Appliquer la mentalité startup à l’éducation

Ceci est un ctrl+c ctrl+v de l’outline de mon projet de fin d’études. English translation coming soon.

Dans un extrait d’ouverture du livre, « le nouvel esprit du capitalisme » de Luc Boltanski et Ève Chiapello, les auteurs expliquent d’abord que le capitalisme, dans une définition minimale, est « l’accumulation illimitée du capital par des moyens formellement pacifiques » ; ceci veut dire qu’on base notre notion de richesse et le but de notre travail sur quelque chose d’illimitée, et par conséquent insatiable. Ils expliquent ensuite que si on considère que le bien individuel fait le bien général, alors faire du profit devient un but commun et par conséquent, tout ce qui est profitable est « bien ». Pourtant la génération des milléniaux ne semble pas voir cela avec autant d’enthousiasme que les boomers, comme le montre une étude de Deloitte[1] : « 54 % des Millennials interrogés considèrent ainsi que l’entreprise n’a d’autre ambition que de réaliser des profits ». Ce trou sans fin, cette quête perpétuelle de l’argent sans valeurs, sans responsabilité ne convient plus. Payer ses factures, s’acheter une maison et des appareils de cuisine, fonder une famille et attendre la mort n’est plus un rêve aussi convoité qu’avant.

L’internet, les nouvelles technologies et les entreprises qui s’appuient beaucoup sur celles-ci, c’est-à-dire les startups, deviennent donc l’Eldorado des jeunes diplômés[2]. Avec des promesses de tout révolutionner, en s’appuyant sur des vraies valeurs, en n’embaucher en l’occurrence que ceux qui matchent vraiment avec les valeurs de l’entreprise et avec une croissance qui parait infinie.

L’attrait des startups demeure cependant au-delà de la quête perpétuelle de croissance. Les startups représentent une manière de redéfinir les stratégies d’entreprises, de changer les modes de vie, les modus operandi, elles représentent le renouveau et surtout l’innovation. C’est pour cela que pour bénéficier un maximum de ce que j’ai appris pendant mon master, j’en ai extrait ce qui me parle le plus : la mentalité startup comme stratégie d’entreprise, comme stratégie d’innovation.

Une startup est une nouvelle entreprise qui est encore en quête de son business model et son product-market fit en se lançant sur un quelque chose qui n’existe pas déjà et qu’on ne réplique pas (ex. boulangerie) en répondant à un « pain point » que beaucoup de personnes ressentent. Ce nouveau business doit être facilement « scalable » pour pouvoir croître le plus possible et le plus rapidement possible et pour cela s’appuie beaucoup sur de nouvelles technologies[3].

La mentalité start-up est une sorte de culture commune qui est apparue dans la plupart des startups pour faire face aux contraintes de croissance et d’innovation. D’abord cette mentalité se constitue d’un fort dévouement à une cause car on commence quelque chose qui a peu de chance de réussir dans un environnement très incertain. Dans cet environnement on se lance avec courage et passion et on espère ainsi embarquer le maximum de personnes dans cette nouvelle manière de voir ou faire les choses. Comme on n’a pas forcément de benchmarks, ce qui compte le plus est le progrès et le résultat est une conséquence des progrès successifs qu’on fait. Finalement, on cherche souvent à atteindre un maximum d’efficacité avec un minimum de moyens ce qui met la technologie au centre du travail.

Une startup parait donc être un bon moyen pour répondre à des problèmes spécifiques. Pourquoi donc ne pas juste créer une excellente startup comme La Li Lo, pourquoi vouloir aller plus loin et re-penser le système scolaire ?

Parce que ce dont on a besoin aujourd’hui n’est pas un nouveau business mais une nouvelle mentalité. Cependant on doit activer une gouvernance globale qui soit aussi agile qu’une startup. D’où l’idée de combiner les deux.

