MainBot rencontre Fabien Ruggieri

Winky
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Aug 28, 2018 · 6 min read

Recherche, apprentissages et robotique

Chez MainBot, nous voulons sensibiliser notre communauté aux thématiques qui nous préoccupent, c’est-à-dire la robotique, la programmation, les apprentissages et le jeu. Nous avons donc décidé de rencontrer des chercheurs pour recueillir leurs opinions sur ces sujets, et ainsi mieux comprendre leurs implications dans le monde de l’enfance.

Le premier chercheur passionné que vous avons rencontré est Fabien Ruggieri, actuellement doctorant au laboratoire d’ergonomie le LUTIN, situé à la Cité des Sciences et de l’Industrie.

Avant de rentrer dans le vif du sujet nous lui avons posé quelques questions pour apprendre à mieux le connaître.

Fabien Ruggieri devant l’entrée du laboratoire Le Lutin à la Cité des Sciences et de L’industrie

M : Bonjour Fabien, vous préparez actuellement un doctorat, quel en est le sujet ?
FR : Le titre de ma thèse est : « Étude du rôle de la robotique sur l’acquisition des connaissances et le transfert de compétences ». Elle traite de l’apport de la robotique dans les apprentissages chez l’enfant.

M : Quand avez-vous pris conscience que vous deviendriez chercheur ?
FR : Le choix était fait depuis mes 10 ans, à l’origine je voulais être astrophysicien à cause d’Hubert Reeve. Puis en 2009, après avoir validé les différents niveaux scolaires et cursus universitaires pour enfin arriver à être chercheur, j’ai été convié par Charles Tijus à intégrer son laboratoire de recherche, Le Lutin.

M : Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
FR : Une envie d’innover en faisant mes travaux et surtout de faire des rencontres pour m’enrichir.

Ensuite, nous avons profité de l’expertise de Fabien liée à ses travaux de recherche pour mieux comprendre l’attrait qui existe actuellement pour les robots dans l’enseignement, et donc évaluer la pertinence de notre petit robot compagnon Winky.

M : Quels sont les avantages ou inconvénients d’apprendre la programmation à des enfants ?
FR : Aujourd’hui, toute activité humaine repose sur la programmation. La musique est numérique, le smartphone s’est généralisé et le code gère nos vies privées. Cela nous permet de faire nos courses, de payer nos impôts, de lire la presse. Même l’agriculture est robotisée, et tout cela va continuer. L’intelligence artificielle est déjà une réalité, les machines apprennent seules.
En tant qu’intervenant il m’est souvent arrivé de conseiller aux parents d’apprendre à coder à leurs enfants, parce que faire du code apprend à l’enfant à apprendre. Cela permet de structurer sa pensée pour résoudre un problème et de planifier les procédures par découpage logique du problème en sous-problèmes. La programmation permet aussi aux enfants de comprendre et d’anticiper les difficultés qui peuvent survenir.

M : La robotique peut-elle permettre d’améliorer l’apprentissage ?
FR : L’idée de base de la robotique pédagogique c’est d’utiliser cet outil pour l’apprentissage. Elle prend source dans les travaux de Piaget et de Papert (Piaget, 1936, Papert, 1980) qui constatèrent qu’un enfant développe et construit ses connaissances en agissant sur son environnement de manière spontanée.
En effet, l’acquisition de connaissances n’est pas une simple question de transmission, d’internalisation ou d’accumulation de savoirs, mais plutôt une question d’engagement actif de l’apprenant dans la construction des connaissances à partir d’expériences concrètes (Zinetti, 2013). C’est sur ce point que nous pouvons noter un réel apport de la robotique par rapport à l’enseignement traditionnel dans l’acquisition de connaissances. Le cœur de ces apprentissages réside avant tout dans la motivation et l’engagement des apprenants ainsi que dans le plaisir d’usage qu’ils y trouvent.

