Observations d’un québécois à Paris

Pour mon premier voyage d’affaires en France à l’automne 2015, j’ai noté quelques observations sur les différences qui m’ont frappé en essayant de travailler avec nos cousons français.

  1. Sont tous bien habillés, même les gars sont poupounes
  2. Tout le monde fume
  3. Tout le monde est mince
  4. 4. Tout le monde lit des livres dans le métro.

Après une semaine de ouf à Bordeaux et Paris pour affaires, je prends une journée de marche demain samedi à Paris. Sans Zazou et les enfants, c’est pas pareil, mais il faut aussi regarder autour de soi.

L’espace vital d’un français, est comme son logement: très exigu. En terrasse, sur la rue, même dans les espaces de travail, tout est compact. Ce que nous appelions “la bulle”, périmètre à l’intérieur duquel on ne être pas sans y être invité, n’existe presque pas. Au Resto ce midi, j’ai dû aller pisser dans un urinoir à aire ouverte, avec des dames en file pour entrer dans leur toilette. Un peu gênant pour moi, mais tout le monde ici trouve ça normal. Je fais la file pour me laver les mains, j’attends que la dame ait fini de retoucher son maquillage, coincé dans un coin, a 20 cm l’un de l’autre.

À Paris, La foule est partout, il n’y a d’intimité nulle part. L’espace est partout au Quebec, même dans la tête des gens.

Le processus décisionnel ne marche pas comme chez nous. Je viens de passer 5 jours à brasser du “business” à la fois avec les québécois de la délégation (élus, fonctionnaires et entrepreneurs) et les français des collectivités et des grands groupes. En 4 jours, mes dossiers ont avancé pas mal avec les vis-à-vis québécois, mais avec les français, on se retrouve toujours bloqué au pallier décisionnel suivant. Personne ne décide. Comme la structure est très hiérarchique et verticale, je n’entends jamais “on peux faire ça”, j’entends “faut parler à mon supérieur”. On se retrouve donc à escalader la chaîne alimentaire jusqu’au vice-président ou au maire. J’ai donc identifié une séquence algorithmique de comment faire avancer les choses au Quebec et en France:

Au Quebec: projet — discussion- décision — action — discussion — discussion — discussion. Exemple SRB Pie IX

En France: discussion — discussion — discussion discussion — projet — décision — action — manifestation

Je pense que c’est pour ça qu’on manifeste en France; l’omniprésence du politique qui concentre toute les décisions rend très difficile la contestation autrement que par l’affrontement politique. Chez nous et aux USA, quand on est en désaccord avec le gouvernement, ou qu’on le trouve inactif, on peut raisonnablement s’organiser et mettre en place des alternatives. Toutes les solutions ne sont pas publiques. Ici ça m’apparaît beaucoup moins évident. Pénétrer des réseaux d’influence pour un québécois, ce n’est pas gagné….

Le retour

Quand on rentre au Québec, on retrouve l’air frais et piquant de Montréal qui est, avouons-le, une sorte de parc nature. Les arbres et les pelouses, mais aussi les cyclistes et les enfants. Pour une métropole, Montréal offre une qualité de vie assez remarquable. J’en tire donc une première conclusion:

Vous chiâlez? Voyagez.

Évidemment, nous avons nos problèmes, enjeux politiques et autres maux du “vivre ensemble”. Ça ne sert à rien de jouer à comparer nos problèmes à ceux des autres, chaque nation, peuple ou pays a ses difficultés à résoudre. Je ne sais pas si les nôtres me semblent moins compliqués ou si c’est que je suis habitué à nos enjeux, mais je me sens beaucoup plus équipé pour y faire face et les résoudre que ceux que je croise ailleurs. J’en tire une seconde conclusion:

On es-tu ben avec nos problèmes.

Je reviens de la douce France en plein campagne électorale fédérale, et ce qui me frappe le plus, c’est le rapport du citoyen au politique, en France et au Canada.

Pour le français, la chose publique est omniprésente, c’est dans l’ADN de l’État. On y conteste les hommes politiques, la corruption et le népotisme comme ailleurs, mais contrairement à l’Amérique du nord, on ne questionne pas l’idée que le politique joue un rôle central. On s’obstine sur ce que l’on doit en faire. Par exemple, l’idée de retirer l’État de certaines compétences semble improbable en France. Le fantasme de la droite américaine — et canadienne — du “moins d’État”, de la privatisation à tout crin, de l’idéalisme du libre marché, m’apparaît rencontrer très peu d’écho.

La pensée décisionnelle reste verticale. La consultation, le dialogue et le débat public, sont en amont de toute action. C’est ancré dans les moeurs. Et le corollaire bien sûr, c’est la planification. C’est pourquoi l’Énarque et le Polytechnicien s’entendent si bien outre Atlantique, car tous deux pensent en termes de plans quinquennaux, MS Project et échéances électorales. Tout baigne. Ici, on sait que si l’État ne livre pas la marchandise, on peut presque s’en partir un “on the side”, et arriver à des résultats avec un budget et un échéancier moindre. Je pense au club des petits déjeuners, à tant de fondations ou petites entreprises d’économie sociale, qui jouent le rôle de l’État dans la bonne humeur.

Au final, le bilan des courses est le suivant: au Québec, nous avons 4 siècles de débrouillardise dans le corps et ça paraît. Personne ne viendra à notre secours (j’exclus quelques bougons ici) et nous avons appris à nous démerder. L’État québécois est une forme de démerdement structuré et sophistiqué, mais il raisonne de la même façon. J’aime assez notre façon, au Québec, de jouer les équilibristes entre l’État et l’entreprise privée (lire: entreprendre des choses par soi-même et régler des problèmes sans l’intervention de l’État). Ma dernière conclusion:

Le roue de l’histoire tourne et maintenant, c’est au tour du Québec de donner un électrochoc à la France. Après quelques siècles d’incubation française en Amérique, nous sommes mûrs pour redynamiser la mère patrie qui a, finalement, pas mal de trucs à apprendre de nous.