La Révolution Digitale

Traduction française de l’article publié par Tageblatt le 30/06/2016

L’écosystème luxembourgeois est mûr pour les Fintechs

La révolution digitale est en marche et le secteur financier est en train de faire sa mue. La question n’est plus de savoir si la révolution aura lieu, mais de faire partie des meneurs. Sur la place financière luxembourgeoise, comme sur la plupart des places financières, l’arrivée des Fintechs, ces sociétés qui mêlent technologies digitales et finance, a d’abord suscité des réactions mitigées. Crainte, incompréhension, résistance initiales cèdent aujourd’hui le pas à la curiosité, l’intérêt et l’enthousiasme.

La place luxembourgeoise est le deuxième centre mondial pour les fonds d’investissement, le plus grand centre européen pour les captives de réassurance et le premier centre de banque privée dans la zone euro. L’heure est aujourd’hui à l’action pour faire de la place luxembourgeoise un des hubs leaders en matière de Fintech. Pierre-Olivier Rotheval, Head of Innovation à la Banque Internationale à Luxembourg, nous donne son point de vue.

On parle beaucoup des Fintechs à Luxembourg depuis deux ans. Où en est-on vraiment ?

Il est vrai que le mot Fintech était sur toutes les lèvres voila deux ans, sans qu’on ne voit les choses se matérialiser. Il fallait que les acteurs de la place, publics et privés, s’emparent du sujet et que l’écosystème « start-up » se construise, bloc après bloc. L’initiative Digital Letzebuerg, lancée par le gouvernement en octobre 2014, a pour objectif de faire du Luxembourg un hub Fintech en créant les conditions favorables à leur développement. Les incubateurs et structures d’accompagnement, privés et publics, se multiplient. Le financement est un autre maillon indispensable de cet écosystème qui prend forme. Le Digital Tech Fund, le fonds d’amorçage annoncé fin 2015 par le gouvernement, est maintenant en ordre de marche. La BIL est d’ailleurs la seule banque à en faire partie.

Les entreprises innovantes à un stade plus avancé de leur développement peuvent aussi accéder plus facilement à des crédits via le mécanisme de la garantie InnovFin. Dans le cadre du Fonds européen pour les investissements stratégiques (Feis) — aussi appelé plan Juncker, nous avons ainsi signé un accord avec le Fonds européen d’investissement pour accorder 60 millions d’euros de financement sur deux ans. Dans ce domaine, nous étudions tous types de projet, Fintech y compris.

Les Fintechs, aujourd’hui, c’est une réalité. L’écosystème luxembourgeois a mûri, il continue de grandir, et les projets se multiplient. Deux entreprises ont reçu l’agrément de la CSSF, SnapSwap, qui opère dans le domaine des paiements de personne à personne, et Bitstamp, l’un des principaux Bitcoin exchange. Ce n’est que le début.

On oppose souvent Fintechs et banques. Comment voyez-vous ces nouveaux entrants à la BIL ?

Ces nouveaux acteurs s’attaquent à notre chaîne de valeur, c’est indéniable. Pourtant à la BIL, nous nous voyons, banques et Fintechs, comme complémentaires, pas comme des adversaires. Les Fintechs sont agiles et ont une capacité à innover supérieure. Nous avons une taille critique avec une base de clients qui nous font confiance et une capacité à opérer dans un cadre réglementaire. Nous voulons accompagner ces nouveaux acteurs afin de voir comment nos propositions de valeurs respectives peuvent se combiner. Nous multiplions les initiatives en ce sens avec la signature de partenariats avec nyuko, le Technoport, Innohub. Et comme expliqué précédemment, nous sommes très actifs dans le financement des start-ups.

Quels sont les atouts et les faiblesses du Luxembourg dans la compétition que se livrent les places pour attirer les start-ups ?

On parle souvent de la petite taille du marché luxembourgeois comme d’un frein. C’est plutôt un avantage. Le Luxembourg est un excellent testing ground, et depuis Luxembourg, les start-ups peuvent aisément internationaliser leurs activités en Europe. De plus c’est une place financière de premier plan : il y a une forte concentration de savoir et d’expertise, et aussi de clients pour ces sociétés.

Cette petite taille facilite aussi les échanges, les interactions. Les relations étroites entre acteurs privés et publics de la place luxembourgeoise font qu’un entrepreneur trouvera plus facilement et plus rapidement les interlocuteurs qui pourront l’aider pour son projet. Les start-ups que nous rencontrons ressentent cette atmosphère favorable à l’entrepreunariat. La réactivité des dirigeants politiques pour adopter les nouvelles réglementations européennes est aussi un avantage. Cela peut donner une longueur d’avance aux sociétés installées au Luxembourg.

Des progrès restent encore à faire en matière d’expertise technologique. Cela a bien été identifié par tous les acteurs, le développement des e-skills fait aussi partie de l’initiative Digital Letzebuerg. L’enjeu est donc de former ces talents, ici au Luxembourg et en grande région, et aussi d’attirer des talents étrangers. Pour notre part, nous avons commencé à former des collaborateurs au développement sur la blockchain.

Quels sont les domaines dans lesquels la place luxembourgeoise a une carte à jouer ?

Le gouvernement a multiplié les initiatives vers les acteurs majeurs des crypto-monnaies. C’est une activité porteuse, mais le nombre d’acteurs à l’échelle internationale est réduit et beaucoup parient sur une concentration du secteur. Cela ne devrait donc pas, à très court terme, générer un afflux de start-ups. En revanche, je vois beaucoup de potentiel pour les Fintechs servant le domaine des fonds, et pour les Regtechs (regulatory tech), en raison de l’importance de l’industrie des fonds et du private banking.

Ces sociétés pourraient apporter des solutions intéressantes sur les problématiques liées aux procédures KYC (Know your customer), AML (Anti money laundering) ou encore MIFID2. Le Grand-Duché a par ailleurs une position pionnière dans le domaine des paiements, et il y a fort à parier que cette expertise continue à se développer sur la Place.

One clap, two clap, three clap, forty?

By clapping more or less, you can signal to us which stories really stand out.