Blocs de l’époque communiste à Sofia, Bulgarie

Stage ou Erasmus : Pourquoi devrais-tu te rendre en Europe de l’Est ?

English version: https://medium.com/@lukarenetomislav/internship-abroad-or-erasmus-here-is-why-you-should-decide-to-come-to-eastern-europe-79a0ead50aa5#.2u9bh2l9e

Tout d’abord, félicitations à toi, jeune étudiant fraîchement arrivé dans ton école. Le WEI vient à peine de se terminer que ton administration te demande déjà de réfléchir à l’année prochaine ? Tout le monde autour de toi parle de partir en échange ou en stage à New York, Hong-Kong ou Singapour. Tes collègues des années supérieures te montrent les photos Instagram de leurs potes étudiant dans des endroits qui semblent paradisiaques en Australie, en Amérique du Sud ou au Canada ? Et si ton choix s’axait sur une décision totalement différente, qui sort du « hipsterish » pur et dur ? Pas Berlin ni-même Stockholm, mais plutôt un choix que personne ne comprendra et que tu devras justifier pendant des heures, sans pour autant convaincre.

Non, tu n’as pas besoin de partir loin de chez toi pour trouver des offres de stage ou des universités partenaires à ton école. Regarde tous ces pays proches de la Russie, petits par la taille, pour une partie dans l’UE, l’autre peinant encore à se faire connaitre dans ce monde globalisé.

Oui, je te parle bien de « l’Europe de l’Est », difficile à définir, que l’on peut éventuellement catégoriser comme les anciens pays du bloc soviétique. Affublés de stéréotypes péjoratifs en France, du royaume de la prostitution et des gens du voyage pour la Bulgarie ou l’Ukraine, à celui de l’alcoolisme pour les Pays Baltes et la Russie, ces pays sont perçus par beaucoup comme le fief de la pauvreté en Europe.

Pour être honnête, ces clichés ne sont ni totalement vrais, ni totalement faux. Ces pays ont bien des faiblesses, mais surtout des qualités qui te feront remettre en question plusieurs aspects du modèle de vie français.

Des pays de l’UE, une réelle opportunité pour ton avenir

Cela peut paraître discutable suite à la crise des réfugiés et à la montée des nationalismes. Cependant, l’Union Européenne n’est pas à terre et beaucoup pensent que cette crise ne la rendra que meilleure. La France (et les Français) a donc tout à gagner à se rapprocher des pays de l’Est pour faire du business. Le climat des affaires y est favorable, comme le montre la présence de grands groupes français tels que Carrefour, Auchan, Orange ou Michelin, qui ont décidé de s’implanter dans la région, y voyant des opportunités grandissantes. 15% du PIB de la Roumanie est produit par des entreprises avec des participations françaises, Dacia-Renault étant en pole position. Leur choix stratégique est un coup de poker, provoqué par une main-d’oeuvre qualifiée et moins onéreuse qu’en France. Ces nombreuses arrivées d’entreprises étrangères dans la région ont favorisé la création d’emplois et stimulent la croissance économique de manière exponentielle dans la zone.

Usine Renault-Dacia à Pitesti, Roumanie

Indirectement, elles ont aussi changé les habitudes de consommation des populations locales, le niveau de vie de chacun augmentant chaque année. Autrefois proches des habitudes de consommation soviétique, la majeure partie des est-européens souhaitent maintenant se rapprocher des standards occidentaux. Ce marché, bien que rempli d’opportunités, est donc complexe à comprendre. Un échange universitaire ou un stage de 6 mois à Vilnius ou Bucarest te permettra de te familiariser avec ce mode de consommation à deux vitesses.

Des génies en langues ne souhaitant pas vivre dans un climat d’insécurité

Quoi de mieux qu’une balade dans les vieilles rues de Riga ou dans les blocs de Sofia pour s’apercevoir que tout le monde ici parle anglais couramment et maîtrise deux ou trois autres langues quasi-parfaitement. Les capacités linguistiques des étudiants locaux sont une des raisons pour lesquels de nombreux centres d’appels dernière génération ont décidé de s’implanter en Roumanie ou en Bulgarie. Les étudiants roumains préfèrent gagner de l’argent en travaillant dans des calls centers (ou les salles de pauses sont équipés de jeux-vidéos et autres outils de détente) plutôt que de travailler jusqu’à 3h du matin au fast-food du coin comme le font leurs homologues français.

Call-center dernière génération en Bulgarie (Source: TELUS International Europe)

Ces mêmes étudiants, qui ont, pour beaucoup, appris le Français et tenté une expérience dans l’Hexagone, décident souvent de rentrer chez eux après quelques années, l’insécurité grandissante en France pouvant parfois choquer, car inexistante dans leur pays d’origine.

