Quelle est cette folie douce qui nous pousse à négliger la tech ?

Une entreprise qui veut réussir durablement doit prendre en compte la technologie. La tech est une donnée critique, elle va l’être de plus en plus dans les années qui viennent. Ce n’est pas le sujet d’un seul service, ou des seuls experts techniques, c’est le sujet du CEO, du Comex et même de toute l’entreprise.

Nos organisations ont besoin d’experts techniques au Comex…

Une entreprise doit veiller à sa technologie comme à la maîtrise d’avantages stratégiques.

Pourquoi est-il donc si peu valorisé d’être un expert technique ?

La chose n’est pas nouvelle : depuis des années, les filières scientifiques et techniques attirent moins les jeunes diplômés. On retrouve ce décalage dans l’informatique, l’industrie, les services…, où les valeurs technologiques et scientifiques sont moins valorisées que le marketing ou le commerce.

C’est un sujet éminemment français ; la situation est différente en Allemagne par exemple. Cependant, on note une évolution identique dans les pays développés. En 2010, les filières scientifiques et techniques représentaient 27% des jeunes diplômés*, contre 31% en 2000 ; au Royaume-Uni, la situation est encore pire (18%) ; aux Etats-Unis et au Japon également, les jeunes se détournent de ces métiers. Les filières scientifiques et techniques auraient moins d’aura ; elles seraient moins valorisées, économiquement et socialement, et leur attractivité s’en réduit d’autant.

Pourtant, dans les économies émergentes, notamment en Asie, c’est l’inverse : ces filières attirent un nombre croissant d’étudiants, de sorte qu’un déséquilibre inquiétant se crée entre les principales puissances économiques « anciennes », Etats-Unis et Europe, et de l’autre côté les puissances émergentes. Cette désaffection est d’autant plus absurde qu’elle est complètement déconnectée de l’évolution du marché de l’emploi : en France, on compte plus de 100 000 postes non pourvus dans les filières scientifiques et techniques.

Globalement, ces silos se retrouvent dans les entreprises.

Cette distorsion se retrouve sous de multiples aspects dans l’entreprise. Les filières métiers sont étanches et peu de sauts sont envisagés dans les parcours de carrière. La place (minime) de la technologie dans les entreprises reflète essentiellement la (faible) place de la technologie dans les esprits : il y a les ingénieurs d’un côté, les métiers de l’autre.

La plupart des entreprises se désintéressent de la technologie, elles mettent le focus sur les clients, jusqu’à ce qu’un jour jaillisse l’idée que la technologie n’est pas qu’un moyen de support, mais peut servir leurs ambitions et être un moyen de produire de valeur. Et c’est seulement au moment où apparaissent des failles de sécurité que l’importance de la technologie apparaît évidente.

Pourtant, “ce qui est en jeu, c’est plus l’accompagnement des personnes que le changement des outils.” — Emmanuel Lehmann

Ces failles ne sont pas dues à la technologie, mais à des problèmes de comportement, vis-à-vis de l’informatique et vis-à-vis de la technologie — les collaborateurs avaient cessé de faire les mises à jour d’anti-virus et les montées de versions. Le vrai sujet est donc notre état d’esprit, l’adoption de la technologie par les utilisateurs.

Quelle doit être la place idéale d’une équipe de tech ?

Mon idée, mise en œuvre chez SNCF Gares & Connexions, est de nous positionner au service de la montée en compétence technique et du développement de la culture tech dans toute l’entreprise. La mission que nous nous donnons, c’est de faire la pédagogie individuelle, d’être des anges gardiens technologiques, face à tous les problèmes du quotidien, mais aussi face aux enjeux d’innovations et bien sûr face à l’enjeu de transformation business.

C’est un modèle de don réciproque : nous donnons de notre temps au quotidien pour aider chacun, et on nous aidera en retour à mettre en œuvre les programmes de renouvellement du socle IT.

C’est l’idéal… mais comment y parvenir ?

En travaillant à mettre en œuvre de petites équipes projets pluridisciplinaires, autonomes et agiles, compétentes de bout en bout, c’est-à-dire depuis l’idée jusqu’à son exécution, sa production et même son exploitation.

Faire émerger de petites équipes, où les gens se parlent, qui mêlent l’IT et les métiers référents, où tous les problèmes techniques et non techniques sont expliqués, partagés et intégrés.


A RETENIR ~ semaine n°2 : Faire travailler ensemble des équipes pluridisciplinaires sur des projets techniques pour rendre chacun acteur du renouveau du socle technologique.


Propos rédigés suite à un échange à bâtons rompus avec Emmanuel Lehmann, Vice-président de Devoteam France

SNCF GARE DE STRASBOURG : Vertige Polaire — Thierry Suzan

*Selon la 4e édition de l’étude Repérages réalisée par Global Contact pour Orange. Article Sciences et Avenir