L’Europe : boire ou déboire, il faut choisir

L’Europe


Une amie de La Rochelle, Suzanne, cheveux noirs et blagues lumineuses, est venue me rendre visite quelques jours. Je suis malgré moi devenue guide touristique. Tapas-cañas-terrasses. Je lui ai montré tous les coins que j’ai pu, de la Plaza de toros au rooftop du Círculo de Bellas Artes, y allant de ma petite anecdote, avec une fierté non dissimulée. Comme si soudain j’appartenais à Madrid et ne m’étonnais plus de l’architecture et des habitudes locales. Pourtant, je ne me suis jamais autant sentie française. On me rappelle sans cesse mes origines, dans la rue ou les magasins quand, découvrant mon accent, les rares citadins à maîtriser une autre langue arrêtent de me parler en espagnol, et effacent d’un “Thank you” tous les efforts fournis pour communiquer avec eux. ¡ Puta madre !

Suzanne est en train de développer le projet Europe Next Door. L’année prochaine, elle compte faire escale dans 28 villes et interroger les moins de 30 ans sur leur sentiment d’appartenance au Vieux Continent. Elle mange, boit, marche au rythme de l’Europe. Et elle a réussi à m’entraîner dans son tourbillon de réflexions. Qui suis-je ? Existe-t-il une identité européenne, au-delà d’une histoire commune ? Au réveil, je suis française. À Madrid, latine. Outre-Atlantique, moins individualiste. Je veux croire à des états unis qui puiseraient leur force dans le multiculturalisme, la discussion, et troqueraient la parodie politique contre un pouvoir tangible et clair. Après tout, l’UE est une gamine. Mais je n’observe qu’une explosion du chacun-pour-soi. Ce dimanche 9 novembre, le vote symbolique pour l’indépendance de la Catalogne interdit par le tribunal constitutionnel devrait quand même avoir lieu. Les flics pullulent déjà dans la capitale. Et avec eux, mon scepticisme. Les Catalans ne se sentent pas espagnols, alors européens…

// Anti-conseil // Vous aussi, devenez adepte de l’expression “On n’est pas sorti de l’auberge espagnole”.