L’entreprise libérée serait-elle le graal, la solution miracle ?

Pas si sûr. En effet, ce modèle très tendance me laisse dubitatif sur de nombreux points.

Dans une entreprise libérée le management est réduit voire supprimé.

Cela suppose que les salariés non managers aient les compétences et l’envie de prendre des responsabilités et d’être en situation de décider. Pour les compétences, certains les ont déjà. Et pour les autres, des formations et un accompagnement le permettront. Mais pour l’envie de prendre des responsabilités c’est autre chose. Je crois que c’est une erreur de penser que tout le monde a forcément envie de prendre des responsabilités au travail. J’ai rencontré des opérateurs en production, des assistantes, des commerciaux très impliqués et compétents qui n’ont pas du tout envie de prendre des responsabilités. L’un d’eux me déclarait “Tout va bien pour moi, je fais mon job du mieux possible. Je ne cherche pas à gagner plus ni à prendre des responsabilités et du galon !” Je me souviendrai longtemps de ce soudeur qui m’a renvoyé dans mes certitudes en me disant que tout le monde ne voulait pas forcément obtenir des promotions et des responsabilités. Que mon raisonnement était celui de quelqu’un qui a fait des études et qui a toujours voulu plus. Pas lui. Cela me rappelait mes cours sur l’ethnocentrisme, (Edgar Morin et Claude Levi Strauss) et ce biais consistant à vouloir analyser les us et coutumes, les comportements des autres avec ses propres repères et son cadre de références. Je crois que ce soudeur avait raison. Alors dans une démarche de libération, que faire des salariés qui ne veulent pas prendre plus de responsabilités ? Si cela se traduit par des licenciements, j’y suis fermement opposé. Mon but dans “Vivement lundi” est justement de développer l’emploi par la performance des entreprises, et par son levier le plus puissant : le plaisir au travail.

Dans une entreprise libérée, la régulation est réalisée par le corps social, par les autres.

L’enfer c’est les autres ! disait Sartre. Si la régulation est réalisée par ses pairs, par les autres salariés, avec des remarques ou des critiques, je trouve cela violent et propre à créer un climat vraiment détestable. Pour que cela se passe dans de bonnes conditions et avec le respect de chacun, il me semble nécessaire de poser clairement les valeurs de l’entreprise et les principes de management et de communication. Il n’est pas simple de faire remarquer à un collègue qu’il ne respecte pas les consignes, le temps de travail… Pour que cela se passe bien, il peut être judicieux de poser les règles et d’utiliser des modes de communication non violents (CNV).

Pourtant il y a du bon dans l’entreprise libérée. Voyons cela.

Donner, redonner du sens et partager une vision

Il n’est pas étonnant que ce mouvement trouve actuellement un écho favorable De plus en plus de salariés et notamment les jeunes, sont en quête de sens. Quelle est la cause, la raison d’être de ma boite ? Pourquoi faire cela ? Les entreprises libérées ont toutes construit une vision partagée incarnée par le Dirigeant. Une vision qui embarque et réduit la fragilisation du sentiment d’appartenance (Denis Bismuth)

Réduire le contrôle inutile et contre productif

Une étude démontre que 50% du temps des managers est consacré à contrôler. La suppression des contrôles, des reporting inutiles et démotivants “désembarquants”, source de stress et de RPS est un bénéfice majeur de la libération. Je crois cependant qu’un certain contrôle est nécessaire si il permet de prendre du recul pour orienter l’entreprise, de satisfaire aux contraintes du législateur (SOX et ces descendants en France) ou pour servir le client.

Développer la reconnaissance et la bienveillance

Trop souvent, la reconnaissance et la bienveillance n’ont pas de place dans la mode de management actuel. Dans les entreprises libérées, la transparence, et les échanges directs horizontaux favorisent la communication entre pairs, entre services, et facilite la reconnaissance et la bienveillance. Moins de silos, plus de relations.

Développer l’autonomie et l’écoute

Voilà à mon sens les 2 concrétisations les plus puissantes et positives des entreprises libérées. C’est celui qui fait qui sait ! (J.F. Zobrist) Oui à condition de l’écouter. Je suis persuadé que de nombreuses entreprises par leur mode de management actuel réduisant l’autonomie et l’écoute passent à coté d’opportunités incroyables, d’innovations, de solutions de réduction des coûts de production, d’opportunités commerciales. Pourquoi ? Par manque de confiance dans les salariés, par manque d’autonomie et d’écoute.

C’est le chemin qui compte plus que le but à atteindre.

Le mouvement de libération des entreprises a le mérite de bousculer les croyances, les certitudes. Aujourd’hui, on parle enfin de plaisir au travail. On remet à plat des concepts complètement dépassés. Taylor est mort il y a 100 ans ! Quand les PME ou les grands groupes ont du mal à recruter et à fidéliser les talents, peut être faut il se poser les bonnes questions. Peut être qu’il y a des pépites à explorer du coté des entreprises libérées et des enseignements à retenir. Libérer une entreprise n’est pas un fin en soi. J’y vois de nombreux dangers et conséquences négatives. Mais se remettre en cause, se poser les bonnes questions oui. Et commencer par se poser des questions est déjà un premier pas sur le chemin.

“Un voyage de mille miles commence par un premier pas.”

Franck Pagny Happyculteur d’entreprises chez Vivement lundi.

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