Se tourner vers le passé

Le retour

Adios Madrid. Sur le vol retour, j’ai traversé quelques zones de turbulences. Un foutu vent de face à 250 km/h qui, pour emprunter la métaphore du commandant de bord, équivalait à prendre un tapis roulant à contre-sens. Bien décidée à faire diversion avec ma peur de l’avion, j’ai fixé les sourires maternels et les costumes vert pomme des hôtesses de l’air, puis j’ai entamé le bilan. Pourquoi être partie ? En Espagne ? Seule ? Pourquoi être revenue ?

“Le temps passe et passe et passe
Et beaucoup de choses ont changé
Qui aurait pu s’imaginer qu’le temps serait si vite écoulé
On fait l’bilan calmement en s’remémorant chaque instant
Parler des histoires d’avant comme si on avait 50 ans”

Mon adolescence se souvient avec tendresse de ce tube des Nèg’ Marrons, du rap simple et mainstream diffusé dans les boums et les bus scolaires, un refrain-vérité qui scande mon quotidien. À 13 ans, je ne connaissais pas Madrid ; j’ai dû attendre le double avant de renouer avec ma famille. Je suis partie pour elle et pour moi. Seule parce que je savais que ce serait éprouvant, mais salutaire. J’ai expliqué à mes proches que je comptais apprendre l’espagnol, rencontrer du monde et travailler sur un documentaire traitant de la génération Internet face au couple. J’ai plus ou moins respecté ces objectifs — des justifications. Difficile d’avouer que l’on démissionne de sa vie temporairement sans passer pour une hippie. Au fond, je cherchais la liberté. Celle qui transite par la quête identitaire. On voyage pour deux raisons : [se] fuir ou [se] trouver. Je suis revenue apaisée, au chômage, célibataire, sans aucune certitude quant à l’avenir, mais apaisée.

// Anti-conseil // Offrez-vous un trip plutôt qu’un psy.

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