A Genève, les syriens tentent de reprendre en main leur destin
Les Nations Unies supervisent l’ouverture des travaux du nouveau comité constitutionnel lancé à Sotchi

Par Marc Pellot
L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, le norvégien Geir O. Pedersen a eu quelques sueurs froide. La réunion du nouveau comité constitutionnel syrien organisée à Genève a failli tourner court. L’ambiance était glaciale le 30 octobre, lorsque les 150 membres, 50 représentant le gouvernement, 50 représentant l’opposition et 50 représentant la société civile, se sont retrouvé réunis dans la même salle pour l’ouverture officielle de leurs travaux. Des échanges tendus ont même eu lieu dès le lendemain lors de séances à huis clos. Mais personne n’a pris le risque d’aller au clash.
Le 29, octobre, la veille de la première réunion, le ministre russes des affaires étrangères, Sergei Lavrov, le ministre iranien des affaires étrangère Mohammad Javad Zarif et son homologue turque Mevlut Cavusoglu, ont fait le déplacement à Genève donner un nouveau coup de pouce au processus de paix. Janais l’ONU n’aurait pu convoquer les membres du comité constitutionnel s’il n’y avait pas eu Astana et Sotchi.
Depuis le début de la guerre et l’échec des précédents pourparlers, c’est la première fois que partisans et adversaires de Bachar al-Assad acceptent de parler ensemble de l’avenir de la Syrie. Les fils du dialogues sont-ils sur le point d’être renoués? La responsabilité des deux co-président Ahmad al-Kuzbari (gouvernement) et Hadi al-Bahra (opposition) est énorme.
La révision de la Constitution à laquelle doit s’attaquer le comité réunis à Genève est une étape dans la mise en oeuvre de la résolution 2254, adoptée en décembre 2015 par le Conseil de sécurité de l’ONU. L’émissaire spécial de l’ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, a qualifié le Comité constitutionnel de «lueur d’espoir» pour le peuple syrien. Au sortir des premières journées de travaux il a confié: “il y a des différences profondes, beaucoup de suspicion, et un manque de confiance. Mais le fait que 150 Syriens ont été assis ensemble, en respectant les uns les autres, parler les uns aux autres et de discuter, c’est assez impressionnant”.
“C’est un processus syrien. Il est dirigé par les Syriens, et il appartient aux Syriens, et il doit répondre aux aspirations du peuple syrien”, a tenu à insister le médiateur de l’ONU. Selon l’ONU, les participants ont accepté de se soumettre à un Code de conduite pour éviter que les débats ne tournent au pugilat. Un premier obstacle a été franchi dans le week-end avec la désignation des 45 délégués qui vont travailler sur une proposition de texte. Des désaccords persistants sur les noms de représentants de la société civile au sein de ce groupe de travail menaçaient de tout faire capoter. Désormais l’ouvrage est sur l’établi et tout reste à faire. La création de ce comité est à seule avancée diplomatique concrète depuis le début du conflit syrien.