Des pays ayant un œil vers le futur

On pourra remercier Emmanuel Macron et Axelle Lemaire pour la FrenchTech, ayant permis à quelques start-ups tricolores de se montrer à l’étranger. Mais il faut quand même admettre que la vraie « Sillicon Valley » européenne n’est pas dans l’Hexagone. Beaucoup débattent encore pour savoir où elle se trouve. En Allemagne, en Suède ou au Royaume-Uni diront certains.

En cherchant mieux, la réponse pourrait se trouver dans un autre pays, figé entre la Russie et la Scandinavie, qui attise les convoitises des investisseurs du monde entier. Méconnue pour beaucoup, l’Estonie prend une part de plus en plus importante dans les sujets orientés start-ups et IT. Ceci grâce aux monstres Skype, TransferWise ou encore Pipedrive pour ne citer qu’eux, nés à Tallinn, la capitale de ce pays à la population comparable à l’agglomération marseillaise.

Le facteur chance n’est pas la raison d’un tel succès. Suite à la chute de l’Union Soviétique, le pays a pris l’initiative de se digitaliser en totalité afin d’éduquer sa population à l’IT et à la création de start-ups. La modernité du pays est fascinante. On vous demandera d’obtenir une « Carte d’Identité » distribuée à tous les résidents du pays, peu importe la durée du séjour. Cette carte proposant 3000 services (carte de vote (possible en ligne), carte vitale, paiement des impôts, etc.) vous facilitera la vie comme jamais. Vous pourrez également oublier de retirer de l’argent au distributeur, le paiement par carte étant autorisé partout. Pour résumer, vous perdrez l’usage de votre porte-monnaie, deux cartes étant nécessaires à votre survie dans le pays.

Showroom e-Estonia à l’Expo Universelle de Milan en 2015

La création d’entreprise, quant à elle, se fait en quelques minutes, chose impensable en Europe de l’Ouest, même s’il y a du progrès. Les jeunes apprennent à écrire des lignes de code à l’école primaire. Enfin, l’accès à internet est considéré comme un Droit de l’Homme depuis 2000, il est donc accessible de n’ importe où. Ces critères ne sont que des exemples que je te laisse comparer avec la situation actuelle en France. Il est difficile de le croire, mais nous avons (malheureusement) un retard à rattraper.

Tu penses que ce qui est écrit ci-dessus est de la simple propagande ? Tu as peut-être raison… Laisse-moi juste conclure avec quelque chose qui peut te donner éventuellement envie de sauter le pas…

Un réseau monstrueux

Oui, je te l’assure, si tu ne passes pas ton temps à t’enfiler des bouteilles de vodka avec tes amis Erasmus dans le bar le plus miteux de la ville, tu risques de faire des connaissances pouvant vraiment t’être utiles pour ton avenir.

Juste par excès d’égo, je peux te dire que depuis que je suis dans la région, j’ai eu l’occasion de voir Obama (Ancêtre de Trump), Alexander Stubb (Premier Ministre Finlandais) et Dacian Ciolos (Premier Ministre Roumain), ainsi que quelques fondateurs de start-ups devenues mondialement connues, rencontré des PDG de grands groupes français ou étrangers basés dans la région, puis partagé quelques soupers ou enseigné la langue française à des diplomates. Je ne dis pas que ces personnes m’offriront le job de ma vie ou un visa pour aller siroter des cocktails dans un continent lointain, mais j’ai au moins l’occasion de pouvoir échanger directement avec des experts sur des sujets qui m’intéressent. Je te souhaite la même chose sur Paris. Ce n’est pas impossible, mais cela me parait plus délicat.

De plus, tu auras la chance d’être considéré comme « expat » et non pas comme « étudiant qui vient s’endetter pour écrire une ligne sur son CV ». Les locaux aimeront parler avec toi, la France jouissant encore d’une bonne réputation, et chacune de tes rencontres sera une réelle valeur ajoutée pour ton avenir.

Un choix personnel

Pour résumer, ton choix de destination ne concerne que toi. Peut-être aurais-je du me tourner vers une césure en métropole et partir en Asie en échange, mais j’ai fait un choix très différent, et je pense que cela est un vrai « plus » pour ma carrière. Corporate ou Différencié ? Tu as les cartes en mains.

PS : Tu devras quand même accepter le fait que les routes soient parfois délabrées et que le recyclage n’est pas encore dans les normes. Mais ça viendra dans quelques années, je te le garantis. En attendant, je te laisse découvrir ma page Instagram et voir en photo ce qui peut t’attendre si tu viens dans la région: https://www.instagram.com/lifeisjovial/

Tallinn, capitale de l’Estonie, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO
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