagnes. Ensuite on redescendait dans la vallée et le tour était joué.

En débarquant de la jeep de Rajeev, une femme et sa fille cueillaient des champignons sauvages. La journée promettait…

La forêt de pin était familière.

« on se croirait dans les Rocheuses «faisait remarquer Martin. Sauf qu’à chaque tournant on avait ce genre de panorama.

Il y avait déjà quelques heures que nous marchions et la route continuait à monter. À toutes les fois que l’on avait l’impression d’arriver au sommet, il y avait une crête qui apparaissait et qui nous en mettait plein les mollets. Nous étions heureux d’avoir quelques barres d’énergie et des bananes, car la randonnée ne nous donnait pas tant de répit, alors que l’on avait envisagé notre journée un peu pépère. On continuait à monter…

On avait le souffle coupé dans tous les sens du mot. Nous étions autour de 2 700 m, soit 1500 mètres de plus qu’à Katrain où on est logés.

L’air refroidissait. On monte encore.

« Janna kider» ( où est Janna) que je demande. On me fait signe par là. Bon sens, on doit bientôt arriver…

Finalement après quatre heures de marche, on arrive au village. Les habitants qui ne voient pas souvent de blancs nous accueillent chaleureusement.

Nous voudrions passer deux heures au moins à faire de la photo, le village est un véritable retour dans le temps. L’ambiance est magnifique. Mais il est 15 h30, le soleil baisse rapidement dans les montagnes et il nous reste selon nos estimations une heure de marche.

Rapidement le sentier devient moins évident. On tourne à gauche ou à droite? On descend ici ou on monte? Le tonnerre gronde au loin, le ciel s’assombrit. On sent que la pluie va frapper d’un instant à l’autre. Et le temps passe, on sait qu’il nous reste au moins 1000 mètres de descente, cela ne se fait pas en 30 minutes.

Puis ça y est, les dieux de la vallée de Kulu font pleurer le ciel. Mais, les larmes sont de glace, elles pincent presque. C’est une tempête de grêle. Les éclairs envahissent le ciel, la pluie commence à se mêler de la partie, froide et impitoyable. Nous sommes presque à flanc de montagne et tout à coup, on se met à douter. Est-ce que nous sommes sur le bon sentier, est- ce que la foudre va nous frapper? Nous sommes détrempés et à un certain moment, on doute encore plus de la suite des choses. Est-ce que l’on sera bientôt coincés par la noirceur et qu’il faudra dormir dans la montagne sous une pluie abondante? Je refuse de baisser les bras, les barres d’énergie et les bananes sont loin depuis longtemps, le vent se lève et la pluie rend le sentier périlleux. Il nous faut descendre plus rapidement.

Je repense à Rajeev qui nous avait dit que l’on bouclerait le circuit en 5 heures, il y a déjà. 6 heures que nous marchons et j’estime alors, sans en parler à mes compagnons pour ne pas les décourager, qu’il nous reste deux heures de marche. J’essaie de montrer aux autres que tout va bien, mais j’y crois moi même de moins en moins.

Puis finalement, une maison. Avec mes trois ou quatre mots hindi, je réussis à comprendre que nous sommes sur le bon sentier et qu’il faut continuer. Mais continuer où, tout porte à confusion, tantôt un sentier de mouton, tantôt un chemin qui mène à un verger de pomme… nous descendons, mais est-ce dans la bonne direction?

Les genoux fléchissent, les pieds glissent sur les roches mouillées. On sent un certain découragement dans les troupes, mais aussi une détermination à se sortir de ce pétrin.

Au loin, on commence à apercevoir la route dans le fond de la vallée. Mais il faut faire vite, il commence à faire noir et à cause du danger de glisser en descendant, nos pas sont de plus en plus incertains.

Au bout de 7 heures de dur labeur, de doute et d’incertitude sur notre sort, nous étions de retour dans la civilisation. Comme dans un mirage, il y avait un taxi au beau milieu de nulle part qui semblait être là pour la suite de notre destinée. Il allait nous ramener à la maison, sains et saufs et sans heurt.

En arrivant chez Rajeev, il nous dit qu’il s’inquiétait de ne pas nous voir arriver et qu’il était bientôt pour partir à notre recherche.

En nous interrogeant sur notre aventure, il a fini par comprendre que nous avions pris une fourche sur le sentier, qui au lieu de nous ramener sur une route carrossable, nous avait entraîné dans un labyrinthe de petits chemins qui descendait bien la montagne, à condition de s’y retrouver.

Rajeev nous offrit un chai, ce thé à la cardémone qui ramène. même à la vie les esprits les plus tourmentés. La journée avait été fertile en émotions, Rajeev riait de bon cœur en passant à la route que nous avions manqué.

« C’est ça l’aventure mes amis». Demain dans notre prochain épisode, je vous présente Rajeev et sa famille, leurs rêves, leurs aspirations. Ce sera dodo tôt ce soir. Namaste…

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