Macron, un populisme autoritaire centriste à la française

Point de ces belles manière en France.
 En France, pays de pouvoir présidentiel fort, pays de parlement croupion réduit au rôle de caisse enregistreuse, les partis politiques ne sont que des machines destinées à prendre le pouvoir en incarnant à leur façon la possibilité d’un consensus ou d’un ordre politique à venir mis en place autours de la personnalité d’un homme fort, d’un chef.

(introduction, sur Stuart Hall)

Stuart Hall en France est quasiment inconnu, et n’est généralement cité que pour faire référence à son apport essentiel aux cultural studies (aucune traduction ne me satisfait). J’écris apport essentiel quand il est en réalité considéré être l’un des, voire le fondateur, celui d’icels en ayant le mieux posé les enjeux et les principes. Mais bon, savoir s’il est fondamental ou fondateur n’aura dans ce billet aucune sorte d’importance puisqu’il demeure en France, de toute façon, totalement ignoré. Pour vous expliquer un peu ce que veut dire par « ignorer Stuart Hall », cela reviendrait un peu à ignorer Locke dans les années 1700, Leibniz dans les années 1720, Montesquieu dans les années 1750, Rousseau dans les années 1770, et Kant dans les années 1800. Etc.
 Cela montre au passage le caractère périphérique de la France dans les débats contemporains. Fut-il connu, lu, débattu et je ne doute pas un instant qu’une lecture critique intelligente de l’ouvrage (essentiel) de Houria Bouteldja, Les blancs, les juifs et nous pourrait avoir lieu, critique au sens noble du terme, à savoir lire et parler de ce livre pour ce qu’il est avant tout: une proposition politique.
 Mais bon, en France, on ne connaît pas Stuart Hall (et donc pas grand monde a pu goûter l’humour corrosif de ce présentateur américain « grand public » , totalement imprégné de références que la France ignore superbement en se cachant derrière un discours d’égalité abstraite perpétuant les inégalités culturelles et raciales héritées de son passé colonial).

Pour revenir à Stuart Hall, tout ignoré qu’il est en France, il est toutefois une référence pour icels qui s’intéressent au « cultural studies », référence que je préfère au demeurant aux « minority studies » auquel on le renvoie avec un aplomb qui n’a d’équivalent qu’un racisme qui s’ignore. Car Stuart Hall était jamaïcain. Et un jamaïcain qui pense et écrit sur la culture ne peut, forcément, qu’exprimer un point de vue minoritaire, CQFD. Et de fil en aiguille, ses promoteurs en France ignorent, ou feignent d’ignorer qu’il était avant tout un marxiste militant, fondateur et promoteur de ce qui s’est appelé la New Left, et qu’il situait les « cultural studies » dans la perspective plus large d’une compréhension du monde et d’une critique radicale du capitalisme destinées à construire une hégémonie culturelle et politique à même de permettre l’anéantissement des systèmes de domination. Le réduire au champs « culturel » est bel et bien une manifestation d’un racisme qui s’ignore, le pire.

On pourrait être tenté de le comparer à Pierre Bourdieu, cela se fait souvent, mais ce serait oublier l’engagement politique continu, concret de Hall, loin des chaires académiques et des débats théoriques, et un soucis particulier de faire vivre le marxisme à l’aune des « cultural studies » en se fondant sur une lecture critique de Karl Marx, tout en ne dissociant jamais théorie et pratique. Stuart Hall doit être regardé avant tout comme un marxiste et un militant que l’engagement a conduit à interroger les lectures devenues traditionnelles, blanches, masculines et ethno-centrées mais aussi empêtrées dans un intellectualisme abstrait des gauches dans les années 60/70.

Quand dans les années 70 les gauches ont du faire face à l’émergence de nouveaux comportements dans les classes moyennes lui étant traditionnellement associées, il a été l’un des très rares penseurs à avoir non seulement les outils intellectuels mais également une critique du moment permettant la création d’un discours politique nouveau.
 Critique et discours qui ont été ignorés tant par la gauche que par l’extrême-gauche, et cela jusqu’à nos jours. En ce sens, l’ignorance qu’il y a eu à comprendre Stuart Hall à la fin des années 70 porte en elle-même toutes les bêtises lues ici et là du discours de Houria Bouteldja et au delà la paralysie conceptuelle, idéologique, pratique et politique d’icels se réclamant de la gauche.

