Le monde a changé et les vieux n’y comprennent rien
Guillaume Duhan
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Me permettrai-je de vous appeler jeune homme ? Non. Je ne me permettrai pas. Je dirai donc, plus simplement, cher Guillaume.

Cher Guillaume, donc,

Je ne me permets pas de vous appeler jeune homme, parce que je reproduirais ainsi ce que je suis très fortement tenter de vous reprocher : une vision générationnelle et généralisante qui discrédite un point de vue sur la seule base de l’âge de celle ou celui qui l’émet et qui considère que toutes les personnes d’une même génération partagent la même attitude.

Ma date de péremption (selon votre échelle) est passée depuis quelques années déjà. Je suis née en 1958 ! Vous imaginez ? 1958 ! Houla ! Et pourtant, je suis toujours vivante dans le plein sens du terme. Pour vous paraphraser : j’écris des poèmes, j’entreprends, je suis une ex-doctorante, j’aime le whisky et les teckels. Ouais, bon, je sais, le whisky et les teckels, c’est has been, mais on fait avec ce qu’on a et ce qu’on est.

Bref, je constate tous les jours qu’il y a des jeunes vieux (à peine trentenaires, bien englués dans leur confort apparent) et des vieux jeunes (curieux, slashers, explorateurs de tous les territoires). L’âge (chronologique pur et dur) ne fait pas grand chose à l’affaire. C’est bien davantage d’un état d’esprit qu’il s’agit.

Ainsi, j’ai pour ma part toujours pensé que l’intérêt premier de la vie (et de l’inévitable avancée en âge) est le changement, la nouveauté, le désir. J’ai, et j’ai toujours eu, deux ou trois projets devant moi et ça s’arrêtera à ma mort mais pas avant. J’ai et j’ai toujours eu une curiosité pour les évolutions technologiques, philosophiques, sociales. Je n’ai jamais rien considéré comme acquis, ni boulot, ni amours. Et c’est très bien ainsi.

Eh oui, le monde change : on n’a plus les vieux qu’on avait.

Bref, j’ai vingt ans. Depuis plus longtemps que vous, tout simplement.

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