[Chronique] Félicitations Gillou, tu n’as pas tout compris

Marche féministe non-mixte du 8 mars 2017 à Bruxelles. Photo : Apolline Vranken

Ce fameux épisode de 7 à la Une du 11 mars dernier, m’a fait recracher mon thé par les narines. Je parle bien évidemment de ta séquence, Gilles le Suisse, sur ce que tu appelles, la « journée de la femme », une journée « bien contrastée » selon ton lancement.

Le problème, très cher Gilles, est que la maladresse doit être une de tes qualités premières. Tu n’es pas le seul à te tromper, mais sache tout d’abord que le 8 mars c’est la « Journée internationale de la lutte pour les droits de femmes ». C’est long, je sais, mais ouvre bien grand tes pavillons. À l’origine, cette journée a été créée pour célébrer les grandes avancées introduites pour les droits des femmes et pour réfléchir aux inégalités dont elles sont encore victimes à travers le monde.

Certaines manifestantes que tu as rencontrées durant ta folle journée te l’avaient pourtant répété, surtout quand tu as tenté (un coup de génie) de refiler à certaines d’entre elles des roses en signe de je-ne-sais-trop-quoi. À quoi pensais-tu ? Cette journée n’est pas une nième fête des mères ou des grand-mères. Le but n’est pas de me tenir la porte plus longtemps parce qu’aujourd’hui, c’est ma fête. Ni de m’offrir un bouquet car cette journée m’est dédiée à moi, femme.

Après tu as aussi tenté de te joindre à ces manifestantes qui défilaient dans le centre de Bruxelles. Manifestation dite non-mixte, les hommes n’étaient pas les bienvenus. Le problème se situe dans le montage final de la séquence, et même, selon les marcheuses présentes, dans ton comportement insistant et déplacé.

Selon une plainte des organisatrices de la marche, les explications de la non-mixité de la manif ont été coupées au montage. Sur les images, on voit des femmes agressives, rejetant sans un mot d’explication ce pauvre Gilles qui essaie de les suivre. « Je ne me suis jamais senti aussi mal dans mon statut d’homme », nous dis-tu. Les manifestantes passent donc aux yeux des téléspectateurs pour des femmes aigries, dédaigneuses, haineuses. À aucun moment tu ne tentes de donner une explication à leur ligne de conduite.

Allez, je t’en offre une. Selon le site l’Écho des sorcières, « la non-mixité permet non pas de rétablir artificiellement une représentativité féminine, mais ouvre la voix en autorisant une parole sécurisée » en dehors du regard masculin. Et non, elles ne se disent pas chagrinées que les hommes expérimentent l’exclusion. Tout ça, tu aurais dû l’expliquer.

Cette prise de position radicale est souvent critiquée. Certains parlent de « sexisme inversé » mais je trouve les mots forts. Par contre, il est certain qu’une émancipation sera durable et sure si elle est construite à l’échelle de la société, et non sur un groupe d’individus déjà convaincus. Toute personne concernée par les oppressions de genre devrait être la bienvenue.

Ensuite, ne voulant pas terminer sur une triste note, tu décides d’aller à une soirée organisée pour les femmes. Poser avec Jason le chippendale ou se faire manucurer, c’est quand même plus marrant. « Ici, pas de revendications CONTRE les hommes, pas de lutte des sexes ». Voilà, encore une fois, tu réduis le féminisme à une forme de ce mouvement particulièrement radicale, en oubliant les autres.

Ah ça oui, entre les femmes chieuses avec leurs panneaux dans les rues de Bruxelles, et les autres, sympathiques avec Jason ou leurs « soldes de la femme », ta journée fut bien contrastée. Il est évident que les courants de la pensée féministe sont nombreux et comme tu l’as dit à la fin, « l’important c’est quand même de se respecter ». C’est beau, c’est fleuri. Mais attention Gillou, avec des séquences comme celle-ci, ta maladresse pourrait te jouer des tours.

Malaurie Chokoualé Datou, 19 mars 2017

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