Sur la route d’un chemin perdu…

Ce fut un matin muet, caligineux et triste. Le ciel pleurait par des dégouttements de pluie nonchalants. La nature était palme et incolore. Le soleil caché par de gros nuages gris, était impuissant et obombré lui même. Les vagues matinales déferlèrent peu sur le rivage. La brise faisait l’amour aux arbres, elle les caressait, chouchoutait, dorlotait, et eux pauvres fébriles, tremblaient et frissonnaient. Les oiseaux désormais rétifs, refusèrent de chanter. Je n’entendais non plus la voix des marchandes ambulantes, qui d’habitude venaient vendre leur pain chaud. La voisine, qui me réveillait toujours par ses Cohorte de prières, était, me semble t-il encore dans son lit. Le quartier tout entier était en fait alité par le bercement du vent qui venait du haut de Grand-Ravine. Drôlement, j’avais cette incessante mélodie d’un violoniste inconnu dans ma tête. Entre des accords tantôt Larghissimo, tantot Allegro, les notes picotaient chaque nerfs de mon cerveau. Punaisée sur un fond triste, la mélodie me faisait penser à Mama et a sa bouche. En même temps des images dépenaillées de mémoire d’enfance, des cris stridents d’enfant joyeux jouant au football, venaient me hanter. Je pensais à l’école, aux anciens camarades, aux moqueries que subissaient Mr Fabien, je pensais aux éclats de rire de la recréation. Sachant que tout ca sera du passé, je souriais d’un sourire mélancolique.

Mes mallettes étaient placées au rat de la porte… un petit sac de peau cuire marron, contenant mon passeport et d’autre papiers importants, était entre mes mains. Je me tenais la sur la galerie, une petite terrasse de 8m2, qui regorge pourtant un nombre infini de souvenirs. Je regardais tout autour. Puis, j’étais devenu un élément déconnecté, d’une existence inexistante, mi-chaud mi-foi, j’étais perdu dans cette triste contemplation d’un futur passé.

J’entendis quelqu’un crier mon nom de loin, je me tournais, c’était ma mère qui était pourtant tout près de moi… Elle s’approcha à nouveau, me saisit mes bras, elle les serra fort, bouche fermée, yeux ouverts, silence complet, pourtant on conversait. Apres quelques secondes, sa bouche s’hésitant toujours à s’ouvrir, ses yeux prirent la relève en pleurant.

-Manmi, ne pleure pas

Je la serrais dans mes bras…

-Manmi, je t’aime.

Marmottant de la voix elle me répondit

-Je t’aime aussi mon garcon.

Elle me regardait droit dans les yeux, sans un clin d’œil, et me dit:

-Promets-moi mon enfant, que tu n’oublieras pas qui tu es, d’où tu viens, et qui tu sers. Aie les mêmes principes, les mêmes valeurs, regarde moi !! Tu seras grand… tu seras haut…

Mon père, cherchant à éviter les pleurs, qui étaient pour lui un geste trop féminin, me serrait plutôt la main, et d’une soi-disant virilité, il me donnait une accolade.

Le taxi était déjà devant la maison, après 5 minutes, j’étais parti en route vers l’aéroport, pour voler vers les Etats-Unis.

C’était comme ca, une séparation brutale et douloureuse. Un au revoir entre coupé par des larmes, une peur naissante de l’inconnu, une nouvelle aventure qui se dessine, un nouveau chapitre qui s’écrit aux Etats-Unis.

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