La cité du simple

La vie est une source d’inspiration inépuisable, si l’on y porte un peu d’attention. Mon attention d’aujourd’hui m’amène à discourir sur la simplicité.

Plus un sujet semble agacer, plus il m’intéresse. C’est qu’il y a là une tension, c’est-à-dire un fil sur lequel tirer pour découvrir avec qu, avec quoi nous luttons.

Aujourd’hui, la simplicité semble agacer. Elle est perçue comme ennemie d’un monde calé sur une croissance infinie, où la consommation joue un rôle essentiel.

Vivre simplement serait se retenir de consommer, se retenir de participer à ce projet de société majoritaire. Vivre simplement est perçu comme un non-consommation, une non-participation, un acte de non-faire. Il s’inscrit en faux face au projet majoritaire. Il est donc bel et bien adversaire. Comme tout adversaire, il doit être vaincu.

Cette représentation de la simplicité, comme volonté de non-participation, est purement issue de l’esprit de la majorité. Cet esprit a conscience de ses principes, et est capable de les définir, c’est-à-dire de tracer une ligne pour déterminer ce qui est dedans et ce qui est dehors. Pour définir deux camps : celui des amis, et celui des ennemis.

La simplicité est victime de cette manière binaire de voir le monde.

La simplicité est rangée avec la paresse, avec la négligence, avec la lâcheté, avec la misère. Elle est rangée avec ces vices par croyance qu’elle ne peut pas être une action volontaire et choisie. Pour ma part, je range la simplicité au rang de vertu, car elle résulte d’un chemin difficile, aux vues des multiples tentations qui composent ce monde et qui nous détournent, pour moi, de nos véritables besoins.

Mais je comprends la majorité en un sens. Si la simplicité est difficile, je comprends que l’on puisse préférer le chemin facile au chemin difficile.

Difficile, la simplicité est également complexe, puisqu’elle ne s’inscrit pas dans le monde binaire posé par la majorité : le bien vs. le mal, le juste vs. l’injuste, etc. La simplicité est complexe car elle s’inscrit dans un espace que j’appelle la cité du simple, où tente d’évoluer chaque jour un Homme que j’ai déjà pu qualifier de souple. Cet homme, nu de toute dualité, évolue dans un espace de tolérance et d’ouverture, accueille autant qu’il donne pour garder l’équilibre.

Son œuvre est simple mais difficile, il doit sans cesse veiller à ne pas retomber dans la dualité. Chaque seconde son équilibre est remis en question.

Sans réponses, il se déséquilibre.

Sans questions, il se déséquilibre.

C’est un Sisyphe de l’équilibre question/réponse. Imaginons-le heureux.