Car bien plus qu’un simple chercheur, et il se distingue à mon avis très nettement de l’attitude professorale de Pierre Bourdieu, Hall n’a cessé de revenir à la politique en l’alimentant de ses recherches. Militant à la gauche du Labour, il ne s’est pas non plus associé à sa gauche « gauchiste » qu’il regardait avec le même regard critique que l’appareil travailliste. Dans les deux cas, il voyait des appareils, des postures, des hommes et peu de femmes, des blancs et peu de noirs, des petits bourgeois et peu de prolétaires, et plutôt que de réclamer une « union des minorités brimées par le capitalisme » d’une certaine extrême-gauche de cette époque, il faisait remarquer que cette situation d’entre-soi des milieux militants de la gauche résidait dans le simple fait d’une totale ignorance que les prolétaires de la seconde moitié des années 70 étaient essentiellement des femmes, que le descendants de l’ancien empire colonial fournissaient le contingent principal du prolétariat dans les grands centres urbains, et que cet embourgeoisement des cadres militants les coupaient non seulement de ce nouveau prolétariat, mais qu’en plus il les coupait, à travers une réthorique auto-justificatrice autours de « la gauche » et du « socialisme », du prolétariat blanc et, en son sein, du prolétariat blanc de classe moyennes qui justement commençait à se dissocier sans vraiment l’exprimer, du prolétariat réel, le prolétariat issu de l’empire au sein des grandes villes et le prolétariat blanc laminé par les grandes restructurations industrielles des années 70 que le Labour avait lui-même initiées et conduites lors de ses passages au gouvernement dans les années 60 (gouvernement Wilson) et 70 (gouvernement Callaghan).

C’est ainsi que quand a émergé Margaret Thatcher à la tête du Tory, et alors que tant les conservateurs et les travaillistes moquaient son style, Stuart Hall sur reconnaitre non seulement une rupture mais également une parfaite mise en phase avec des ruptures culturelles profondes au sein d’un prolétariat morcelé par les évolutions économiques et sociales, et fut un des rares à comprendre ce en quoi elle portait en elle une alternative à un système politique et à un consensus qui se fissurait de partout. Il comprit que loin de représenter une alternative, le Labour était partie prenante de ce consensus, et que les syndicats en étaient le pilier, un pilier qui loin de défendre l’ensemble du prolétariat, n’en défendait plus que certains segments, à l’image de clientèles et de corporations dans lesquelles les nouvelles classes moyennes se reconnaissaient de moins en moins.

Thatcherism, un populisme autoritaire

Pour expliquer ce que représentait cette rupture, Hall inventa un néologisme devenu célèbre depuis. Le Thatcherisme. Jamais en France auteur n’a été à ce point cité en étant aussi superbement ignoré.

Pour Stuart Hall, le thatchérisme se caractérise par le recours à une rhétorique particulière destinée à forger un nouveau consensus politique appuyé sur « le bon sens », les « valeurs », le tout enrobé de l’inéluctabilité de certaines « réformes » destinées à « en finir avec les privilèges » pour « libérer » les « individus » pour leur « donner le choix » et « les responsabilités ». Sounds familiar?
 Ce recours à un vocabulaire tournant en permanence autours de l’idée d’un bon sens qui serait immanent dans le peuple et dans chaque individu était, pour Hall, une nouvelle forme de populisme. Et il est impossible de comprendre comment le thatchérisme a changé la société britannique, et au delà nos sociétés au point de continuer à façonner le débat politique, sans y voir une forme innovante de populisme, entendu comme une alliance politique transclassiste et donc profondément bourgeoise.

Thatcher est parvenue à fédérer dans une forme d’égoïsme social, d’hédonisme et de satisfaction de soi, des groupes sociaux qui auparavant étaient opposés (au temps de l’hégémonie idéologique du socialisme forgé par des décennies de luttes), à savoir la grande bourgeoisie financière, la moyenne bourgeoisie urbaine et rurale, les classes moyennes en col blancs (le bloc traditionnellement proche du parti conservateur) et des pans non négligeables de la fraction supérieure de la classe ouvrière blanche jusqu’alors acquise au Labour et désormais engagée dans une différenciation culturelle individualiste d’avec la classe ouvrière réduite au chômage et d’avec les prolétaires de couleur.

Face à elle, il sut voir que le Labour et l’extrême gauche, loin de se remettre en cause et revoir totalement leurs outils d’analyse en les frottant à la réalité, préfèreraient le « coup de barre à gauche ». Et il savait parfaitement qu’on ne briserait pas une construction idéologique alternative forte, un réel populisme reposant sur des évolutions culturelles et des représentations nouvelles, sans interroger la réalité, à savoir que le Labour était lui-même en partie un des éléments centraux d’un consensus qu’une majorité de la société britannique était prête à remettre en cause.

Si la défaite du Labour en 1979 a bel et bien été sans équivoque, la bérézina de 1983 a sonné comme une condamnation sans appel du vieux Labour. Mais plutôt que de conduire le Labour à se remettre en cause, cette défaite a d’abord été mise sur le dos de la guerre des Malouines avant, in fine, de servir de prétexte à une offensive tous azimut de l’appareil central du Labour soutenu par son aile droite.

Le Labour a alors fait la chasse à sa gauche, les « trotskystes », avant d’adopter une politique prenant acte du nouveau consensus thatchérien, sans parvenir à gagner aux élections de 1987 qui, avec une troisième victoire du Tory mené par Margaret Thatcher, a été vu comme la véritable victoire du populisme autoritaire thatchérien, de cette façon de gouverner brutale et sans concession, contre l’approche consensuelle « social-démocrate » du Labour recentré de Neil Kinnock.

