Comme une odeur de gaz

Non, c’est pas tiré d’un épisode de Mad-Max. Je sais pas si c’est un laser sur le côté de son casque mais il avait pas l’air content que je le prenne en photo.

Vous souvenez-vous du dieselgate? Eh ben ici les chars ont même pas de catalyseur. En tout cas, c’est la première chose à partir dans la catégorie des “pièces inutiles”. Si ça empêche pas l’auto d’avancer, c’est sûrement pas nécessaire. Et pis entre la boucane bleu des motos deux temps et la boucane noire des autobus diesels, y’a comme un fond d’gazoline qui persiste dans l’air. Je dirais même que ça goûte un peu. Ça me dérange pas vraiment, en fait ça me rappel quand j’étais petit pis que j’aidais mon père à nettoyer la vieille tondeuse verte dans l’garage. Des bons souvenirs. Mais c’qui fuck l’air encore plus que l’exhaust des machines à moteur, c’est l’exhaust d’la planète: Le volcan Fuego, la ville est collée dessus.

“Let’s be clear. The planet is not in jeopardy. We are in jeopardy. We haven’t got the power to destroy the planet — or to save it. But we might have the power to save ourselves.”
- Ian Malcom (Jurassic Park)

C’est assez difficile de s’imaginer c’est quoi de vivre à côté d’un volcan actif. Ça doit être un peu comme vivre à côté d’une centrale au charbon, y’a tout l’temps un voile de poussière de cendre qui flotte dans l’air. J’pensais que c’était tout, un p’tit smog pis des p’tites puffs de fumée au loin. Ça c’était jusqu’à hier après-midi quand ça s’est mit à boucaner solide.

Kin toé! C’est un restaurant à gauche, miam miam les tortillas au monoxyde de carbone.

Y’a un espèce de champignon géant qui se forme au bout du volcan, on dirait que la terre fume sa pipe. Pis le soleil fini par se coucher: Holy shit! Ça fait longtemps que j’me suis pas émerveillé comme un p’tit gars devant quelque chose. À bien y penser, c’est plus ou moins vrai, à chaque fois que j’vois ma blonde j’me sens comme un p’tit gars qui porte une cape d’invisibilité dans l’vestiaire des filles.

Cela étant dit, dans l’ciel c’est pu d’la boucane qu’on voit, c’est d’la roche en fusion que Fuego crache à des dizaines de mètres dans les airs. C’est impressionnant, surréel. C’est tellement beau que j‘passe le reste de la soirée sur le toit d’la maison avec Sasha à regarder l’volcan s’déchaîner.

Juste comme le volcan commence à se calmer, Alan, le voisin motard, vient nous rejoindre sur le toit. Il a un p’tit sac de plastique avec un genre de jus de popsicle bleu fondu qu’il boit en tétant par le coin. Ah oui, parce qu’en plus de la qualité de l’air qui est douteuse, c’est le festival du sac de plastique ici. Tout est dans un sac de plastique. Le ketchup est dans un sac de plastique avec un petit trou dans le coin, la sauce piquante: sac de plastique, pain: sac de plastique, solide, liquide, un peu des deux: sac de plastique. Tu peux même acheter un ripoff de Coke (la boisson gazeuse, pas la poudre) dans un sac de plastique, c’est pas des farces. Étrangement, ma première réaction fût: “C’est donc ben pratique ça!”. Sauf que même pas 2 minutes après, une fois que y’était vide, j’savais pas pantoute quoi faire avec le p’tit criss de bout d’plastique. C’est là que j’me suis souvenu que ça s’en allait nulle part, que ce p’tit bout d’plastique donc ben pratique allait probablement exister plus longtemps que la race humaine au complet. À moins de l’mettre dans l’volcan…

Pour vous donner une idée de l’échelle, la coulée de lave doit faire environ 300m de long, soit à peut près 297 enfants de 4 ans collés bout à bout si vous aimez pas le système métrique. Pis de voir ça en vrai, ça aide à comprendre pourquoi les Mayas sacrifiaient des humains de temps en temps.

J’garde mon opinion su’l plastique pour moi pis on jase un peu Alan, Sasha et moi. Eh ben ça s’adonne que le passe-temps préféré d’Alan, c’est de grimper sur Acatenango (le volcan juste à côté de Fuego). Faque y m’invite à y aller en fin de semaine, si la température le permet. Ça prend un jour monter, tu dors en haut, pis tu redescends le lendemain. Je m’étais déjà informé auprès d’une agence pour y aller et la réponse avait été un peu sèche.

J’me sens obligée de te dire que 6 personnes sont mortes en essayant de le grimper il y a 2 semaines. Mais si tu veux y aller, c’est 150Q.
- La fille au bureau de l’agence de voyage

Ok, faque y’a du monde qui sont morts, ça veut pas dire que j’vas mourir, right? Mais là, Alan me dit qu’y était là, sur Acatenango, le jour où ça s’est passé.

— Whaaat… Euh, qué?

— Si!

Y sort son cell pis y me montre un vidéo qu’il a pris. C’est brutal, il y a des tentes qui volent au vent, du monde couché à terre en position foetale pour pas recevoir de débris… J’ai pu l’goût d’y aller, mais pu pantoute. J’lui communique mon sentiment et ça l’fait rire. Il commence à me montrer d’autres photos, celles qu’il a prises quand ça s’est bien passé, il y a été 20 fois en tout. C’est une photo de lever de soleil vu de l’autre bord des nuages qui m’convainc; Faut que j’y aille. J’pense à cet été quand j’ai monté le mont Albert avec mes chums pis j’comprends que j’peux pas passer à côté de ça.

J’espère qu’y va faire beau pis pas trop frette en fin de semaine. Pis si on y va en moto, ben là ça serait la cerise su’l sunday.

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