Alors il est comment “Mobutu” de Jean-Pierre Langelllier?

398 pages d’histoire sur l’homme qui a laissé de son empreinte l’histoire post-coloniale du pays. Photo credit: Y.Edoumou

398 : c’est le nombre de pages que le journaliste français, Jean-Pierre Langellier, a consacré à Jean de Banzy, nom de plume de l’homme qui, à mon sens, a le plus marqué — au sens le plus large du mot marqué — l’histoire de ce pays que mon retraité de père appelle toujours le Zaïre. Vingt ans après sa chute, plus de cinquante ans après avoir goûté aux miels du pouvoir, le lointain JDB qui deviendra très vite « JDM » pour finalement devenir, révolution culturelle oblige, « MSS », les traces de cet homme — Joseph Désiré Mobutu ou Mobutu Sese Seko, président pendant 32 ans du Zaïre — sont encore palpables.

398 pages que j’ai dévorées assez rapidement. Et le premier mot qui m’est venu à l’esprit lorsque j’approchais la fin du livre est “frustrant”. “Frustrant” car les lecteurs assidus de l’histoire du Congo, ceux qui comme moi lisent, d’une façon un peu obsédée, tout ce qui se publie, se filme, s’écrit sur ce pays seront déçus car ils n’apprendront rien de véritablement nouveau. Or sur 400 pages, j’aurais voulu sortir de ce qu’on sait déjà. L’œuvre est à l’image du métier de l’auteur : un livre qui ressemble à ces articles généralistes que les journalistes aiment produire, dans lesquels ils reprennent ce qui est connu, ils rassemblent ce qui a déjà été rapporté par d’autres pour en faire un seul papier, sans rien apporter de nouveau. Parfois j’avais l’impression de lire des résumés des chapitres d’autres œuvres. Rôle de Mobutu dans la mort de Lumumba pendaison de la Pentecôte, Ali vs Foreman en 1974, la Zaïrianisation ou la révolution culturelle congolaise, les fétiches et autres histoires de sang, le palais en marbre de Gbadolite…Langellier en parle comme bien d’autres auteurs l’ont fait.

Certes il y a toujours un ou deux détails intéressants qu’on apprend — par exemple la rue où j’habite s’appelait Avenue de Gaulle avant d’être baptisée “Commerce” avec la Zaïrianisation — ou encore l’origine du nom “Thomson”, ce fameux poisson dont Kinshasa consomme des tonnes par jour. Ainsi “Thomson” serait en référence à l’entreprise française, Thomson-CSF, qui a construit le bâtiment de la “Voix du Zaïre” (aujourd’hui RTNC) mais l’édifice tomba vite en panne et donc Thompson devint synonyme de “cheap”. Ou encore ceux qui sont férus de musique congolaise découvriront que « Akram Ojjeh », un des nombreux alias que l’artiste Koffi Olomide a utilisé dans sa longue carrière, était le nom d’un richissime homme d’affaires saoudien. Ou encore que le « nouveau Zaïre » fût interdit de circulation dans le Kasaï jusqu’à la mort du Maréchal-Président.

Revenons au « poisson Thomson », la version offerte dans le livre ne fait pas l’unanimité. L’ex-grand journaliste de la RTNC, Sylvestre Ntumba-Mudingayi, m’a fourni une autre explication lorsque j’ai posté ce passage du livre sur ma page Facebook.

« Colette B [Langellier ayant cité Braeckman comme source de l’explication”], n’a pas la bonne explication de l’origine du nom Thomson. Dans les années 70, un célèbre homme d’affaires (Massamba de son nom) sur la place de Kinshasa déverse sur le marché kinois des appareils électroniques essentiellement des radios de marque Thompson. Sur la qualité, je ne peux rien dire. Mais, c’est la ruée pour la bonne et simple raison que les prix sont accessibles à “TOUS”. Je n’ai pas les statistiques mais peut-être que la moitié des foyers kinois avaient pu se procurer ces radios. On ne pouvait pas écouter la radio nationale et passer à côté de la pub. Tapage à tout va. En même temps (ou presque) arrive sur le marché le poisson mpiodi. La comparaison est faite tout de suite du fait de la modicité du prix. D’où le nom. Je peux en dire plus ».

Le “Mobutu” de Langellier” n’est pas profond, nous sommes loin de la densité de « Congo, une histoire » de David Van Reybrouck (c’est un peu méchant de même citer ces deux œuvres dans une même phrase) ou de bien d’autres publications. « Mobutu », écrit dans un style facile à lire, ferait une bonne lecture pour ceux qui veulent “découvrir” le Congo, ceux qui commencent à mettre les pieds dans l’eau du grand et majestueux Fleuve Congo- on est dans du “Congo 1.0”. Pour nous autre un peu plus avancés, nous resterons sur notre faim et nous nous contenterons de savoir que notre bibliothèque vient de s’agrandir.

Y.Edoumou