Ce dernier, plutôt que d’abandonner les rênes du pouvoir, a été reconduit à la tête du parti et a accéléré sa transformation pour, aux élections de 1992, mener une campagne à l’américaine, coûteuse et clinquante, sensée incarner le renouveau du travaillisme parti en guerre contre le nouveau premier ministre impopulaire John Major mais avec, sur le fond, une ligne politique très floue, entre deux eaux.
 Et pour cause. Tout, tout sauf remettre en cause ce consensus individualiste, égoïste de l’autoritarisme thatchérien confirmé par trois élections et enraciné dans l’Angleterre profonde, fait de baisses d’impôts, de privatisations et d’accès à la propriété acclamés par un bloc disparate mais essentiellement blanc et interclassiste.

Là encore, le Tory a gagné, non pas par adhésion, exactement comme en 1983 et en 1987, mais parce que l’électorat des classes moyennes « centristes », qui ne l’aimaient pas, avaient des doutes sur les intentions du Labour en matière d’impôts et de re-privatisations.

Blairism, le centrisme

C’est alors, et alors seulement qu’un groupe a émergé du Labour pour remettre en cause une fois pour toutes le « vieux Labour ». Et ça a été le groupe qui en 1993/95 a pris le Labour et imposé un agenda qui ne résidait pas en un toilettage par un recentrage sur les fondamentaux comme l’avait fait Kinnock, mais sur une adhésion nette et sans aucune concession au consensus du thatchérisme.

Blair s’est employé à récupérer les classes sociales autrefois proche du Labour et qui avaient participé au consensus thatchérien à travers les baisses d’impôts et les privatisations en s’engageant à ne pas augmenter les impôts ni re-nationaliser. Mieux, il a coupé le lien entre le Labour et les syndicats, une aberration historique quand on sait que le Labour avait été créé par les syndicats. Pour Blair, le groupe central de sa politique, c’était cette classe. Il savait pertinemment que l’électorat traditionnel du Labour voterait Labour quelque soit la plateforme, mais que ce groupe charnière, ce groupe social clé, blanc, localisé principalement dans l’Angleterre du Sud, serait la clé de la victoire. Pour le séduire, Blair a donc décidé de transformer le Labour en parti de l’entreprise, des créateurs, de la nouvelle économie, de la réforme, de la souplesse, du changement et de l’Europe. Sounds familiar too?

Blair a gagné sur un consensus dit « au centre », présenté comme la seule alternative possible au conservatisme et baptisé « radicalisme centriste ». Sounds familiar? Il a gouverné en jouant du bâton d’un retour à la droite dure thatchérienne en épousant les principales caractéristiques du thatchérisme.

Quand on écoute les discours de Tony Blair ou ceux d’Emmanuel Macron, on est surpris par le même interclassisme, par exactement le même glissement idéologique, caractérisé en France par cette alliance de la bourgeoisie et de la classe moyenne « catholique zombie » analysée par Emmanuel Todd, déjà bien engagé avec les socialistes mais cette fois totalement assumé comme ça a été le cas avec Tony Blair après Kinnock.

Blairisme & Macronisme: le cas français

La particularité du cas français réside toutefois dans l’inexistence, dans le temps long, du Parti socialiste.
 Historiquement, le PS ne représente rien, n’a jamais été un parti politique fort, mais beaucoup plus un parti de notables. Il n’y a pas de réelle tradition du socialisme démocratique en France, seulement un parti. Le vrai parti de la gauche, en France, avec une histoire, une tradition, un enracinement, ça a été le Parti Communiste, héritier dans le temps long d’une histoire remontant à la révolte des canus, à 1848, à la Commune, à la grève entre la guerre, au Front Populaire et à la résistance. Je l’écris avec d’autant plus de sincérité que j’ai milité au PS et non au PCF tout en ayant toujours eu conscience de cette histoire ancienne, de ces racines et de ces noms prestigieux. Une histoire qui rend d’autant plus douloureuse la trahison stalinienne et le suivisme de l’appareil.
 Ce PS sans temps long, c’est le produit d’une histoire qui remonte à 1920, quand la majorité des militants de la SFIO a créé la SFIC, futur PCF. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de grand socialistes, mais jamais ce parti n’a été enraciné, jamais il n’a réellement représenté le prolétariat, jamais il n’a été dans les luttes sur la durée. Si on lui doit les congés payés et les 35heures, on lui doit aussi les CRS et la guerre en Algérie. Jamais le PS n’est parvenu à se reconnecter à cette histoire pour pouvoir trouver un sens. Seul l’éphémère PSU s’y est essayé, très vite torpillé par la SFIO rebaptisée PS par François Mitterrand, bien décidé à devenir président de la république.
 Le PS n’a été que l’outil d’une ambition, d’un calcul politique, celui, certes brillant, de François Mitterrand, mais rien d’autre, si ce n’est une survivance dans le temps avec un épisode qu’il faudra un jour vraiment étudier, la parenthèse Jospin, qui a véritablement été une tentative, la seule, de donner du corps et du sens à ce qui se révèle n’être qu’une coquille vide remplie d’apparatchiks et d’élus sans idéologie, ni principes, ni intelligence politique, imbus d’eux-mêmes et toujours prompts à se transformer en petits caporaux du capital et du néo-conservatisme atlantiste quand ils ne s’adonnent pas aux coups de mentons à peu de frais contre l’islam ou les prostitué.e.s.
 Bref, faire sans le PS n’était pas si difficile pour Emmanuel Macron.

