Danser avec le chaos

Je dédie ce billet à tou(te)s mes ami(e)s freelance…

La musique change. D’une énergie de terre, rythmée, saccadée, on passe à l’énergie de l’eau, ça se situe au niveau du ventre, les mouvements de bassin se font fluides…

Ce soir là, alors que je dansais avec un groupe de femmes, j’ai eu cette pensée : la vie en liberté est pleine d’imprévus. Ce que j’appelle la vie en liberté, c’est celle que je m’offre depuis presque 5 ans : la vie de freelance.

Je fuis la routine comme la peste. Et je suis servie. Les missions qui arrivent inopinément, s’annonçant souvent au dernier moment, les déplacements, mêlant souvent le pro et le perso, les projets qui accélèrent, s’intensifient, ou au contraire ralentissent, marquent une pause… S’adapter, encore et toujours.

Henri Matisse — La danse

Flashback. Je repense à ce spectacle que j’ai eu la chance d’accompagner il y a un an : Blanca Li offrait «Solstice» à Chaillot. J’étais en plein chaos, après un été de cigale, je me trouvais fort dépouvue à la rentrée venue. C’est ça aussi la vie d’indépendant : le risque de vivre des périodes de creux, pour diverses raisons…

Alors me voilà en coulisses avec les danseurs qui répètent, se parlent, plaisantent, se coiffent. Et Blanca : toujours optimiste, joyeuse, pleine d’entrain, attentive à chaque détail et ayant une vue d’ensemble en même temps. Le spectacle célèbre les éléments. L’air, l’eau, la terre, le feu. Comme nous l’avons fait ce soir en dansant dans ce cercle de femmes.

Blanca Li aussi danse avec le chaos : la première est annulée pour cause de grèves, puis un danseur se blesse… Mais le spectacle est un succès, il plaît, tout est bien qui finit bien.

Extrait du spectacle de Blanca Li — Soslstice

A l’époque de la première de Solstice, je vivais donc un n-ième moment de questionnement, sur le présent, sur l’avenir. Et puis, à mesure que je lâchais prise, ma situation s’est peu à peu clarifiée, de nouvelles missions sont arrivées, j’ai pu retrouver un rythme qui me convenait mieux.

Le rythme, à la racine de la danse. Comment trouver le bon rythme ? Un job salarié, des enfants, ça te pousse souvent à avoir un rythme assez défini. Mais en tant que freelance, célibataire et sans enfant, mes repères, c’est à moi de me les fixer. Comme je n’aime pas particulièrement la notion de cadre, pafois ça pèche un peu. Alors c’est plutôt à une notion de zones rouges à éviter que je fais appel. Trop de travail et d’activités annexes ? Je suis candidate à la surchauffe. Pas assez ? A la déprime.

C’est avec vulnérabilité que je partage ce billet, parce que cela parle de potentielle souffrance, celle que tu peux vivre quand tu prends ce risque (bien récompensé) de te lancer en freelance. L’isolement pour certains (courez dans les coworking !), le burn-out, la peur du lendemain, les problèmes administratifs, la démotivation… Bref, être entrepreneur de soi-même est courageux, et je le dis pour toutes celles et tous ceux que je compte parmi mes ami(e)s et connaissances, et que j’admire tant !

Danser avec le chaos c’est accepter que ces mouvements me traversent, savoir qu’ils ne font que passer par moi, tout comme les émotions qui me visitent, tout comme les missions qui s’enchainent et ne se ressemblent pas. Danser avec le chaos c’est lâcher prise sur tellement de choses, apprendre à faire confiance aux autres (parce qu’on danse tellement mieux ensemble !), ne pas s’attacher tant au résultat qu’à faire de son mieux, avec celle que l’on est, à un instant dans le temps.

Amies et amis freelance, parlons ensemble de ce qui nous anime, de ce qui nous pèse. Parlons de nos zones rouges, de nous peurs, de nos ennuis, parce que nous avons finalement souvent les mêmes… Comme ils disent chez Alternatiba, “Ensemble nous sommes une force immense !”

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