Enseignement, stationnement et détachement. (Et énervement, un peu, quand même)

​Aujourd’hui de nombreuses communes ont mis en place un nouveau plan de stationnement sur leur territoire. Les objectifs sont sans doute nombreux. D’un côté lutter contre les embouteillages, redonner la commune à ses habitants de l’autre remplir les caisses communales. Une évolution bien compréhensible. Le tout à la voiture n’est plus possible.

Comme toute grande réforme, elle bouscule certaines personnes. Certains décideurs considèrent que la discussion et la négociation ne font que retarder un processus inévitable. La politique du passage en force est donc une stratégie qui est souvent choisie.

Une commune vit grâce à ses habitants. Les travailleurs-navetteurs ne sont donc que des pilleurs de travail qui encombrent les voies de circulation et détruisent la quiétude d’un quartier. Triste idée…

Prenons l’exemple d’une commune en périphérie de Bruxelles : la commune d’Uccle qui accueille sur son territoire un hôpital et de nombreuses écoles maternelles, primaires, secondaires et supérieures.

Sa localisation particulière et la pauvreté en écoles au nord de Bruxelles ont eu pour effet qu’un nombre non négligeable d’enseignants n’habitent pas Uccle. Ils sont donc des navetteurs qui après avoir déposé leurs enfants font un long trajet pour arriver sur leur lieu de travail.

La politique de stationnement a des conséquences sur ces navetteurs-enseignants, sur les établissements scolaires et sur les habitants de la commune.

En effet, un enseignant n’a pas de bureau et n’est pas nécessairement propriétaire d’un local. Il est donc obligé de venir chaque jour avec son matériel. En transport en commun c’est difficile, mais pas impossible. Ces spécialistes de l’éducation seront juste obligés de venir avec le matériel minimal. Un choix qui devrait avoir un impact négatif sur la qualité de leur enseignement.

Par ailleurs, un établissement scolaire ouvre tôt. Il se doit de pouvoir accueillir les enfants permettant ainsi à leurs parents d’aller travailler. L’équipe éducative venant de loin et la commune ayant rejeté le métro, l’accueil sera plus compliqué et tardif.

Cette dernière pourrait continuer à venir en voiture mais il faut l’avouer la commune a mis en place un système dissuasif parfait. D’une part il s’agit de tarif prohibitif, d’autre part d’un nombre de cartes de stationnement limité.

Il ne reste donc qu’une solution : recourir au détachement pédagogique. Un enseignant peut demander son transfert dans un autre établissement. En période de pénurie de professeurs, cette décision devrait être prise par quelques professeurs désireux d’éviter une carte de stationnement onéreuse. S’il est difficile de quitter son école et ses collègues, il est encore plus difficile de faire face à une augmentation de la durée de trajet et à une diminution de son pouvoir d’achat. Sa famille reste une priorité. N’est-ce pas normal ?

Vous l’avez compris, les établissements scolaires vont être déstabilisés par cette politique. D’autant plus que la réforme des titres et fonctions complexifie déjà le remplacement des enseignants ! Les réunions des parents, les voyages scolaires, les conseils de classes, le bénévolat seront aussi impactés. Un enseignant acceptera-t-il de payer pour laisser sa voiture en dehors de son horaire de cours ?

Penser que les parents et les Ucclois ne seront pas impactés seraient une erreur. Vous serez les premières victimes du chancellement de nos établissements scolaires au niveau de l’encadrement de vos enfants, des projets pédagogiques et sans doute des cours qui ne pourront pas se donner faute d’enseignants.

Attention, il ne s’agit pas de dire non à cette politique de stationnement qui ne concerne pas que la commune d’Uccle mais de regretter l’absence d’accompagnement des responsables communaux.

Nous demandons que chaque commune :

· envoie un responsable mobilité afin d’aider les écoles, les hôpitaux, entreprises à étudier les alternatives.

· propose un système de cartes de stationnement adapté à la profession et/ou au type d’infrastructure : un horaire d’enseignant sur le lieu de travail ne correspond en rien à celui d’une secrétaire ou d’un indépendant.

· laisse le temps aux « entreprises » et à leurs employés de se réorganiser. Se rapprocher de son domicile pourquoi pas mais cela ne peut se faire en 2–3 mois.

Vous êtes parents, travailleurs au sein d’une école, d’une entreprise ou d’une autre infrastructure et vous êtes d’accord avec ces propos? Nous vous invitons à copier-coller ce texte et à l’envoyer à l’échevin de la mobilité de la commune dont la politique stationnement vous titille.

Un enseignant qui travaillerait bien dans le nord de Bruxelles s’il y avait des écoles.

Renaud Keymeulen​

Contact presse : segarerabruxelles@gmail.com

Crédit: Thierry Plet