Tel n’est pas le cas du Labour qui s’enracine dans l’histoire britannique des 150 dernières années. Le travaillisme est né des syndicats, pendant longtemps syndicats de lutte de classes, mais prêts aussi à des compromis politiques destinés à améliorer les conditions de vie ouvrière véritablement monstrueuse à l’époque victorienne. Le travaillisme est un socialisme atypique, une branche particulière du mouvement ouvrier, qui pouvait être aussi radicale que le socialisme continental, mais sans vraiment porter une utopie ni ambition de transformation radicale de la société; le Trade Unionisme était pragmatique sans s’empêcher d’être radical, et c’était la pratique syndicale elle-même qui était considérée comme l’ébauche du socialisme. A certains égards, le trade unionisme était dans la pratique très proche de la pratique du PCF au 20ème siècle. Une grande famille.

C’est cela qui a conduit ce mouvement strictement syndical à créer son propre parti quand il a compris que le parti libéral, l’équivalent britannique des radicaux, n’iraient jamais au delà de l’humanisme bêlant, et que seul un parti politique pourrait être a même d’imposer un agenda favorable à la classe ouvrière au parlement: le suffrage universel, un impôt progressif, la journée de 8 heures et la semaine de 40 heures.

Ce n’est qu’au cours de sa longue histoire que le trade unionisme s’est imprégné des idéaux du socialisme continental. L’âge d’or de ce socialisme travailliste reste le gouvernement Atlee, entre 1945 et 1951. C’est ce gouvernement qui a nationalisé, créé des minimums, bâti des logements sociaux, donné des droits syndicaux, et surtout créé le National Health Service, le service public de santé avec sa médecine gratuite que tous les gouvernements depuis Thatcher ont tenté de réformer, de privatiser, sans résultat. Trop profondément ancré.

Pour Stuart Hall, fidèle à la tradition du socialisme britannique, le NHS donne une idée de ce qu’est une société libérée de l’argent, il tisse des liens entre les individus, il fait société, là où le populisme autoritaire thatchérien ne voit que des individus, et là où le blairisme ne voit que des consommateurs capricieux.
 Longtemps, Stuart Hall, et avec lui la New Left, a prêché dans le désert qu’un des fondements centraux pour rebâtir la gauche serait le NHS. Il semble que finalement le Labour de Corbin ait entendu le message, trop tard, bien trop tard et de façon très incomplète, et c’est très intéressant de constater que les populistes démagogiques qui ont fait campagne pour le Brexit ont mis en avant la défense du NHS, tout comme récemment Theresa May a décidé d’y injecter de l’argent public.

Le Macronisme, un nouveau bonapartisme

J’ai longuement développé au sujet du Royaume Uni parce que la France n’est pas une île isolée du monde et elle a elle même à sa façon fait son évolution vers le populisme autoritaire centriste, une évolution ébauchée sous François Hollande et définitivement actée avec Emmanuel Macron qui a profité de l’inexistence réelle d’un courant socialiste structuré pour l’imposer en dehors de tout parti en créant son propre parti, comme de Gaulle. Ce qu’à fait Macron, jamais Tony Blair n’aurait pu le faire, il lui a fallu le faire dans le Labour.

Car en France, pays de pouvoir présidentiel fort, pays de parlement croupion réduit au rôle de caisse enregistreuse, les partis politiques ne sont que des machines destinées à prendre le pouvoir et incarnant à leur façon la possibilité d’un consensus ou d’un ordre politique à venir mis en place autours de la personnalité d’un homme fort, d’un chef. La cinquième république, c’est une conception impériale, paternaliste, bonapartiste et maurassienne à la fois, quasiment putschiste du pouvoir d’un homme, avec la société qui doit plier à ses injonctions et à la dictature d’une « majorité » réduite au rôle de caisse enregistreuse. Le spectacle affligeant des 360 béni-oui-oui de la République en Marche lors du débat de la Motion de censure du 31 juillet, applaudissant et se levant tous en cœur en a offert le spectacle caricatural, bien loin du sérieux et des joutes idéologiques pointues du parlement britannique, infiniment plus démocratique malgré le pouvoir important du premier ministre et le caractère profondément oligarchique du pouvoir économique.

Nous avons donc depuis un an un président autoritaire et « centriste », de la droite décomplexée (« en France, le centre, c’est la droite », et la vraie droite se caractérise, elle, par un certain nombre de freins moraux que la bande à Macron ignore complètement au nom de « l’efficacité »), dans le sens où il est le gardien du consensus mis en place avant lui mais dont il entend bien achever la mise en place. Exactement comme de Gaulle, et Napoléon III, et Napoléon 1er avant lui.

Il adopte la même rhétorique blairiste. Mais. Mais sans le caractère « cultural studies », car pour s’imposer, et avec l’aide d’Anthony Gidden le théoricien de la « troisième voix » (le « nouveau monde » du « New Labour »), il a opéré une sorte de mix d’idéologies qui avaient prospéré dans l’opposition et qui depuis le départ de Blair continuent de s’exprimer dans cette idéologie du populisme centriste en s’affaissant et s’abâtardissant à chaque fois jusqu’à donner Emmanuel Macron, cette sorte de coquille clinquante au premier abord et ne reposant sur rien, voire son propre contraire, à l’arrivée. Qui dont un jour aura l’audace et le courage de dire que le seul qui en France a tenté la synthèse blairiste, sans l’abatardir mais sans aucune conviction non plus était… Nicolas Sarkozy, époque 2006/2008?