L’ambassadeur du Brésil en Inde, Tovar da Silva Nunes, a abordé un point important à ce sujet lors d’une interview. Surtout dans les pays émergeants on ressent le besoin d’une nouvelle sorte d’élite pour mener le développement. C’est ce qu’il appelle une élite non-prédatrice (non-predatory elite) (ENP), qui mènerait cette nouvelle gouvernance globale et qui ne pourrait que se faire qu’à travers d’une nouvelle mentalité dans l’éducation.

Que veut donc ce projet ? Trouver un moyen d’éduquer à travers un système qui soit aussi agile qu’une start-up, et comme une startup, s’appuie fortement sur le numérique pour rendre l’expérience personnalisable, plus accessible et efficace. Cependant, les outputs ne se mesureraient pas en profits monétaires mais en plus-value pour la société.

1/ Présentation du projet

La mentalité startup se base énormément sur le « trial and error ». Mais lorsqu’on parle d’un sujet aussi sensible que l’éducation, on n’a pas vraiment de marge d’erreur. D’où une nécessité d’avoir une phase 0 — une phase de recherche intense. Cette phase se matérialise à travers ma participation au programme Teach For France, ainsi que les interviews et le contact continuel que j’établis avec des personnages clés menant la révolution de l’éducation dans le monde. Le but de la recherche est de mettre le doigt sur le « pain point ». Il ne suffit pas de dire qu’il faut tout changer, il faut vraiment comprendre ce qui ne va pas et ce qui empêche l’évolution du système actuel.

La phase 1 se rapproche ensuite beaucoup plus d’une structure de startup. Dans le but de codifier tout ce qui peut être systématisé, je vise de mettre l’intelligence artificielle au service de l’éducation. Un des grands problèmes de la plupart des systèmes éducatifs est la difficulté à répondre à la spécificité de chaque élève. Naît ainsi un besoin d’uniformisation qui est au minimum contestable. Il fait que la plupart du temps l’élève sera ou bien sous-stimulé par la matière et il décrochera, ou l’élève ne se considèrera pas capable de comprendre la matière et… décrochera. Il y a aussi le vrai fléau de « la voie royale » qui empêche subséquemment que l’enfant ou l’adolescent découvre une voie qui lui est unique est beaucoup plus adaptée.

Grâce aux algorithmes d’intelligence artificielle, on peut identifier là où l’élève bloque, quelle serait la manière la plus adaptée pour lui faire comprendre et assimiler la matière, ce qu’il faut plus travailler et comment. Grâce aux moocs et à la multitude de bases d’informations numériques, les élèves peuvent aussi s’intéresser pour des matières qu’ils choisissent eux-mêmes, qui ne font pas partie du programme général. Cette personnalisation est entièrement nécessaire mais inimaginable jusqu’à présent pour un professeur face à une salle.

Qu’en est donc du professeur ? Une troisième phase viserait justement la reimagination de ce métier. Les professeurs deviendraient plus des facilitateurs et des spécialistes pédagogues et de développement puéril que des « flics en salle de classe ». Leur rôle serait de créer la structure, le soutien et l’environnement pour que les élèves puissent devenir exactement qui ils veulent devenir. Ceci demanderait une formation différente de celle qui existe aujourd’hui. Celle-ci doit inclure la capacité de lire, comprendre et traiter les données qui seront générées par l’utilisation de l’IA dans l’apprentissage, et le développement de la capacité de guider sans trop s’interposer. On espère ainsi que ce métier d’un ordre plus vocationnel et remplit de sens redessinerait son attrait.

La quatrième et dernière phase dans une timeline plausible est de donc concevoir ce nouvel modèle d’école qui intègrerait des nouvelles valeurs et modes d’enseigner. La difficulté majeure est de garder l’accessibilité à l’école. Il est impossible de concevoir que ceci soit une sorte d’école privée impayable.

Le gros de la structure financière aujourd’hui est l’infrastructure et les ressources humaines. Il serait intéressant d’imaginer un modèle d’école où les élèves n’ont que 3 jours de cours en présentiel dans un bâtiment en zone périurbaine et donc moins cher et plus proche de la nature. Ces 3 jours seraient plus dédiés au contact direct avec les professeurs-mentors et au travail en intensif. Le reste de la semaine serait dédiée à des projets associatifs guidés par des accompagnateurs, des projets personnels et à l’approfondissement de l’apprentissage par l’élève à son rythme avec du soutien à distance.

