Tout n’est pas urgent, bon sang !

Etait-il urgent pour la ministre de la Culture, Audrey Azoulay, de publier dès ce jeudi matin un communiqué pour rendre hommage à Michel Butor, mort hier soir ? L’exactitude, comme la vérité, peuvent bien attendre un quart d’heure… Pour l’avoir oublié, la ministre s’est ridiculisée : le communiqué évoque le prix Renaudot de l’écrivain, reçu pour “La Consolidation”, alors qu’il s’agit bien sûr de “La Modification”.

Ce communiqué a t-il été relu avant publication ? Vérifier demande certes un peu de temps. Mais, dans ce cas, précis, la ministre et ses services avaient tout le temps. La France, le monde, pouvaient fort bien attendre cet après-midi, voire demain, pour connaître l’opinion d’Audrey Azoulay sur Michel Butor. D’autant que ce genre d’exercice est, dans la plupart des cas, assez convenu…

Mais on pense qu’il faut faire vite, toujours plus vite. La tentation, le besoin, d’être le premier “sur le coup” ne fait pas de dégâts que chez les journalistes. Le numérique, et en particulier les réseaux sociaux, encouragent non plus seulement la vitesse mais aussi la précipitation. L’idée d’être “en direct”, tout le temps, toujours, chamboule les esprits…

Il faudrait se calmer un peu. Respirer. Prendre le temps de trier entre ce qui est effectivement important et urgent et ce qui peut attendre. Il y a 100 ans, un ministre français qui rentrait à Paris après une visite à Moscou avait quelques jours devant lui pour réfléchir à ce qu’il allait raconter de son voyage, de ses rencontres, sur place. Il y a 20 ans, le ministre avait, au mieux, le temps du vol Moscou/Paris pour préparer son “point presse”. Aujourd’hui, bien avant de monter dans l’avion, le ministre envoie lui-même depuis Moscou quelques selfies pour montrer qu’il est moderne.

Il y a dans cette accélération quelque chose de grisant. De ridicule aussi.