Troisième voie, « new labour » et « nouveau monde »

Tony Blair a ainsi promu des politiques de quotas de femmes, de minorités ciblées, d’« affirmative action », et cela ouvertement, sans aucun complexe. Tony Blair parlait de races, d’origines et de sexualités sans tabou (Barack Obama également) pour promouvoir une intégration au sein du consensus d’économie de marché. Blair était l’ami des rappers, des rockeurs, des homosexuels, des malades du cancer (on se souvient encore de sa ministre Mo Mowlan, opéré d’un cancer et revenant à son poste sans cheveux ni perruque…), des malades du SIDA… Je me souviens des annonces de la police en 1999, « nous encourageons les candidatures des Sikh et des jamaïcains ». Au bloc social « blanc » thatchérien, la troisième voie ajoutait des touches de couleur sensées démontrer le caractère égalitaire du libéralisme économique.

Car Blair était avant tout, comme Macron, un ardent défenseur de l’économie capitaliste comme fondement même d’une société forte et prospère, ouverte à toutes et tous, respectueuse des modes de vies et des traditions. Sans tenir compte des critiques des conservateurs, il a été le premier à reconnaître les crimes de l’empire britannique, à formuler des excuses.
 Comme je l’ai dit, Gidden et lui-même étaient persuadés que ce type de promotions d’idées jusqu’alors promues par la New Left renforcerait la société britannique en la rendant plus forte et inclusive. Pour Blair, le multiculturalisme était soluble dans l’économie de marché. Et c’est vrai, partiellement, il l’est, en tout cas tant que le bloc social charnière blanc ne se sent pas menacé

C’était cela, cette « cool Britannia » de Blair. Et c’est là que l’on peut pointer la différence la plus profonde avec le marcionisme qui, sur ces sujets, se rapproche beaucoup plus de Margaret Thatcher, une bonne dose d’hypocrisie en plus.
 Imaginez, en France, un politique qui tiendrait compte des luttes indigènes, ferait la guerre aux bavures policières, vous savez, les récépissés de contrôles de police, mettrait en place des quotas pour promouvoir des noirs, des asiatiques, des arabes, abrogerait la loi sur le foulard et défendrait même la présence de femmes avec un foulard à la télévision publique au nom de la richesse de la société française, de sa créativité et de son inventivité. Un tel président pourrait très bien avoir une politique « centriste », antisociale à certains égards, ce type d’approche multiculturelle renforcerait son assise et lui garantirait la réélection tout en renforçant le consensus transclassiste libéral et en valorisant l’égo des classes moyennes blanche en faisant de la France une sorte de grand New-York cool et branché, vous savez, le genre de truc qui leur plait et leur donne une allure de gauche à pas cher.
 C’est exactement ce qui s’est passé au UK, et il a fallu la guerre en Irak pour que Blair et le Labour en perdent tout le bénéfice. Ben oui, le « multiculturalisme cool » n’en reste pas moins un auxiliaire de l’impérialisme, du capitalisme.
 Justin Trudeau est l’héritier de ce type de politique, et David Cameron, le successeur Tory du New Labour, en a repris la plupart des éléments à son compte pour battre le Labour.

De cette approche, Macron est l’ultime version, totalement abâtardie et dégénérée, vide, parce que malgré son talent certain à faire briller son vide en bon acteur face à la rédaction de Mediapart qui ne demandait elle même qu’à se faire briller par « la hauteur de ses réflexions » en le ripolinant d’intellectualisme d’étudiant de classe préparatoire qui a des amis de gauche avec qui il boit des pots en parlant philosophie, sorte de Mitterrand de pacotille face à un ersatz de Pollac, Macron se révèle incapable d’incarner quelque chose qui pourrait être un équivalent du blairisme. Il n’est pas Blair, et il n’est même pas Thatcher. Bonaparte lui convient bien mieux.

Si certain.e.s regardent Blair comme rien du tout, ces mêmes doivent reconnaître que Macron n’est même pas Blair. Macron est une sorte de Hollande en plus sexy et en plus mince, avec des fesses boudinées dans son pantalon tube bleu pétrole, une sorte de Sarkozy décomplexé quand à sa politique et moins porté sur l’argent, imbu de sa personne et visiblement très heureux de se regarder dans le miroir de sa femme.
 Le « nouveau monde » se révèle avant tout (et contrairement à la « troisième voie » pensée dès le départ comme une synthèse de différents courants de la gauche anglaise autours d’une adaptation « cool » du consensus thatchérien), comme un pur produit de marketing, une coalition sans aucun projet si ce n’est d’achever la mise en place du consensus thatchérien dans la société française.

