Des chapeaux jaunes aux gilets jaunes

Un vendredi soir de fin novembre. L’air est étrangement doux. La saison avance, le froid se fait attendre. La COP 24 va s’ouvrir dimanche dans la capitale polonaise du charbon, parce qu’on n’est pas à un paradoxe près. La France voit jaune. Les voyants clignotent. Les Gaulois Réfractaires ont établi sur les rond-points leurs bastions, les champs Elysées se font champs de bataille. Et si ?

Je rentre d’une session de formation au métier de facilitatrice en intelligence collective, à Nantes, avec Thomas Gérard (je vous conseille l’ouvrage L’intelligence collective au cas où ça vous intéresse), où j’ai pu explorer, expérimenter les mécanismes si subtils de l’intelligence collective. Et là un ami (Jean-Jacques tu te reconnaîtras), toujours à l’affût, m’envoie le lien vers le site des Gilets Jaunes — La Réunion.

On nous rebat les oreilles (même en me tenant assez distante des médias dominants j’ai pu l’entendre) des violences et dégradations causées par les Gilets Jaunes là-bas. Mais comment sont-ils organisés ? Qu’est-ce qui rassemble, qu’est-ce qui lie ces gens ? Quel est leur mode de gouvernance ? Comment partagent-ils leurs idées ?

Toutes ces questions sont liées à l’intelligence collective. Et là, sur ce site, qu’observe-t’on ? Une place à l’émergence des idées, des processus participatifs pour converger, le tout expliqué avec pédagogie, en français et en créole. Ne seraient-ils pas en passe de réussir, grâce à la civic-tech notamment, là où Nuit Debout a échoué ?

Eh oui. Je ne peux voir la vague des Gilets Jaunes sans vivre un léger flashback Nuit Debout. Avec le recul, je crois que ce mouvement a diffusé un certain nombre d’idées dans une partie de la population française, durablement. Certaines en commun avec les Gilets Jaunes, beaucoup d’autres très différentes, peu importe. Mais Nuit Debout s’est disloquée. L’émergence d’idées a eu lieu, certains processus d’intelligence collective ont été utilisés, mais le mouvement a manqué de convergence. En fait il a complètement divergé, tout foisonnant d’idées qu’il était.

Pour vous remémorer l’ambiance d’avril 2016, plongez ici.

Il existe un processus d’intelligence collective qui permet l’émergence et la convergence autour d’une question ou d’un projet commun : la méthode des 6 chapeaux de Bono. Le chapeau jaune représente l’esprit d’optimisme. Quand on porte ce chapeau, on “admet ses rêves et ses idées les plus folles”, on a l’esprit constructif, on tente de mettre en action les idées du collectif. Et c’est une manière de voir Nuit Debout. Je garde le souvenir des Assemblées, des rêves partagés, de l’irrévérence.

Je ne sens pas le même optimisme chez les Gilets Jaunes. Dans leurs revendications, ils dénoncent en de nombreux points l’urgence absolue de la situation. On n’a plus le temps. La revendication n°1, “Zéro SDF” porte la mention URGENT. Et en tant qu’habitante de grande ville ne supportant plus la misère dans la rue, dans le métro, partout, culpabilisant chaque jour, je dois dire que cela m’a touchée.

Revendications des Gilets Jaunes

On n’a plus le temps. Le mot d’ordre d’Extinction Rebellion, mouvement qui éveille mon intérêt, et c’est un euphémisme. Ce mouvement citoyen, né en Angleterre, a tout juste 1 mois, et fait déjà bien parler de lui, du moins dans les réseaux écolo et collapso.

Page Facebook Extinction Rebellion EN

Tiède cet automne ? Chaud même. La COP 24 va s’ouvrir, son objectif étant de rendre contraignant l’accord de Paris… On y croit, ou pas. Il est encore temps, ou on n’a plus le temps. On ne sait pas trop, on danse avec le chaos, mais ça bouge, oh oui. Combien de gilets jaunes à la marche Climate Alarm le 8 décembre ? Extinction Rebellion va t’il émerger en France ? L’effondrement dont même les médias de masse parlent maintenant est-il pour tout bientôt ? Suspense en cette fin 2018.

Bon dernier mois avant la fin de l’année.