
L’aller
J’ai peur de l’avion et j’ai eu la [mal]chance de le prendre trois fois cette année. Pour me rendre en Espagne où je vais rester deux mois et des poussières, j’ai donc choisi l’option backpacker : 17 heures de bus Eurolines. Paris — Poitiers — Bordeaux — Madrid. Bouffer de l’autoroute et regarder des films américains doublés en espagnol. L’aventure ! L’aventure avec une valise de 15 kilos. L’aventure avec cinq robes, trois paires de chaussures et un sèche-cheveux de voyage. Une formule à 36 euros qui m’a permis de découvrir Un buen partido (Love coach en France, Playing for keeps aux États-Unis), une comédie romantique dont je n’ai pas saisi toutes les nuances. Non pas que l’histoire ait été forgée pour des normaliens ; en gros, ça parle d’un ancien joueur de foot qui devient l’entraîneur de l’équipe de son fils et se fait draguer par les milfs du coin. Mais ma voisine de rangée, une latino-américaine vulgaire à souhait, a littéralement passé son temps au téléphone. Les sonneries pop de son portable à strass ont créé des ellipses dans mon visionnage et délimité mes siestes. De la rancœur ? Jamais. J’ai aimé être entourée de vieux et d’étrangers fauchés, m’arrêter dans les stations services à la lumière de polar et manger des sandwichs en triangle tout en consultant mon téléphone avec fébrilité, moi la nomophobe ordinaire. Les vrais instants what-the-fuck, c’était le vomi de la maman voilée dans les toilettes du bus vers minuit, puis ma difficulté à trouver une position adéquate pour dormir. Et le contrôle à la frontière… Cinq sièges derrière moi, un mec n’a pas ses papiers. Les flics bredouillent quelques mots dans un anglais qui fleure bon le camembert. Ils le font descendre et inspectent ses bagages. Soudain, le moteur ronronne, les portes se ferment, les passagers se taisent. Dehors, la fouille au corps a commencé. Je me demande : d’où vient ce type ? Va-t-il passer la nuit au poste ? Et je me recroqueville dans mon siège, mon perfecto en skaï sur le buste, un plaid de fortune. J’ai un peu froid. Il reste six heures de route.
// Anti-conseil // Si vous êtes phobique de l’air, faites du vélo.