¡Riégueme!

Que calor…

Quelle chaleur, mais quelle chaleur… Chaque jour nous frôlons voire dépassons les 35 degrés, le soleil tape fort, très fort et la nuit elle même reste très chaude, proche des 30 degrés. Le corps récupère difficilement, une espèce de fatigue et des courbatures dues à la climatisation absolument partout. Chez moi, je limite à 28, je descends parfois une trentaine de minutes à 27, et j’utilise un ventilateur pour faire circuler l’air. Partout, les gens n’hésitent pas à descendre à 25, 24 et on a l’impression de vivre dans un frigo. En réglant à 28, ma facture d’électricité ne prend que 5 ou 6 euros par mois, ça reste raisonnable. Il y a 10 ans, je faisais comme tout le monde, et ma facture s’alourdissait de 50 ou 60 euros.

J’aimerais ne plus utiliser la climatisation que dans des cas extrêmes, mais les maisons actuelles ne sont pas du tout adaptées au climat, et alors on étouffe. Les anciennes maisons laissaient l’air circuler partout, désormais il stagne et on cuit. Quelle bêtise, adopter des traditions qui ne collent pas au climat sous couvert de modernisation. C’est comme porter un costume en été. Autrefois, les japonais se promenaient en été quasiment nus sous leur yukata, ils devaient se sentir bien plus à l’aise. Les arabes du Golfe ont bien raison de garder la robe.

J’ai d’ailleurs été surpris et ravis, lors de mon dernier stop-over à Dubaï l’hiver dernier, de voir les constructions nouvelles du quartier de Creek, toutes dans le style et les techniques traditionnelles de l’habitat aride et chaud de la région. C’est un quartier qui s’agrandit, et même si c’est pour devenir à terme une sorte de quartier touristique avec musées et restaurants libanais où l’on mange sur des tapis en regardant le fleuve qui se jette dans la baie éclairés par des bougies, vous voyez un peu le style, il n’en reste pas moins que j’ai trouvé ces ruelles qui s’entassent entre des maisons de deux ou trois étages à la couleur ocre, construites selon les techniques anciennes, totalement ravissantes, et j’ai pensé aux innombrables débats en Algérie sur la préservation de la Casbah.

Il ne faut pas « préserver la Casbah », il faut l’étendre, construire dans les techniques traditionnelles, et en agrandir le territoire, et en construire de nouvelles. Dubaï le fait, et le résultat est incroyable. On dépasse la préservation, qui est forcément une muséification, avec la gentrification qui va avec, pour aborder la réappropriation de codes anciens totalement compatibles avec une vie contemporaine, en y gagnant en sociabilité et en adaptation aux climat.

Les maisons de Dubaï font circuler l’air à partir du toit jusque dans toute la maison. J’ai vu un reportage sur Ghardaia, il m’a semblé comprendre qu’on y utilisait traditionnellement la même technique.

Tout ça pour dire que chez moi, en été, sans l’air conditionné, j’étouffe.

Carmen Maura… Dans ce film de Pedro Almodovar, et particulièrement dans cette scène, quelle grande actrice! Dans La Loi du Désir, j’aime deux scènes. L’une d’elle, elle marche dans le long couloir de l’hôpital, vêtue de blanc, le pas rapide, son des talons et réverbération, et la caméra avance vers elle, urgence, gravité. Elle est superbe. Et l’autre c’est celle-ci. Qui n’a pas rêvé une fois, un soir d’été et alors qu’il fait chaud, de s’asperger d’un jet glacé jusqu’à ressentir le froid. Tiens, tous ces gamins de cités pointés du doigt par la presse blanche de classe moyenne petite bourgeoise, eh bien c’est exactement ce qu’ils font, ils répondent au besoin physiologique qu’il y a de refroidir son corps quand il fait trop chaud.

Et là, voilà Tina (Carmen Maura), qui libère son instinct et demande à l’employé de la voirie de l’asperger, en un cri sauvage, sensuel, sexuel, sous les yeux ravis de son frère (Eusebio Poncela) et de la fille d’une amie.

Vas-y, asperge-moi, comme il fait chaud, comme j’ai chaud…

C’est tout son corps qui revit, et quand elle retrouve ses sens, qu’elle se libère du jet, c’est exactement ce qu’on a envie de dire, j’ai toujours rêvé de faire ça.

Il y a bien sûr un clin d’œil à Fellini, La Dolce Vita, Anita Edberg, évident, mais sans même le besoin d’un baisé amoureux, sans même une fontaine, juste le plaisir d’enfreindre un interdit, et pour moi, cette scène est magique tant par sa simplicité que par son incroyable sensualité. Carmen Maura y est simplement superbe, sauvage et belle à la fois, et le regard de Eusebio Poncella, c’est un peu le nôtre, et en tout cas le miens, envieux et attendri…

J’ai toujours adoré ces quelques secondes de cinéma. Je fonds, littéralement…

Que Calor…