Comment mesurer la performance, quelles KPIs suivre ? On ne forme plus à passer des tests et des examens. On regarde la capacité de l’élève à se « outperform » par rapport à lui-même et non pas une norme. On considère aussi le développement de la mentalité de bienveillance et d’auto-responsabilité.

2/ Activités réalisées pendant la période concernée

Le développement de ce projet se fait à travers l’établissement de contacts précieux avec des « thought leaders » du domaine. Parmi ces personnes, il y en a qui apportent un vrai soutient et qui sont devenus des mentors. D’autres m’ont accordé une interview ou un échange informel et d’autres encore sont des contacts à garder pour un futur où on aurait une proposition plus concrète.

Les mentors et inspirateurs qui m’ont accordé une interview ou avec qui j’ai pu échanger et qui m’ont beaucoup influencé avec leurs propos :

Sri Prem Baba, leader humanitaire très actif dans le domaine de l’éducation.

Tovar da Silva Nunes, Ambassadeur du Brésil en Inde, qui agit comme pont entre pays émergeants, en train de développer la théorie d’« Elite non-prédatrice ».

Jean de la Rochebrochard, partenaire chez Kima Ventures, mauvais élève, pro des start ups, père de 3 enfants en 3 ans.

Nicolas Colin, co-fondateur de The Family, est celui qui m’a inspiré à suivre la voie de l’éducation lorsqu’il a mentionné qu’il y avait énormément à faire mais que personne n’osait s’y mettre. Il a beaucoup influencé ma vision grâce à sa conférence Shift ! France sur le sujet.

Oussama Ammar, co-fondateur de The Family, a une vision innovante de l’éducation et de la formation, dont il parle beaucoup dans ses conférences.

Pasi Sahlberg, auteur « Finnish Lessons », grand thought leader sur le sujet.

Autres interviews :

Agence Nationale de L’éducation en Finlande, m’ont offert des insights précieux lors d’une interview qui a duré une heure et demi. Leur vision de l’éducation est exemplaire.

Christophe Gomes, Agir Pour L’école, a mis le doigt sur ce qu’il faut considérer pour vraiment comprendre quels sont les problèmes fondamentaux dans l’éducation.

Sofiane Taleb, Impala, m’a introduit aux initiatives autour de l’école dans le monde Parisien des startups.

Rishab Dhall, basé en Inde, actif dans le monde qui unit nouvelles technologies et l’éducation.

Il y a aussi une très grande liste de contacts repérés au Brésil, en Inde, plusieurs pays européens dont notamment la France et la Finlande, que je compte contacter pour enrichir mes recherches.

J’ai aussi partagé mon temps entre plusieurs expériences bénévoles dans l’éducation. L’une d’elles, à Paris auprès de l’association ACINA où je suis professeur bénévole d’alphabétisation pour adultes immigrés. L’autre, en tant que bénévole au jardin d’enfants Tucano qui suit une philosophie Waldorf à Alto Paraíso, Brésil.

3/ Objectifs et réalisations du projet en lien avec objectifs professionnels à terme.

J’attire, pour finir, l’attention sur le fait que je compte dédier ma vie professionnelle à ce projet.

[1] https://www2.deloitte.com/fr/fr/pages/talents-et-ressources-humaines/articles/millennial-survey-2016-en-quete-de-sens-les-Y-veulent-des-entreprises-plus-proches-de-leurs-valeurs.html

[2] http://etudiant.lefigaro.fr/article/un-etudiant-sur-trois-reve-de-travailler-en-start-up_7261d31c-bdfa-11e6-98b1-8273aa744392/

[3] Cette définition s’appuie sur les enseignements des cours Lion et le module de transition numérique offert par Nicolas Colin et Annabelle Bignon à Sciences Po, ainsi que mon interview avec Jean de La Rochebrochard

Show your support

Clapping shows how much you appreciated Maria Romero Nunes’s story.