Un populisme centriste autoritaire

Il est l’ultime avatar du populisme autoritaire thatchérien et de son acclimatation centriste. Sa rhétorique populiste, dont on a vu dans l’épisode Benalla un nouvel exemple, réduisant sa propre responsabilité à un complot de l’opposition et de la presse qui ne seraient « pas remis de sa victoire », achève de mettre en piste ce qui s’achèvera par la victoire d’un autre populisme, le populisme démagogique dont des pans entiers auront été inaugurés sous Emmanuel Macron.

Le populisme centriste autoritaire macronien installe la politique du coup de menton au centre du débat, elle se fait critique à l’égard de tout ce qui le conteste. Quand dans les années 70 le Programme Commun de la gauche proposait des nationalisations, la droite disait que cela ruinerait l’économie et créerait du chômage. On peut ne pas être d’accord, mais cela reste des arguments.
 De nos jours, quand un opposant propose quelque chose, le pouvoir accuse de complot, de « populisme », de mensonge et renvoie à… Houria Bouteldja devrait aller vivre en Arabie Saoudite, Jean-Luc Mélenchon devrait aller au Venezuela, Marine Le Pen devrait avoir honte de son père et la droite ferait mieux de se taire puisque Macron fait ce qu’elle voulait faire et n’a pas osé faire. Jolis, les arguments, non?
 C’est à force de réduire la conversation politique à ce niveau indigent que le discours le plus simpliste finit par s’imposer. Trump, Orban, Le Brexit, Salvini… Emmanuel Macron n’est en fait qu’un apéritif en attendant la victoire du Trump français. À moins qu’il ne soit déjà ce Trump, tant sa politique est conservatrice et autoritaire, le discours de sauveur de la France absolument dément et démagogique.

Populisme(s) ou démocratie

Les analyses de Hall restent pertinentes pour qui veut repenser, recréer l’espace d’une politique anticapitaliste mais également promouvoir par la même occasion une véritable offensive sur la question de la liberté par une réappropriation du mot lui-même, vidé de son sens depuis près de 40 ans. Un mot incroyablement central dans l’histoire des luttes sociales et politiques en France.
 Parce que tout libéral qu’il se présente, le libéralisme, le capitalisme, le populisme autoritaire thatchérien ou centriste sont dans les faits des ennemis de la liberté.
 Caméras de surveillance, brutalité sociale qui réduit les individus à de simples choses obligées de s’adapter au risque de périr, imposant partout le temps rapide de la marchandise contre le temps long qui fait les sociétés pour à l’arrivée ne laisser que des montagnes de déchets, de friches industrielles, de souffrances impuissantes débouchant sur des violences gratuites et futiles, comment peut-on encore penser que notre société est une société de liberté…
 Les migrants venant du Sud, victimes des échanges inégaux imposant des monocultures de la palme, du café et livrant les producteurs à la prédation des marchés financiers et à la voracité gourmande égoïste des consommateurs du nord, proie faciles de ces guerres où nous vendons pour des centaines de milliards d’euros d’armements en armant nous-mêmes les belligérants des deux côtés, quelle est leur liberté quand en plus de ces souffrances dans lesquelles nous les enfermons nous leur refusons l’accès à un peu d’une vie normale en les laissant mourir près de nos côtes, quand nous les refoulons ou les parquons au Maroc ou ailleurs… Et que dire de l’immoralité du pouvoir macronien qui s’enrobe de grands discours « humanistes » quand dans les faits il fait la politique de Marine Le Pen contre laquelle il était sensé avoir été élu.

Les débats des commissions parlementaires auraient pu permettre, si nous avions eu une réelle réflexion politique critique sur la liberté, de souligner une réelle ligne de fracture, d’imposer une autre lecture.

Le populisme autoritaire centriste macronien a imposé une ligne factice « pour ou contre l’Europe », « ouvert contre fermé », « conservateurs contre progressistes », vidant au passage ces derniers termes comme tous les autres de leur sens pour n’en faire à l’arrivée que des slogans publicitaires aussi foireux que le rasage et la cravate du sbire élyséen Alexandre Benalla.
 Moi, j’ai une autre ligne de fracture en tête, et les débats des commissions d’enquête me confirment dans cette conviction: république, ou démocratie sociale? Vieux débat, il remonte à 1848 et 1870…
 Car le plus intéressant dans cette lecture, c’est que dans les contres, je peux mettre Marine Le Pen, Les Républicains, La République En Marche, Caroline Fourest, Alain Finkelkraut, Éric Zemmour, une bonne partie du PS et de la gauche, et et même certains dans La France Insoumise voire de l’extrême-gauche.

République autoritaire contre démocratie

La vraie cassure au niveau institutionnel, ce pourrait être République contre Démocratie. Pas à l’américaine. Mais bel et bien inscrit dans le cadre et l’histoire de la France, car en France, si l’oligarchie a fini, résignée, en 1870, par accepter la république, jamais, jamais elle n’a accepté les contre-pouvoirs, leur séparation et leur totale autonomie dans leur égale équivalence de pouvoir et d’influence garantis par la constitution. En France, le parlement n’a quasiment aucun pouvoir. En France, la justice est souvent sous influence. En France, les régions et pays historiques sont devenues des espaces niés, triturés et re-triturés devant se plier aux désidératas du pouvoir central. Le cas de l’Alsace, fondue dans un magma sans forme de « grand est » a été une véritable caricature à cet égard, les Outre-mer subsistent comme les derniers vestige d’une empire qui ne veut pas crever au déni total des droits de leurs populations à qui on promet régulièrement le « développement » avec le même mépris que les bourgeoises qui vont « s’occuper de leurs pauvres ».