M : Quelles sont les qualités que vous préférez chez un robot éducatif ?
FR : En premier lieu qu’il soit très interactif et donc invite de lui-même l’enfant à s’en servir. Par la suite l’enfant progresse et le robot exécute des ordres de plus en plus complexes. Au bout d’un certain temps, l’enfant comprend qu’il peut programmer des séries d’actions et comprend que le robot obéit à ses ordres.
Un robot éducatif doit aussi avoir des formes douces et non agressives. Il n’est pas forcément humanoïde car ce type de robot peut faire peur aux jeunes enfants, et les couleurs ne devront pas être interprétées comme agressives par l’enfant mais plutôt inviter à l’usage.

M : Que pensez-vous du projet du robot Winky développé par MainBot ?
FR : Pour ma part, je trouve que ce robot est une bonne machine à condition qu’il tienne dans le temps ses engagements ludo-éducatifs, c’est donc à Mainbot de savoir décliner son Winky avec différents modules pour apporter de nouveaux usages à la machine.

Prototype du robot compagnon Winky

M : Quel module éducatif aimeriez-vous que MainBot développe pour Winky ?
FR : Un module pour les petits scientifiques en herbe en rapport avec des capteurs de température, de pollution, etc. ou encore un module d’expérimentation robotique qui pourrait avoir ces mêmes fonctions d’expérimentation avec des accessoires électroniques simplifiés.

M : Pensez-vous que le robot Winky soit adapté aux classes d’écoles primaires ?
FR : S’il est robuste et solide tout en étant facile à programmer pour les enfants, alors je pense qu’il est un vrai bon candidat.

Pour finir, puisque ces nouveaux compagnons électroniques sont en passe de devenir omniprésents, nous avons cherché à comprendre plus nettement l’opinion générale de Fabien Ruggieri sur la robotique.

M : Pensez-vous qu’à l’avenir la robotique prendra une place importante dans le système éducatif ?
FR : En France, l’intégration de la robotique dans l’enseignement fait partie du « plan pour le numérique à l’école » depuis mai 2015. Ce plan a été mis en place pour aborder notamment les notions d’informatique et sensibiliser les élèves à la programmation. Les écoles du 21e siècle sont donc en train d’intégrer petit à petit ces nouvelles technologies à leurs programmes et à leurs outils pédagogiques. Les apports du numérique et de la robotique auprès des élèves sont pour le moins intéressants : motivation accrue pendant les cours, réduction des inégalités et de l’échec scolaire.
Les robots de téléprésence pourront aussi éviter l’absentéisme des enfants malades ou même contribuer à la scolarisation d’enfants en longue hospitalisation.

M : De votre point de vue, l’essor des robots en général est-il plutôt un atout ou une menace pour l’humanité ?
FR : Dans cette Robolution, je ne vois pas de vraie menace mais plutôt une opportunité pour améliorer nos vies avec ces assistants robotiques. L’assistance à domicile est un bon exemple de cet apport, surtout dans les pays où la population est vieillissante. Les robots intelligents qui nous éliminent de la planète sont un faux prétexte brandi par certains alors qu’ils n’en connaissent pas les apports et les perçoivent d’emblée comme étant mauvais. Comme je le dis souvent ce n’est pas la technologie, ni la science qui est mauvaise, c’est ce que les êtres humains en font. Nous avons vu les mêmes objections pour le chemin de fer, la machine à vapeur, l’électricité, la voiture, l’avion, le téléphone, etc. pourtant nous sommes encore là pour en parler, non ?
Pour autant, il faut toujours réfléchir aux risques liés à ces nouvelles technologies, mais rien ne sert de s’affoler et de faire peur, c’est pour cela que je passe dans les écoles, encadre des stagiaires et que je montre des robots intelligents aux gens afin de diminuer cette peur et de sensibiliser le public à ces machines.

M : Qu’aimeriez-vous changer dans le monde scientifique ?
FR : D’une part, favoriser autant les recherches fondamentales que celles appliquées car l’une ne peut exister sans l’autre. Et d’autre part, pousser les étudiants chercheurs et les chercheurs à se professionnaliser et surtout à croire à ce qu’ils font en ayant plus de respect pour la déontologie et l’éthique.

Ainsi, l’accroissement des robots dans notre société, que cela soit à l’école, au travail ou à la maison, doit être accompagné de recherches pour assurer un développement éthique et adapté afin de répondre à de réels besoins des utilisateurs dans le respect de la dignité humaine.

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