La créativité et moi

Ce soir, Flora Clodic, l‘instigatrice de la communauté Au Bonheur des Zèbres, m’a demandé de prendre la parole sur la créativité au service des causes qui nous sont chères.

La créativité, au service de quoi au juste ? Du bien-être ? De la réalisation de soi et de son potentiel ? Du beau, du bon, du bien ? Du monde ? Du vivant ? Un peu de tout cela peut-être ?

La chamane, détail (par votre servante)

La créativité. Vaste sujet pour moi. Sujet qui touche à l’intime. J’ai le sentiment de faire preuve de créativité dans ma vie en général. Je suis allée jusqu’à créer mon métier, pour servir les causes qui comptent le plus pour moi. Je ne mène pas une vie conventionnelle, enfin je ne crois pas. Je fais mes choix comme je choisirais des couleurs sur une palette, en recherchant l’harmonie.

Cela m’a amenée à sortir assez franchement des sentiers battus. J’ai quitté l’autoroute de la voie royale depuis mes 25 ans, suivant essentiellement mes intuitions. Ce qui en a décontenancé plus d’un dans mon entourage. Mais mes proches sont restés proches, et grâce à eux j’ai pu atteindre une forme de stabilité. Gratitude profonde pour ma famille, mes ami•e•s, et celles et ceux avec qui j’ai travaillé et je travaille, auprès desquels j’apprends tant.

Je peins ma vie comme je peignais adolescente, à l’instinct, en quête du beau, en quête de sens dans le trait, les couleurs et les textures. Je passais des heures dans l’atelier, au lycée, à dessiner, peindre, photographier, à peaufiner mes travaux pour le bac. Une série sur le thème de la trace. Un sujet qui me touchait au plus profond de moi, qui m’a tellement passionnée que j’ai décroché la note maximale au dit examen. Joie.

L’artiste en herbe que j’étais s’est vite dégonflée devant la préparationnaire que j’allais devenir. Plus de place pour l’émotion, la créativité devrait se mettre au service du mental. C’est sans doute à ce moment que ma créativité a commencé à réellement s’exprimer par l’écriture. Le mental enflé, le corps n’avait plus de place non plus, et moi qui étais en formation pour être monitrice fédérale de voile légère, j’arrêtais net toute forme de sport. Plus d’émotions, plus de corps. Je n’étais plus qu’une tête à remplir de connaissances.

Depuis je n’ai presque jamais retouché mes pinceaux. Comme si je me censurais. Je ne me fais plus confiance pour choisir les couleurs sur la palette, étaler la peinture au bon endroit sur la toile, tirer le bon trait… Ma tête bloque mon geste. Car être créatif, c’est je crois savoir canaliser son intuition dans le geste, et faire taire son mental. Ou alors mettre ce dernier au service du geste : certains artistes utilisent beaucoup de calcul par exemple. Cette danse entre intellect et intuition m’apparait comme l’une des clés de la créativité.

Le type d’études que j’ai suivies mise tout sur le cerveau gauche, sur-valorisé, sur-sollicité, hypertrophié. C’est le cerveau de la raison, de l’analyse, le cerveau logique, cartésien, celui qui pense qu’à tout problème, il y a une solution. Un tantinet binaire et mono-tâche. Un cerveau gauche dominant étouffe notre créativité, et nous empêche notamment de trouver des solutions aux problèmes globaux.

Le cerveau droit est le royaume de l’intuition, de la créativité, de l’imagination, des émotions, des fulgurences. Puissant, beaucoup plus que le cerveau gauche. Les personnes dont le cerveau droit est dominant peuvent se sentir différentes de la majorité, et de fait, elles le sont. Pensée en arborescence, vision globale, hyperesthésie, synesthésie, émotions fortes, hypersensibilité, goût pour la complexité. Cette description vous rappelle quelques zèbres ?

L’adolescente arty, celle qui aurait aimé partir en école d’art sans jamais oser le dire, voire se l’avouer, cette ado là vit toujours en moi. Elle boude un peu, voilà tout. Ce soir, j’ai l’envie de reprendre mes pinceaux, ma palette, mes couleurs, et de prendre le risque de donner forme et texture aux émotions qui me traversent, en liberté, en complexité, en beauté.