La France, c’est une démocratisation inachevée, c’est une conception centralisée, impériale du pouvoir. C’est une nation imposée d’en haut et non construite sur l’adhésion de citoyens libres.

Or, on le voit avec ces commissions d’enquête et le réel succès qu’elles rencontrent (allez sur YouTube et vous constaterez qu’elles ont été suivies par des millions d’internautes), il y a une réelle demande de contrôle et mieux, de réelles capacités de contrôle. Je pense même qu’un des succès de En Marche était la « promesse » typique du consensus thatchérien de donner « plus de responsabilités ».

Or, et c’est là que la lutte pour la démocratie s’inscrit dans la perspective plus large du socialisme, c’est qu’en soit il n’y a aucune raison d’arrêter cette lutte pour la démocratie aux portes des entreprises. Le NHS est un embryon de la société future, il fait société. La démocratie est la promesse de la disparition du pouvoir. Je ne parle ici ni du NHS achevé car il n’est pas achevé. Je ne parle pas de la démocratie du bulletin de vote, mais de l’ambition du pouvoir de la société sur elle-même.

En France, la lutte pour la démocratisation est un des principaux outils de lutte contre le glissement de nos sociétés vers un populisme brutal et raciste après avoir abdiqué notre pouvoir à l’égoïsme social du populisme centriste.

Et si je dois faire le lien avec les luttes indigènes, je le fais là exactement.

Dans le débat sur la question démocratique, il est impossible, pour n’en prendre qu’un simple exemple, de ne pas aborder la question de l’exercice de la citoyenneté. Pourquoi une femme de ménage sénégalaise ne pourrait-elle pas voter? Elle paie ses impôts, elle utilise les transports publics, elle envoie ses enfants à l’école. Pourquoi, simplement parce qu’elle n’est pas française, ne pourrait-elle pas elle aussi choisir, participer à la délibération et décider? Et je ne parle pas ici des élections locales, je parle de toutes les élections.

Dans ce débat, il n’est pas possible de ne pas aborder la question du rôle, de la place et de la fonction de la police. Il est impossible d’être exigent vis à vis des populations, notamment dans les quartiers populaires, sans être exigent avec les forces de l’ordre qui sont bien souvent regardées comme des forces de désordre par la population. Combien de crimes impunis appelés bavures, assorties du mépris de l’état envers les familles quand ce n’est pas même le harcèlement contre les familles comme c’est le cas pour la famille de Adama Traoré.
 Trop souvent, la police est réduite à n’être qu’une sorte de voiture balai destinée à garantir le calme d’une société devenue brutale, violente, complètement déstructurée par la société d’économie de marché. Chômage, égoïsme social érigé en vertu par la grâce des baisses d’impôts et du « ruissellement », amnistie régulière des fraudeurs fiscaux dont les délits se chiffrent en centaines de milliards d’euros et publicités « cool » des grandes multinationales ventant la trasngression, comme cette publicité Nike il y a une quinzaine d’années, des jeunes jouant à un grand carrefour à New York et semant une véritable zizanie, des jeunes noirs of course. Essayez donc de faire ça, surtout si vous êtes noirs. Et racontez moi donc le résultat… A noter que les actionnaires de ces grandes boites sont les mêmes qui fraudent les impôts et qui financent les hommes politiques des gouvernements qui couvrent les bavures policières… Just saying.

Enfin, il est impossible de parler de démocratie sans remettre en cause la légende nationale, l’histoire de l’empire, ni constater comment cet empire continue aujourd’hui de structurer notre imaginaire ainsi que notre réalité et notre confort, les guerres menées en notre nom, et jusqu’aux barres de chocolat pas cher qu’on grignote avant d’en jeter la moitié, afin de pouvoir envisager une rupture réelle avec ce passé ainsi qu’un autre rapport au monde et à nous même. C’est d’autant plus urgent que l’effondrement de notre civilisation, ou en tout cas sa transformation profonde, lié à la raréfaction des ressources, à l’extinction massive des espèces animales, au vieillissement de la population des principales puissances dites développées, aux pollutions ainsi qu’aux conséquences du réchauffement climatique nous expose à des menaces de guerres et à un glissement vers des régimes de plus en plus totalitaires destinés à sauver ce qui pourra l’être, c’est à dire le pouvoir et les privilèges des riches.

L’affaire Benalla démontre que le régime d’un seul est nocif, archaïque. Ont ré-émergés ces derniers jours les histoires passées, glauques, notamment celles du pouvoir gaulliste ou mitterrandien. Le SAC, le Rainbow Warrior.

Macron gouverne comme les autocrates qui l’ont précédé. Il a visiblement organisé avec Bénalla, Crase et d’autres certainement une sorte de brigade rapprochée destinée aux basses besognes. Ironie quand on sait que beaucoup de ses électeurs ont voté pour lui pour éviter des milices lepénistes…

L’instant Benalla devrait donc nous conduire à regarder la présidence d’Emmanuel Macron pour ce qu’elle est, une variante abatardie, intellectuellement très pauvre, de son modèle originel, le populisme centriste ayant caractérisé les 10 années de New Labour sous la direction de Tony Blair. Et pour comprendre que ce type de gouvernement, en accentuant les fractures — économiques, sociales et culturelles — entre les groupes sociaux intégrés à l’économie mondialisée et ceux qui ne le sont pas, en imposant un discours simpliste basé sur le « c’est nous ou ce sera la merde », conduit inévitablement les groupes exclus du consensus central à renforcer un narratif politique alternatif dans sa représentation du monde sans remettre en cause le caractère interclassiste et autoritaire, populiste du mode de gouvernement entraînant, pour, à la première crise économique ou politique, agréger certains groupes sociaux participant au consensus acquis au « populisme macronien » à la nouvelle proposition d’un « populisme démagogique » de type Trumpiste, en sachant que pour les populations indigènes le manque de perspectives politiques, sociales et économiques ainsi que l’instrumentalisation de l’islam au sein du consensus centriste et négation de la réalité des crimes racistes et des bavures policières, conduira inexorablement à une abstention de masse de ces populations (c’est ce qui s’est passé aux USA).

La gauche, je veux dire par là, celles et ceux qui s’en réclament, feraient bien de comprendre rapidement ce en quoi la question démocratique croise la question raciale et la question économique de façon fondamentale. Ce n’est pas une question de « convergence des luttes ». C’est une question de perspective politique.
 La perspective démocratique est le coeur de cette perspective alternative car aborder la question démocratique, c’est aborder la question de l’égalité politique effective des individus entre eux ainsi que des différents groupes, communautés, régions, langues, religions, histoires et territoires qui fondent le corps civique non pas comme une somme d’individus indifférenciés tenus par un état nation centralisé et fort, mais comme un maillage dans lesquels les individus entretiennent une multiplicité de liens et réciprocités, la définition même de la démocratie.
 Mais la clé est la question raciale. Casser l’hégémonie idéologique blanche au sein de la gauche, entendue comme sa centralité, au risque de défaites et d’incompréhensions à court terme dans les milieux populaires blancs, c’est se donner sur la durée les moyens de luttes émancipatrices nouvelles qui, en libérant celles et ceux qui vivent sous le joug de « races » qui leur ont été imposées par le monde blanc (et par race, je le rappelle, on entend une construction sociale contre laquelle nous pouvons lutter), créeront les conditions d’une égalité effective dans la définition et dans la mise en oeuvre d’un projet politique démocratique. Il est fort probable que notre femme de ménage sénégalaise habite dans la même cité pourrie avec les mêmes transports de merde et les mêmes classes surchargées que madame Dupont, et casser chez madame Dupont son sentiment d’appartenir à « la France » comme une supériorité, c’est créer les conditions de leur union politique et c’est faire comprendre à madame Dupont que toute sénégalaise qu’elle est, madame Wade est aussi légitime qu’elle pour réclamer, revendiquer et qu’à deux, elles sont plus fortes. C’est cela, la nouvelle frontière de la démocratie, le vrai remède contre le nationalisme et le péril du populisme démagogique.

C’est urgent. La prochaine défaite sera une défaite majeure. Pour la démocratie. Pour les populations racisées. Pour les travailleurs et les populations précaires. Et cette défaite ne sortira pas de nulle part, elle sera le produit du consensus politique et social né dans les années 70 et que Stuart Hall avait appelé le thatchérisme, un consensus devenu aujourd’hui dominant à l’échelle planétaire. Emmanuel Macron en est en France l’un des avatars et sa rhétorique méprisante à l’égard des contres-pouvoirs, de l’opposition, des pauvres, des illétrés, des chômeurs, sa politique brutale et arrogante, la banalisation sous sa présidence d’une parole islamophobe décomplexée préparent sans aucun doute possible la victoire de la forme aboutie du thatcherisme: le populisme démagogique autours d’un consensus petit blanc chauvin, comme aux USA, en Italie, en Hongrie, au…

Sur / de Stuart Hall
 The Kilburn manifesto Je ne suis pas totalement convaincu par tout, mais cette série d’articles est un peu comme le testament politique de la New Left à l’aurée des années 2010.
 Fiche Wikipédia (en anglais)
 Article universitaire très succinct (revue Mouvement, 2007 / CAIRN)
 Article dans The New Republic
 Le populisme autoritaire. À lire absoluement, et en plus c’est traduit!

Thatcher, c’est Thatcher qui en parle le mieux.
 The Margaret Thatcher Fondation. Ma bible, je pense avoir lu tous ses discours de 1973 à 1982. Connaître la bête…

Sur Emmanuel Macron et Tony Blair: comment le “nouveau monde” est un pur pompage abatardi du “new labour”
 1997 New Labour Manifesto. C’est le même “programme”, les mêmes tournure de phrases, mais en beaucoup plus pauvre. Emmanuel Macron joue à l’intellectuel mais a un esprit assez banal. Blair jouait de la guitare, mais a un très brillant esprit.
 Publicité New Labour visant délibérément la classe moyenne supérieure (pour se faire plaisir)